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Rivières et pesticides de chez nous

Pas très ragoûtant, et pas assez étudié…

Les trois quarts des échantillons prélevés dans cinq rivières suisses contiennent plus d’un microgramme de résidus de pesticides par litre.

C’est très élevé, dit une étude récente de l’Eawag, l’Institut de recherche suisse spécialiste de l’eau, qui a par ailleurs trouvé en moyenne une quarantaine de résidus différents dans chaque échantillon. La situation est-elle grave?

Cocktail de résidus

L’étude porte sur cinq rivières avec un bassin versant d’au moins 35 km2 et un bon mélange d’usages urbain et agricole. Les prélèvements sont faits toutes les vingt minutes et une valeur moyenne de l’échantillon composite est obtenue toutes les deux semaines. La méthode permet en principe de détecter la moitié environ des 469 produits phytopharmaceutiques autorisés. Au total, 104 pesticides différents ont été détectés.

Une norme européenne fixe à cinq microgrammes par litre le maximum autorisé pour le cocktail des résidus. Ici les échantillons plafonnent à un microgramme, mais la méthode qui regroupe et mélange les échantillons dilue les pics éventuels (après la pluie par exemple); les auteurs n’excluent d’ailleurs pas des pics dix fois supérieurs aux moyennes mesurées. Quelques rares pesticides individuels dépassent la norme suisse de 100 nano-grammes par litre par pesticide. Mais le Centre Ecotox, associé à l’étude (et créé il y a quelques années par une décision du Parlement suisse) propose, sur la base de considérations écosystémiques, des critères de qualité de l’eau plus stricts; selon ces critères écologiques, quatre à onze substances – selon la rivière – dépassent les maxima; une pollution des organismes aquatiques par des pesticides n’est donc pas à exclure.

La pollution des rivières n’est pas une fatalité. Alors que les rendements de production agricole ont augmenté de façon spectaculaire – pour le blé tendre, on passe d’une moyenne de 15 quintaux à l’hectare après la deuxième guerre mondiale à 70 quintaux à l’hectare aujourd’hui – les progrès dans les pesticides, surtout les insecticides, ont permis de réduire drastiquement leur usage, par exemple de 70% entre les années 1990 et 2000.

Santé

Les auteurs, écotoxicologues, sont préoccupés par la qualité de vie des organismes aquatiques. L’effet d’un cocktail de substances très dilué mais chronique sur un ensemble d’organismes est extrêmement difficile à étudier (et à notre connaissance, très mal financé). Les principales interrogations concernent aujourd’hui les effets à long terme de ces faibles doses d’exposition sur la santé d’une seule espèce, la nôtre.

Selon une excellente expertise collective de l’Inserm au sujet des effets des pesticides sur la santé, il faut bien sûr en premier lieu se soucier de la santé des paysans, exposés professionnellement à ces produits. L’Inserm conclut qu’il y a présomption forte d’un excès de risque significatif lors d’exposition professionnelle pour les lymphomes non hodgkiniens, le cancer de la prostate, les myélomes multiples, la maladie de Parkinson; et une présomption moyenne d’un excès de risque pour les leucémies, la maladie d’Alzheimer et les troubles cognitifs.

Que faire?

Il y a donc de quoi prendre au sérieux les effets des résidus des pesticides sur notre santé et celle des écosystèmes.

Il faut absolument documenter les niveaux et les sources d’exposition de la population générale (en faisant attention tout particulièrement aux femmes enceintes, dit l’Inserm), approfondir nos connaissances sur la toxicité des pesticides en cocktail et pour cela pouvoir accéder aux compositions des produits commerciaux. En effet, les informations sur la composition intégrale des produits commerciaux, notamment sur les adjuvants, restent confidentielles car protégées par le secret industriel (sur une note plus paradoxale, l’accès à l’article de l’Eawag est aussi protégé par une barrière commerciale).

Et soutenir la recherche à la fois sur les pesticides – on peut encore en produire des meilleurs – et leurs effets écosystémiques.

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