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Une Suisse schizophrène

Il y a un an, l’approbation de l’initiative contre l’immigration de masse…

Photo Simon Aughton
Photo Simon Aughton (licence CC)

Une population qui augmente trop rapidement. Des routes et des trains encombrés. Des logements devenus trop chers, souvent trop éloignés du lieu de travail. Des revenus qui n’augmentent plus. Des charges – assurance-maladie, transports, coût de la vie – qui, elles, pèsent toujours davantage. Un filet social qui commence à se déchirer, des aides et des prestations en voie de réduction.

Un cocktail qui explique le ras-le-bol de nombreux habitants de ce pays pourtant riche, pour lesquels l’étranger fait un si bon bouc émissaire.

Le 9 février 2014 venait à point. Dire enfin non à ce qui ne va plus en Suisse. Et, du coup, contrôler l’immigration et contrôler la main-d’œuvre étrangère ont semblé, à une majorité de ceux qui sont allés voter, le double remède miracle. On n’a pas voulu entendre ceux qui annonçaient la rupture des accords bilatéraux, préférant croire les affirmations naïves pour ne pas dire mensongères de l’UDC, qui assurait qu’un bon négociateur convaincrait facilement Bruxelles. On n’a pas écouté les représentants de l’économie qui voulaient bien vivre avec l’initiative, à la condition expresse d’avoir la permission d’engager tous les étrangers dont ils estimeraient avoir besoin.

Or, si l’on voulait vraiment répondre aux craintes et au mal-être de beaucoup de nos compatriotes, il faudrait réduire le nombre des entreprises et des emplois, alourdir l’imposition des entreprises et augmenter leurs charges sociales, notamment l’assurance-invalidité et l’assurance-chômage. Il faudrait investir massivement dans le logement et les infrastructures de transport, dans la recherche et la formation. Il faudrait aussi laisser le marché éliminer les entreprises les moins rentables et procéder de fait à une restructuration en profondeur de l’économie du pays.

Mais voilà qu’aujourd’hui deux éléments nouveaux viennent provoquer, beaucoup plus efficacement que ne le ferait le contrôle de la main-d’œuvre étrangère, le ralentissement de l’activité économique et donc la diminution de l’emploi souhaitée par les auteurs de l’initiative populaire acceptée il y a tout juste un an – et de l’initiative Ecopop rejetée à fin novembre dernier. Ce sont la fin des accords bilatéraux et la hausse du franc suisse qui toutes deux vont mettre en péril nombre d’entreprises et de postes de travail dans ce pays.

Il faudrait donc se réjouir de ce double coup de frein et se contenter de prévoir des programmes de relance et d’investissements, de renforcer la recherche et la formation. En réalité, l’idée même que la conjoncture économique conduise, par cette voie, à la réduction de la main-d’œuvre étrangère, prétendument voulue par le peuple, affole le monde politique et les entreprises.

La fin des privilèges fiscaux accordés aux entreprises à statut spécial, qui ne payaient pas d’impôts cantonaux et communaux sur les bénéfices acquis à l’étranger (DP 2067), est symptomatique de cette schizophrénie: alors que l’on aurait pu en profiter pour laisser au moins une partie de ces sociétés quitter la Suisse en les imposant normalement, on préfère baisser les impôts de toutes les personnes morales, au prix de réductions massives des recettes fiscales des cantons et communes. Contrairement à la volonté présumée du peuple, les élus veulent par-dessus tout éviter que ces sociétés délocalisent leurs activités, alors que leur départ contribuerait certainement à réduire l’emploi et notamment la main-d’œuvre étrangère.

Et puisque les politiques contredisent une volonté populaire qu’ils ne parviennent pas à réaliser, et pour cause, les gérants de la Banque nationale leur viennent en aide (DP 2065). La suppression du taux plancher de l’euro face au franc pourrait bien entraîner une double diminution: celle des exportations de produits et de savoirs suisses et celle des arrivées en Suisse de travailleurs et de compétences.

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Discussion

  • 1
    Pierre Santschi

    « ce pays pourtant riche » écrivez-vous… Ça veut dire quoi, « Ce pays »?
    Tant que l’on se permettra ce type d’abus de langage où on appelle riche un pays, alors que « le plus faible de ses membres » (Constitutions vaudoise et fédérale) est méprisé aussi bien par la « classe dirigeante » que la « classe politique » (en bon exemple Cesla Amarelle) et la classe administrative (allez voir comment sont reçus trop de gens qui recourent à l' »aide sociale »), donc tant que cet abus de langage utilisé aussi dans une publication qui se dit « de gauche », évitera clairement de faire porter le chapeau de ce mépris par les responsables, de gauche comme de droite, il y a de fortes chances que cela perdure, hélas…

  • Il est intéressant de constater que celui qui s’exprime dans cet article a d’une part une vision plutôt juste de la situation et d’autre part un manque réel de propositions: d’un côté l’on critique et de l’autre on ne propose rien…
    Effectivement, le 9 février 2014 est un message et j’ai voté oui, pour tenter de le faire passer et non pas pour soutenir l’initiative, que je ne croyais pas arriver à passer la barre des 50%.
    Pourquoi ai-je voté oui?
    Déjà parce que les négociateurs aux bilatérales ne connaissent rien aux réalités des PME locales, leur seul succès étant un « vient en suisse, c’est facile » pour un « vas en Europe, t’oublies ». J’ai perdu dès l’ouverture des marchés mon entreprise, parce que si « l’autre » pouvait me concurrencer, moi, je ne pouvais en aucun cas le faire sur son terrain…
    Puis parce que je suis suisse et que je suis « trop vieux » ou « trop qualifié » depuis l’âge de 40 ans et qu’en 15 années, mes plus de 2000 démarches n’ont toujours rien données…
    Mais le plus gros malaise est constitutionnel. Que les citoyens ne la connaissent pas, c’est envisageable, mais que les autorités l’ignorent, pire, qu’elles les bafouent, là c’est un signe des temps, un signe que seul le capital compte et que l’humain n’est que le seul moyen, par son sacrifice, de parvenir à remplir les poches au delà de l’entendement de quelques-uns.
    Donc, je propose quelque chose:
    -Traduire en justice les traîtres à la constitution fédérale et les condamner à vivre comme ceux qu’ils ont réduits à la pauvreté.
    -Destituer des postes clés les décideurs qui ne savent pas de quoi ils parlent, dont les conséquences empire les situations des plus précaires.
    -Jeter en prison ceux qui auront montré du mépris à l’égard des droits démocratiques, par exemple ceux qui modifient les contrats de manière unilatérale et ceux qui les autorisent
    Là il y aura des places de travail garanties pour beaucoup: par la construction de prisons…

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