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Le génome a encore frappé

Le 5 juin dernier à 9 h 22, nous relate la Basler Zeitung, une limousine noire de la direction de Roche s’arrête devant le BII, le « Basler Institut für Immunologie ». Quelques minutes plus tard, le personnel apprend la fermeture de l’établissement.
Fondé en 1968 par Roche, qui en trente ans y a investi un milliard de francs l’Institut d’immunologie s’est rapidement hissé au premier rang de cette discipline alors considérée comme exotique, une belle illustration de l’esprit prospectif de l’entreprise bâloise. Doté de structures légères et sans hiérarchie paralysante, libre de tout souci financier, largement ouvert à la collaboration internationale, l’Institut peut se glorifier de trois prix Nobel et a contribué de manière décisive à faire de la Suisse un pionnier de l’immunologie.
L’excellence ne suffit pourtant plus à garantir la pérennité d’une institution. En effet, Roche ne peut ignorer la déferlante de la génomique. Dans quelques mois, le génome humain et celui de la souris seront séquencés. Suivra l’analyse gène par gène des petites modifications responsables d’affections, de maladies et plus généralement des variations de nos comportements. La multinationale bâloise ne pouvait manquer ce rendez-vous capital. Le BII et sa recherche fondamentale céderont donc la place à un institut de recherche appliquée en génomique.
Cette capacité d’évolution rapide, dont font preuve aujourd’hui les grandes entreprises, peut-elle mettre en péril le développement d’une région jusqu’à présent fondé sur la biologie ? Non, car déjà les biotechnologies ont pris le relais dans ce qu’on nomme la Biovalley : trois cents entreprises, récentes pour la plupart, sont implantées entre Bâle, Strasbourg et Fribourg-en-Brisgau.
Par contre la fermeture du BII est plus préoccupante pour l’Université. Cette dernière bénéficiera certes d’une chaire d’immunologie financée par Roche, un cadeau d’adieu qui ne compensera pourtant pas le réservoir intellectuel dans lequel la Haute Ecole bâloise a pu puiser durant trois décennies.
Les tenants d’une séparation stricte entre l’Université et le secteur privé ne manqueront pas de brandir cet exemple pour dénoncer le danger que font courir à la recherche libre ces liaisons dangereuses. Cette liberté a un prix. Dans le domaine des sciences de la vie, seules pourront survivre des universités fortes. Fortes de leur masse critique dans des disciplines prioritaires, fortes des moyens financiers qu’elles dégageront de leurs collaborations avec le secteur privé, fortes aussi de l’autonomie qu’elles devront conquérir pour réagir efficacement à l’évolution des connaissances. Et cette force, les Hautes Ecoles ne la trouveront qu’en renonçant à leur suffisance provinciale et en cultivant les complémentarités. GE

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