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Régulation bancaire: le combat d’arrière-garde des banquiers

Un peu d’histoire pour resituer la querelle sur les réserves réclamées aux banques

Les banques sont mécontentes. Le projet d’ordonnance réglant les obligations des établissements jugés trop importants pour faire faillite va trop loin.

En réalité ces obligations restent largement insuffisantes pour éviter la répétition de l’effondrement financier de 2008 et une nouvelle intervention de l’Etat. Ueli Maurer, qui déclare vouloir mieux prendre en compte les intérêts de la place financière, résistera-t-il à cette «bronca»?

Le texte soumis en consultation ne plaît pas aux banques. Leur association, craignant pour la compétitivité de la branche, refuse des prescriptions helvétiques plus sévères que les normes internationales. Des prescriptions qui, affirme-t-elle, vont limiter la croissance des grandes banques et sont contraires à la liberté économique.

L’ordonnance prévoit un minimum de 4,5% pour le ratio de levier – le rapport entre fonds propres et total du bilan – et de 12,9% – rapport entre fonds propres et actifs pondérés en fonction des risques. Pour UBS et Credit Suisse, ces exigences passent respectivement à 5% et 14,3%. Légèrement supérieures au minimum, ces exigences seraient disproportionnées et risqueraient de mettre en danger la place financière helvétique?

Un retour dans le passé avec l’historien Robert U. Vogler, ancien porte-parole de l’Union de banques suisses, éclaire le débat.

En 1913, les fonds propres des grandes banques représentaient environ 19% de la somme de leur bilan et 22% pour les banques régionales. A la fin du premier conflit mondial, cette quote-part tombait à 14% pour les premières et 18% pour les secondes. En 1988, l’Union de banques suisses, l’établissement le plus fortement capitalisé du pays, disposait d’un ratio de levier de 6%, considéré pour l’époque comme très élevé, plus élevé que la plupart de ses concurrents étrangers, et qui lui valait un triple A de la part des agences de notation.

Cette qualité équivalait à un capital de confiance qui lui permettait de se refinancer à bon compte sur le marché interbancaire. Les affaires marchaient à plein régime. Les actionnaires bénéficiaient de dividendes réguliers. Dans les années 1990, les trois grandes banques d’alors ont pu racheter plusieurs établissements régionaux et cantonaux en difficulté et éviter le pire à la place financière.

Tout change avec la fusion qui donne naissance en 1998 à UBS. La nouvelle direction privilégie le taux de rendement des capitaux propres (return on equity) à la qualité de la notation. Pour améliorer ce taux, il faut abaisser les fonds propres qui descendent alors à moins de 3%, ce qui permet de faire flamber la valeur de l’action. Entre 2000 et 2008, UBS rachète pour 26 milliards d’actions, une somme qui aurait été utile au moment de l’effondrement de 2008.

Aujourd’hui, la confiance fait défaut. L’action d’UBS a perdu plus de la moitié de sa valeur en quinze ans, celle de Credit Suisse plus des trois quarts. L’instabilité économique et géopolitique représente un environnement à risque financier élevé. Avec la forte interdépendance des acteurs de la finance et la rapidité des réactions que permet l’informatisation des opérations, seul un ratio de levier important permettra de survivre… et d’éviter que l’Etat ne soit à nouveau mis à contribution.

On s’étonne d’autant plus de la réticence des partis bourgeois à imposer aux banquiers des conditions aptes à sauvegarder la place financière suisse, même si elles freinent l’appât d’un gain rapide.

Ose-t-on espérer que le nouveau ministre des finances ne confonde pas l’intérêt à court terme des banquiers et la pérennité d’un système bancaire au service de l’économie nationale?

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