Aujourd’hui le souci de l’équilibre budgétaire domine le débat politique. A tel point même qu’il l’étouffe. Alors que les députés se révèlent incapables de débloquer les grands dossiers – par exemple celui des assurances sociales – ils font preuve d’un activisme forcené au chapitre des économies à réaliser.
Certes la situation financière de la Confédération n’est guère brillante, même si nos voisins se portent beaucoup plus mal. Et le frein à l’endettement, ancré dans la Constitution, exige que soit réalisé l’équilibre budgétaire sur l’ensemble d’un cycle conjoncturel. C’est pourquoi le Conseil fédéral vise l’élimination des déficits structurels dès 2007. A cette fin, le Parlement a adopté un premier programme d’allégement budgétaire (PAB 03) et débat actuellement d’un deuxième programme (PAB 04).
Première chambre à se prononcer, le Conseil des Etats a fixé l’effort d’économies à 1,9 milliard de francs, suivant à peu de chose près la proposition du gouvernement. La commission ad hoc du Conseil national semble vouloir faire dans la surenchère. Gomme et calculette en main, les commissaires ont présenté des mesures d’économie supplémentaires qui feraient grimper la réduction des dépenses à plus de trois milliards. Si bien que Hans-Rudolf Merz a demandé une pause pour en référer au Conseil fédéral.
Ce n’est pas tant le montant des économies exigées qui effraie que la légèreté de l’argumentation qui les justifie. Pourquoi ne pas supprimer des dépenses, même à hauteur de trois milliards, si elles se révèlent improductives ou non prioritaires. Mais jamais la moindre preuve est apportée que telle ou telle tâche peut être abandonnée, réduite ou accomplie à moindre frais. Les propositions d’économies n’ont fait l’objet d’aucune étude d’impact ; elles semblent relever du simple arbitraire ou des préférences idéologiques de leurs auteurs, entraînés dans une surenchère aveugle.
Ainsi des politiques adoptées et parfois légitimées en votation populaire sont profondément modifiées par le seul biais budgétaire, en l’absence de débat sur les objectifs et le contenu de ces politiques (voir ci-contre). Obnubilés qu’ils sont par les exigences comptables, les députés ne vont pas tarder à atteindre le degré zéro de la politique. jd
Edito : Gomme et calculette
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