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Electricité: la ruée sur les subventions

C’est d’abord aux actionnaires des sociétés productrices d’assumer leurs responsabilités

Photo Valérie Kuki
Photo Valérie Kuki (licence CC)

Des décennies durant ils ont tenu l’Etat à l’écart, faisant de la politique énergétique leur domaine réservé.

Venu le temps des vaches maigres, les électriciens se pressent au portillon de la manne publique. Or c’est aux actionnaires des entreprises électriques qu’il incombe d’assumer les conséquences des erreurs commises.

Les barons de l’électricité sont à la peine (DP 2116). Réduction d’effectifs et ventes d’actifs devraient contribuer à réduire les déficits. En 2014 déjà, le Parlement a décidé de soutenir les nouveaux projets hydroélectriques non rentables. Il s’apprête à faire de même pour les centrales en activité, mais déficitaires.

Un rapport confidentiel commandé par Alpiq à un bureau de relations publiques révèle ce que pourrait être la stratégie des électriciens pour se tirer d’affaire: maximiser le soutien financier de la Confédération, y compris pour les centrales nucléaires, en jouant à la fois sur des études scientifiques, l’instrumentalisation des médias, le relais des politiciens «amis», le risque de perte d’emplois, le tout sur fond de scénario bancaire connu: les sociétés électriques sont trop grandes pour faire faillite.

Déjà fusent parmi les parlementaires des propositions censées sauver ce secteur sinistré. Les subventions directes semblent avoir la cote auprès des bénéficiaires potentiels alors que la création de sociétés publiques de reprise des activités déficitaires prendrait trop de temps pour répondre à l’urgence de la situation.

Il n’y a pourtant aucune raison de céder à la panique. Alors que l’offre d’électricité est surabondante, on ne voit pas la nécessité de construire et encore moins de subventionner de nouvelles installations de production.

Quant aux centrales hydrauliques existantes, personne ne met en doute leur utilité dans l’approvisionnement énergétique du pays. Dans le cadre de la stratégie 2050 actuellement débattue par les Chambres, elles joueront un rôle important de stockage pour équilibrer les irrégularités du solaire et de l’éolien.

Du moins aussi longtemps que des systèmes d’accumulation décentralisés ne seront pas disponibles, ce qui ne saurait tarder et devrait inciter à la plus grande prudence en matière d’investissement dans les très grandes installations.

Il est vrai que leurs coûts de production sont actuellement supérieurs au prix du kWh sur le marché européen. Mais les sociétés de distribution cantonales et communales jouissent d’une situation privilégiée. Elles disposent d’une clientèle captive à qui elles peuvent imposer des prix plus élevés que celui du marché, ce qui leur procure de substantiels bénéfices.

C’est donc à elles, souvent actionnaires des grands producteurs, de prendre le relais. Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs déjà manifesté leur intérêt au rachat des participations d’Alpiq. Et même si des investisseurs étrangers se présentent, il n’y a pas de quoi faire une crise aiguë de nationalisme: les barrages ne se délocalisent pas et les conditions de fonctionnement sont réglées en détail par le droit fédéral.

Alors, qu’ils soient aux mains de Chinois, Lausannois, Genevois ou Alémaniques, peu importe: on attend des barrages qu’ils produisent de l’électricité.

La situation est différente pour les centrales nucléaires. Elles aussi produisent à un coût supérieur à celui du marché. Mais il est douteux qu’un investisseur se risque à entrer dans le capital d’installations qui n’ont plus que quelques années à vivre.

Voilà pourquoi l’Etat est appelé à la rescousse, en particulier par ceux-là mêmes qui par ailleurs ne cessent de dénoncer sa trop grande emprise sur la société. L’idée d’une société publique de défaisance reprenant les actifs nucléaires se défend.

Pour autant que soit programmé l’arrêt rapide de l’exploitation des plus anciennes et que les actionnaires assument les coûts de démantèlement et de gestion des déchets.

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Discussion

  • 1
    Albert Jaussi

    Je partage en principe le point de vue de M. Delley. La reprise éventuelle des participations d’Alpiq dans les centrales hydrauliques par des étrangers est illusoire. Un investisseur étranger ne reprendra pas une participation qui ne rapporte rien, SAUF, et c’est là qu’il faut garder un oeil sur Alpiq, si l’investisseur étranger (et même helvétique) reçoit la garantie d’une prise en charge d’une « capacity charge » qui couvre les coûts fixes (qui représentent en hydro la presque totalité des coûts) par Alpiq et indirectement de ses actionnaires, pour la mise à disposition de la capacité de production, « capacity charge » qui est due que la centrale vende ou non du courant et quel que soit le prix de vente du kWh. Tout autre modèle n’est pas « bankable ». Alpiq recevrait de l’argent à court terme (plus que dans le cas d’une faillite), mais devrait s’engager à long terme sur une « capacity charge » (d’autant plus élevée que le prix d’achat de la participation d’Alpiq est élevé) avec les autres actionnaires de la centrale en question. Cette solution n’existe raisonnablement pas. Les actionnaires actuels doivent tenir et si vente doit avoir lieu, veiller à ce que l’acheteur soit dans la branche en Suisse et ne paie que la valeur réelle, qui est basse vu le prix de l’électricité, sans condition de « capacity charge ». Ensuite il faut réduire les coûts de production en coupant massivement dans les coûts des concessions. Le coût de revient se réduira substantiellement et toute vente de courant pourra contribuer aux coûts fixes réduits par l’achat à bas prix des participation d’Alpiq. Alpiq est presque en faillite et ne doit pas être absolument sauvée. Ses assets le doivent, mais au prix du marché.

1 Rétrolien

  1. […] Electricité: la ruée sur les subventions […]

    Cité par Electricité: la ruée sur les subventions – Parti socialiste de Crans-Montana - 30 mars 2016 à 13 h 36 min

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