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La pensée économique toujours actuelle de Pierre Mendès France

«L’austérité contre l’emploi», une sélection de textes de Pierre Mendès France et Gabriel Ardant présentée et annotée par Christian Chavagneux, Alternatives économiques et Les petits matins, 2013, 100 pages

Pierre Mendès France est l’un des rares hommes politiques intéressé et surtout maîtrisant les mécanismes de l’économie. Relire ses écrits est tout à la fois éclairant et désespérant.

Eclairant parce qu’il montre, théoriquement et empiriquement, comment la rigueur budgétaire en temps de crise accélère le chômage et conduit à la déflation. Désespérant car, quand bien même les faits lui ont donné raison dans les années 30 du siècle passé, l’obsession de l’équilibre budgétaire continue de dicter la conduite des gouvernements.

Le magazine Alternatives économiques  poursuit la publication d’extraits de textes classiques de l’économie, toujours pertinents pour la compréhension du présent. Domaine Public en a signalé quelques-uns (DP 1974 et 2007). Dernier volume en date, L’austérité contre l’emploi présente un choix tiré de l’ouvrage La Science économique et l’action, rédigé en collaboration avec Gabriel Ardant et édité en 1954 par l’Unesco.

PMF s’inscrit dans la ligne de Keynes. L’équilibre budgétaire convient aux périodes de prospérité. Par contre en situation de crise et de sous-emploi persistant, une politique budgétaire vertueuse ne peut éviter les déficits. Pour relancer la demande, il faut tout à la fois pousser l’investissement et ponctionner les hauts revenus, augmenter les droits de succession et taxer les bénéfices non distribués des entreprises. Et pour abaisser les taux d’intérêt, il préconise l’émission de monnaie par l’achat de titres de la dette publique par la Banque centrale. Le contrôle et la régulation des banques, qu’il considère comme un service public, assurent la confiance des épargnants. Paul Krugman et Joseph Stiglitz ne disent rien d’autre aujourd’hui.

L’histoire économique corrobore l’analyse théorique. Roosevelt fit face à la grande crise qui débuta en 1929 par une politique monétaire favorisant la baisse du taux d’intérêt et une politique d’investissements publics à grande échelle alimentée par l’emprunt. Il mit en œuvre une régulation drastique des banques et introduisit une fiscalité fortement progressive. Résultats: une hausse des salaires et de la production industrielle et une baisse importante du chômage. En Europe à la même époque, l’Allemagne et la France conduisent une politique d’austérité qui provoque la stagnation économique et l’accroissement du chômage.

PMF a mis l’accent sur les lacunes de la théorie classique. La recherche du profit ne constitue pas simultanément un avantage pour la collectivité. Car le profit ne récompense pas toujours les efforts utiles à la société dans son ensemble, en particulier lorsqu’il résulte d’une rente, un «profit non gagné». «L’inégalité des fortunes, dont la rente est l’une des causes, entraîne une autre conséquence contraire à l’optimisme classique. Faute d’une égalité au moins approximative des revenus, le plus riche peut consommer, pour son superflu, le nécessaire du plus pauvre.»

PMF insiste également sur l’évolution de la structure et des conditions de gestion des entreprises. Les sociétés anonymes ne sont pas gérées par les actionnaires, mais par des managers qui, bien que minoritaires, s’assurent le contrôle de leur firme. Ils dirigent selon leur propre intérêt. Le mécanisme libéral décrit par Adam Smith – le propriétaire est aussi le chef d’entreprise – ne fonctionne plus.

PMF pensait que les crises devaient inciter à repenser les dogmes économiques. Pourtant les leçons de la grande dépression des années 30 ont été oubliées avec le retour de la pensée économique dominante depuis les années 70. Déréglementation, affaiblissement de la progressivité de l’impôt, austérité budgétaire et son cortège de chômeurs dominent l’action politique.

La crise de 2008, qui n’en finit pas de durer, viendra-t-elle à bout de dogmes qui ne génèrent que précarité et délitement social?

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