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Développement économique quantitatif ou qualitatif?

L’acceptation de l’initiative sur les salaires équitables renforcerait les structures de l’économie

Pour le Conseil fédéral, economiesuisse et l’Usam, l’affaire est entendue. L’acceptation de l’initiative lancée par l’Union syndicale suisse «Pour la protection de salaires équitables (Initiative sur les salaires minimums)» aurait des effets très négatifs sur le fonctionnement de l’économie. Les personnes les moins qualifiées ne seraient plus engagées par les entreprises, ce qui se traduirait par une augmentation du chômage. A quoi s’ajoutent les arguments traditionnels sur l’importance du partenariat social et le fait que l’Etat ne doit pas s’ingérer dans la détermination des salaires.

Est-ce aussi simple que cela? Les personnes concernées par les bas salaires, inférieurs aux 22 francs de l’heure revendiqués par l’initiative, sont surtout des hommes engagés dans l’agriculture et dans l’hébergement et la restauration, et des femmes non qualifiées.

Il ressort de la dernière enquête sur la structure des salaires (2010) que les branches dans lesquelles les salaires des femmes sans qualification sont inférieurs au minimum de 22 francs de l’heure sont devenues assez rares. Elles se concentrent pour l’essentiel dans les industries alimentaires, du textile, de l’habillement, du cuir et du commerce de détail. Au total, quelque 350’000 personnes sont concernées, soit moins d’une personne active sur dix, qui gagnent en moyenne 19 francs de l’heure. L’écart avec la norme constitutionnelle proposée n’est donc pas considérable.

Processus dynamique

Pour analyser cette problématique, il ne faut pas adopter une vision statique – n’importe quelle entreprise aura beau jeu d’affirmer qu’elle ne peut pas augmenter dans un délai rapide de 10% ou 20% les salaires qu’elle pratique. Il faut considérer l’économie comme un processus dynamique – sous l’effet de la concurrence, les entreprises doivent de manière quasi permanente améliorer les performances de leur outil de production (leur productivité), ce qui leur permet d’augmenter la rémunération de leur personnel.

Dit autrement, les professions qui aujourd’hui encore versent de bas salaires résultent d’une politique d’immigration de personnes sans qualification – qu’elle se soit produite durant les années de contingentement ou de libre circulation. Les entreprises concernées ont pu survivre jusqu’à présent parce qu’elles ont pu continuer d’engager des personnes qui recevaient de bas salaires. Si tel n’avait pas été le cas, ces activités auraient disparu. Le recours à une main-d’œuvre bon marché a en quelque sorte dispensé les entreprises concernées d’améliorer leur productivité. Une telle option permet de conserver dans le pays des activités restées ou devenues peu rentables. Mais cela se fait au détriment de la modernisation des activités productives, et des rétributions du personnel qu’elles emploient.

Rien d’excessif

Imposer un salaire horaire minimum (brut) de 22 francs n’a pourtant rien d’excessif dans l’îlot de cherté qu’est la Suisse – et qui le restera compte tenu de la manière dont le Conseil national, avec l’appui des représentants syndicaux, a courageusement enterré le projet de révision de la loi sur les cartels (DP 1995).

Et c’est au surplus une excellente manière de lutter contre le dumping salarial, qui restera une préoccupation même si l’immigration devait cesser d’être «de masse». Non seulement les vérifications dans les entreprises et sur les chantiers en seront facilitées, mais on peut partir de l’idée que les employeurs helvétiques voudront recruter des gens disposant d’une formation minimale s’il leur est fait obligation de relever leur salaire.

A considérer aussi que la main-d’œuvre sans qualification, qu’elle soit immigrée ou non, est plus fragile face aux aléas de la conjoncture économique. Elle constitue régulièrement une proportion nettement plus élevée de personnes au chômage que celles qui ont une formation.

Quel sera le positionnement de l’UDC sur cette initiative? Lors des débats sur «l’immigration de masse», plusieurs de ses responsables ont mis en cause le modèle de développement quantitatif du pays – le gâteau augmente, mais pas la part que les salariés reçoivent. On pourrait en déduire que ce parti devrait soutenir cette proposition. Rien n’est moins sûr cependant, tant l’UDC défend, lorsqu’il ne s’agit pas de ses propres textes, une ligne strictement libérale, très éloignée des préoccupations sociales de l’Union syndicale suisse.

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