Les autorités politiques, à qui il revient de poser les règles de la vie en commun, peinent à suivre l’évolution de la recherche scientifique et le développement des connaissances. Il n’y a là rien que de très normal : le rythme politique dépend d’une pesée d’intérêt complexe ; il est tributaire de la patiente construction de majorités. Mais au moins ces autorités devraient éviter d’accumuler les obstacles à la recherche en fixant rapidement un cadre légal provisoire, quitte à l’adapter en cas de besoin.
L’attitude du Parlement à l’égard de la recherche sur les embryons et les cellules souches illustre bien ce mélange d’ignorance et d’hésitation qui pénalise les chercheurs helvétiques. Chronique d’un démontage annoncé.
Les dernières découvertes de la biologie indiquent que les cellules d’embryons âgés de quelques jours peuvent se développer en différents types de cellules du corps humain. On espère de cette caractéristique des progrès décisifs dans le traitement de maladies dégénératives aujourd’hui incurables.
Le «parti de l’ignorance»
Initialement la recherche sur l’embryon devait être réglementée dans une loi embrassant toute la recherche médicale sur l’être humain, avec coup d’envoi en décembre 1998. Mais en 2001, le Fonds national de la recherche scientifique donnait son feu vert à un projet genevois sur les cellules souches, pour lequel il fallut importer des embryons. Le Conseil fédéral réagit promptement et déposa en novembre 2002 déjà un projet de loi ciblée sur l’embryon et les cellules souches, pour combler le vide légal créé par cette nouvelle avancée de la biologie. Lors de la dernière session de printemps, le Conseil des Etats écartait du projet le volet concernant la recherche sur l’embryon. Cette recherche est pourtant importante pour mieux connaître la première phase du développement de l’embryon et développer le diagnostic et le traitement de maladies d’origine génétique. Et c’est maintenant la commission du Conseil national qui traîne les pieds. La Chambre du peuple ne devrait pas traiter cet objet avant l’automne. Certes la commission préconise la prolongation du délai – actuellement fin 2003 – au terme duquel les embryons surnuméraires produits in vitro pour la fécondation artificielle doivent être détruits. Mais une forte minorité, composée de conservateurs, de la gauche et des Verts, s’oppose également à la recherche sur les cellules souches. Ce «parti de l’ignorance», comme le nomme le physicien et conseiller national Jacques Neyrinck, risque bien de faire capoter le projet de loi devant le plénum, alors même que chacun se plaît à relever l’importance de la recherche scientifique pour notre pays. Une recherche qui, si les fondamentalismes religieux et laïcs multiplient les obstacles, finira par s’expatrier.





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