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Affronter la quatrième révolution industrielle

La numérisation généralisée et la connectivité pour tous: chances, mais aussi inégalités et périls en vue

Photo WEF
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Ces dernières années, un peu plus de la moitié des sociétés figurant en 2000 parmi les 500 plus grandes entreprises du monde recensées par la revue Fortune ont disparu de ce classement.

Principale raison de cette élimination: la conservation d’un modèle d’affaires non adapté à l’économie numérique. C’est l’avis, transmis au récent Forum de Davos par un connaisseur, Pierre Nanterme, patron d’Accenture, la plus grande des multinationales du conseil aux entreprises.

Cette quatrième révolution industrielle tue ou affaiblit donc de grandes sociétés, écartées du marché pour n’avoir pas su prendre le virage du numérique. Elles ont négligé – ou refusé – de se mettre à l’interconnexion continue et généralisée, à l’Internet des objets, aux méthodes agiles de la production décentralisée, du financement partagé, des robots à tout faire.

Et pourtant, la troisième révolution, déclenchée vers 1970, décrite par Jeremy Rifkin une quarantaine d’années plus tard, contestée à gauche et en vérité déjà dépassée, avait donné de sérieux signes avant-coureurs de la quatrième.

De fait, elle annonçait déjà la configuration emblématique de la révolution contemporaine: le fameux «Big Data», cet ensemble de technologies permettant de fournir au bon utilisateur et au bon moment les bonnes informations extraites de masses de données de plus en plus complexes et interconnectées, accumulées à une cadence exponentielle depuis des dizaines d’années.

A l’instar des entreprises, les pays s’avèrent inégaux devant les effets de la quatrième révolution industrielle.

La Suisse semble bien équipée pour y faire face, selon une étude comparative portant sur la situation dans 45 pays récemment présentée par UBS. Les résultats ressemblent fort à ceux des classements internationaux de la compétitivité, avec la Suisse et Singapour en tête, suivis sans surprise par les pays scandinaves, les USA et le Royaume-Uni. Inversement, plusieurs économies développées se mêlent aux marchés émergents dans la moitié inférieure de la liste où se retrouvent notamment l’Espagne et le Portugal. Parmi les plus impréparés, on repère l’Indonésie, la Turquie, l’Inde et le Brésil.

Ces données figurent, parmi beaucoup d’autres, dans le volumineux rapport sur l’avenir de l’emploi publié par le Forum économique mondial à l’occasion de sa grand-messe annuelle qui vient d’avoir lieu à Davos. Les industries suisse, allemande, irlandaise, suédoise et finlandaise respirent déjà le «vent rafraîchissant» de l’ère 4.0.

Menaces sur l’emploi

Les mutations technologiques de la quatrième révolution industrielle annoncent de profonds changements sur le marché du travail. La révolution numérique passe pour une machine à tuer l’emploi. Les auteurs américains prédisent que la moitié des postes actuellement occupés aux Etats-Unis pourraient avoir disparu d’ici vingt ans. Même en Suisse, la numérisation menacerait des centaines de milliers d’emplois selon le magazine Bilan.

Ces tristes perspectives ne concernent plus les activités de routine, déjà balayées par l’automatisation caractéristique de la troisième révolution industrielle. Mais les robots et autres outils intelligents, ainsi que les objets connectés, effectueront toujours plus nombreux des travaux relativement qualifiés, actuellement accomplis par des comptables, des employés de bureau, de guichet, de commerce ou de laboratoire.

Des métiers vont disparaître, d’autres vont se multiplier et se diversifier. Aux travailleurs inquiets pour leur avenir, la BBC offre en ligne la possibilité d’évaluer les chances de survie de leur activité présente.

Au total, le nombre de personnes occupées risque fort de diminuer dans la production comme dans les services – même si les prévisions restent difficiles à chiffrer.

Dans cette situation, le genre et le niveau de formation prennent une importance décisive. On observe que les pays les mieux armés pour affronter la quatrième révolution sont aussi ceux qui remplissent le mieux les critères relatifs au niveau de savoir-faire et à l’aptitude aux changements. A noter que cette souplesse, évaluée en termes de potentiel d’innovation, est particulièrement élevée en Suisse, en Finlande, en Israël, aux Etats-Unis, au Japon et en Allemagne.

Mesurées à cette aune, les dépenses publiques et privées pour la formation, tant professionnelle que tertiaire, ainsi que pour la recherche, toutes sciences et techniques confondues, constituent sans exception bel et bien des investissements. Avec les chances et les risques qu’un tel financement comporte.

Couper dans les budgets publics pour l’éducation de base et ultérieure représente non seulement un manque de confiance en l’avenir et dans les personnes qui le vivront, mais aussi une simple et grande bêtise, entre défiance à l’égard des «élites» et rigueur mal placée. A cet égard, les débats en cours, dans le canton de Zurich et ailleurs, y compris au niveau fédéral, méritent d’être suivis avec la plus grande attention.

La Banque mondiale le rappelle dans son Rapport sur l’état du monde 2016: les dividendes du numérique ne se répartissent pas davantage de manière égale que ceux de la prospérité économique en général. Les plus gros obstacles à l’inclusion n’étant pas technologiques, il faut prévoir des «stratégies bien plus ambitieuses que celles qui ont prévalu en matière de Tic», ces technologies de l’information et de la communication qui auront marqué la troisième révolution industrielle.

En effet, en complément aux investissements consentis pour l’assurer, la «connectivité pour tous» exige un accompagnement analogique, à la fois réglementaire et institutionnel, éducation en tête.

A défaut d’une réponse à la hauteur du défi numérique, les risques l’emporteront sur les chances.

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Discussion

  • Il ne faut pas lire les rapports mortifères de Davos. Allez voir le film « Demain » qui remplit les salles et provoque des applaudissements à la fin. Enfin un espoir pour les jeunes générations! Mais il faut accepter l’idée d’une nouvelle révolution agricole. De Londres à la Havane en passant par Detroit et Helsinki, des femmes et des hommes prouvent qu’il est possible de vivre autrement.

  • La révolution numérique semble nous promettre un monde sans croissance avec des conséquences désastreuses pour les emplois non seulement dans l’industrie, mais aussi dans les services.En effet, dans un avenir proche, il n’est pas impossible que les robots remplacent les salariés non seulement dans la presse, les banques,les assurances ou les laboratoires, mais aussi dans les maisons de retraite et les hôpitaux, Si de telles prédictions venaient se réaliser sur une grande échelle,nous devrions nous attendre à ce que la révolution numérique ou la quatrième révolution industrielle sonne le glas pour le salariat, avec probablement l’émergence d’une économie sans salariés, et donc sans consommateurs. Dans cette hypothèse, certes hautement improbable, il existerait un risque que la révolution numérique constitue non seulement une menace pour la classe moyenne et sans doute pour les travailleurs peu qualifiés, mais aussi elle générera une insécurité pour tout le monde,y compris les salariés hautement qualifiés et les capitalistes en vertu de la dynamique de la destruction créatrice.

    Cependant,l’inquiétude que suscite le progrès technologique n’est pas nouvelle et semble s’expliquer par la surestimation des conséquences négatives de celui-ci à court terme et par la sous-estimation de ses effets positifs à long terme. Par ailleurs il est vrai qu’il y a eu la révolte des ouvriers contre les machines voleuses du travail humain. Mais avec le recul nécessaire et les enseignements que l’on peut tirer de l’histoire du monde industriel, il n’est pas absurde d’interpréter la colère des employés contre les mutations technologiques comme une revendication des mesures d’accompagnement pour rendre les ajustements nécessaires moins douloureux pour ceux qui perdaient leur emploi,lequel constituait leur unique source de revenu. Aujourd’hui comme hier, le progrès technique continue de générer l’insécurité professionnelle. Le remède à cet état de fait réside sans doute dans la mise en place d’une flex-sécurité à la danoise pour que la perte d’emploi cesse d’être un drame existentiel pour le plus grand nombre. A cela s’ajoute la nécessité de doter les individus d’un savoir général transférable via le développement des capacités cognitives et la flexibilité mentale pour qu’ils puissent s’adapter aux nouvelles exigences du marché du travail avec un moindre coût financier et psychologique.

    Cela suppose bien sûr en amont un système d’éducation de base de qualité et une formation continue tout au long de la vie pour lutter contre l’obsolescence des compétences. En résumé, l’antidote à l’angoisse que secrète le changement technique, souvent d ‘ailleurs mû par la recherche d’une rente de monopole temporaire, n’est–il dans le soutien public à l’université? Sachant que toute révision à la baisse du budget de celle-ci pourrait avoir des conséquences non-désirées, et donc amoindrir les chances des individus issus des familles modestes à relever le défi de la révolution numérique. A cet égard, d’aucuns proposent de généraliser le prêt à long terme aux étudiants pour que ceux-ci s’orientent vers les formations intéressantes et rémunératrices, et cessent d’être une charge fiscale pour la collectivité. L’idée pourrait être séduisante, si toutefois elle ne négligeait pas le fait que le marché financier n’est pas parfait. Autrement dit, un étudiant pauvre ne disposant pas d’un « collatéral » aurait de faibles chances d’obtenir un crédit auprès d’une banque. C’est pourquoi, par les temps qui courent et au moins dans ce domaine d’avenir, l’urgence ne serait pas à la réduction du rôle de l’Etat, contrairement aux recommandations faites récemment par certains patrons lors de la grand-messe de Davos.

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