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Brider l’attractivité de la Suisse pour maîtriser l’immigration?

Foire d’empoigne et choc frontal des cantons en perspective

Photo DP
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La pression n’est pas prête de retomber. Les questions d’immigration et de population étrangère vont rester au centre de l’agenda politique. Après la page (mal) tournée de l’initiative de l’UDC acceptée aujourd’hui, voici venir celle du comité Ecopop.

Les expériences faites aussi bien avec le système des contingents de main-d’œuvre autorisés à venir travailler en Suisse qu’avec la libre circulation des personnes en provenance de l’Union européenne depuis 2002 montrent que c’est la vitalité de l’économie qui dicte le rythme et le nombre de personnes que les entreprises souhaitent engager.

Si l’on considère que l’immigration est trop importante, ce n’est donc pas sur l’immigration qu’il faut agir, mais sur l’économie elle-même. Ce qui revient à dire qu’il faudrait parvenir à freiner ou à brider son dynamisme.

Les cycles conjoncturels (périodes alternées de croissance et de récession) sont-ils suffisants en eux-mêmes pour réguler les mouvements d’immigration et d’émigration ? La Suisse a enregistré depuis les années 70 au moins cinq périodes de récession (milieu des années 70, début des années 80, première moitié des années 90, début des années 2000 et fin de cette même décennie), de sorte que la population résidante étrangère a augmenté en moyenne de quelque 30’000 personnes par année (DP 2024) – la moitié moins que la moyenne de ces dix dernières années.

L’initiative «Halte à la surpopulation – Oui à la préservation durable des ressources naturelles» (dite Ecopop) prévoit que «la part de l’accroissement de la population résidant de manière permanente en Suisse qui est attribuable au solde migratoire ne peut excéder 0,2% par an sur une moyenne de trois ans». La limitation de 0,2% ne s’applique donc pas à l’augmentation de la population résultant de son accroissement naturel (naissances moins décès). Cet accroissement naturel, en moyenne au cours des quatre dernières décennies, s’est établi à 18’000 personnes par année. Le «solde migratoire» équivaut à une hausse annuelle nette de l’immigration de l’ordre de 16’000 personnes (0,2% de 8 millions).

Qui serait prioritaire?

Indépendamment de la (non)-compatibilité de ce texte avec l’accord sur la libre circulation des personnes, l’initiative ne dit pas comment il faudrait agir pour parvenir à ne pas dépasser le chiffre de 16’000 personnes. L’application d’une restriction aussi sévère de l’immigration de main-d’œuvre étrangère donnerait lieu à des foires d’empoigne continues, tant les intérêts des entreprises et des cantons s’opposeraient frontalement, surtout en période de conjoncture favorable.

Si les postes disponibles étaient réservés en priorité aux personnes les plus qualifiées pour préserver le dynamisme du tissu industriel, technologique et scientifique du pays, des branches entières devraient être sacrifiées, comme la santé, la restauration, le tourisme, l’agriculture. Ou si la santé était jugée prioritaire, il ne resterait plus grand-chose pour les autres branches.

Certes, certaines régions pourraient recourir à davantage de main-d’œuvre frontalière (qui ne compte pas dans la population résidante). A moins que la main-d’œuvre frontalière, comme on l’observe depuis quelques années, ne devienne aussi présente dans des cantons non frontaliers. Plus généralement, on peut s’attendre à un développement de l’économie dite souterraine (travail au noir). Ce ne serait satisfaisant ni pour l’économie, ni pour les cotisations aux assurances sociales, ni pour les rentrées d’impôts.

Mission impossible?

Ces observations nous renvoient à notre remarque liminaire. Si l’on entend essayer de limiter l’immigration de la main-d’œuvre étrangère, il faut agir sur l’attractivité de l’économie helvétique. Mais n’est-ce pas mission impossible? L’éducation et la formation des habitants de ce pays sont orientées vers la recherche du travail bien fait dans tous les domaines et dans les moindres détails. De plus, le niveau des salaires en Suisse, assez nettement supérieur à ceux d’un grand nombre pays de l’Union européenne (DP 2024), exerce un fort effet d’attraction, encore accentué par la récente crise financière.

La première des mesures envisageables pour réduire l’attractivité de la Suisse consisterait à supprimer les avantages fiscaux accordés aux grandes entreprises qui viennent s’installer en Suisse, dont les cadres sont en grande majorité étrangers. La deuxième mesure serait de mettre fin à la concurrence fiscale entre les cantons pour attirer de «bons» contribuables suisses et étrangers. Mais on voit déjà la levée de boucliers des cantons qui invoqueraient une atteinte à leur souveraineté.

Vache sacrée?

Une troisième mesure toucherait ce que l’on appelle les mesures d’accompagnement pour éviter le dumping salarial. Il conviendrait en particulier de faciliter la procédure pour que le Conseil fédéral puisse déclarer les conventions collectives de travail de force obligatoires. Toutes les conventions collectives devraient au surplus contenir des salaires minimaux d’embauche suffisamment élevés pour permettre aux salariés de vivre décemment. Le patronat s’y est toujours opposé jusqu’à présent.

Cependant, le mois dernier, le président de l’USAM a déclaré que ce thème n’était pas une «vache sacrée». Signe d’une évolution réelle? Il s’agirait aussi non seulement de renforcer la lutte contre la sous-enchère salariale, mais surtout de renforcer les sanctions, actuellement peu dissuasives, contre les employeurs qui ne respecteraient pas les dispositions légales ou conventionnelles.

Et ne revenons pas sur les questions liées à l’aménagement du territoire et à la politique des transports que Domaine Public a abondamment traitées au cours de ces derniers mois.

Le nœud de tous ces problèmes est qu’il n’existe pas de majorité politique pour les traiter avec sérieux et diligence. Au fond, peu de monde souhaite vraiment s’interroger sur le modèle de développement économique du pays, la répartition spatiale des activités économiques et la manière dont sont (mal) distribués les bienfaits de la prospérité tant vantée.

Ces questions sont en fait diablement complexes. Beaucoup plus simple, au final, de s’en prendre au nombre d’étrangers plutôt qu’aux entreprises qui les engagent.

DOMAINE PUBLIC

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Discussion

  • 1
    Laurent Ducommun

    Avec raison JPG écrit directement sur les conséquences diverses du vote d’aujourd’hui, il ne fait pas vraiment d’analyses sur les causes.
    Son texte est remarquable, comme souvent.
    En cette journée (sans doute tristement) historique de notre pays, je me permets de vous écrire un scénario possible; le texte est un peu beaucoup long, je sais… mais ce n’est (heureusement) pas tous les jours un 9 février,  dont un dicton dit « Au jour de la Saint-Sabin, l’hiver s’achemine ou touche à sa fin », et je suis nettement hélas du côté pessimiste. Mon modeste texte se préoccupe  des conséquences, surtout institutionnelles. ——————————————————————————————————————-
    Mauvais soir… ou bon soir ?
    Bonsoir tous d’abord !
    Sur l’immigration de masse il y aura beaucoup de commentaires, première banalité !
    Faire des scénarii, j’aime bien, deuxième banalité !
    … voilà donc mon scénario à ce sujet :

    Scenario = langue italienne = Tessin en premier lieu.
    Avec 68% de SI, il est nettement  en tête des cantons pour les SI-Dire,
    qui ne gagnent le scrutin au niveau suisse qu’avec 20’000 voix de différence.
    Si le Tessin n’avait voté qu’avec 52% de OUI, le peuple suisse aurait refusé cette initiative.
    Conséquence :  le Tessin devra  absolument être beaucoup mieux représenté au niveau national.

    Pour représenter mieux le Tessin, la meilleure solution est de passer à un Conseil fédéral à 9 membres, avec de fait un représentant italophone en permanence.

    Les milieux économiques (le patronat) ont échoué.
    S’ils sont intelligents, je l’espère, ils devront lutter beaucoup fortement contre le dumping salarial, sinon ils ne seront plus crédibles du tout.
    Les cantons qui luttent fortement contre cela (tel Neuchâtel) ont dit NON clairement.
    A l’opposé ceux qui ne font rien (tel  le Tessin) ont dit OUI.
    A La Chaux-de-Fonds, où pendant une journée de travail (du lundi au vendredi) la majorité des salariés n’ont pas de passeport suisse, les citoyens suisses ont voté NON à 60%. C’est une ville à majorité de gauche depuis 100 ans et où toutes les parties (autorités, patronat, syndicats) sont assez bien à l’écoute de la population.

    Les cantons pauvres (souvent petits) qui profitent des cantons riches (souvent grands) ont voté OUI en grande majorité. Les leçons  de ce scrutin doivent être faites au parlement fédéral, en particulier au Conseil national. Le Conseil des Etats doit être revu dans sa composition, voire dans son importance.

    Le représentant de la grande économie, JSA, doit démissionner rapidement du Conseil fédéral. Avec les autres casseroles qu’il a déjà, il n’est plus crédible du tout. Il devrait à mon avis être remplacé par Mme Karin Keller-Sutter.
    Les rocades suivantes auront lieu au Conseil  fédéral : Alain B. prendra l’Economie (DEFR), Simonetta S.  l’Intérieur (DFI) et Karin K-S Justice et Police (DFJP), dont le principal office est Les Migrations, sujet qu’elle connaît très très bien.

    Enfin au niveau relations avec l’Europe, le cœur de la votation : du centre-gauche au centre-droit (donc à l’exclusion de l’extrême-gauche et de l’UDC-Lega), les autorités politiques doivent clairement maintenant jouer cartes sur table et le dire, à savoir ce qui suit :
    La Suisse n’est plus depuis longtemps une île au milieu de l’Europe,  le fédéralisme du XIXe siècle doit être fondamentalement réduit, le « Y’en a point comme nous » des nostalgiques de Heidi doit être éradiqué du vocabulaire politique, et finalement dire dire et redire que l’adhésion de la Suisse à l’Europe est la seule voie possible à court ou moyen terme, car la voie bilatérale c’est terminé, l‘Europe n’entrera plus en matière là-dessus, c’est quasi-certain.

  • Autre rocade qui s’impose: nommer d’urgence M. Christophe Blocher ministre plénipotentiaire auprès de Bruxelles pour négocier un nouvel accord.

    Il est le seul qui soit crédible.
    Il est le seul qui représente la majorité des votants de dimanche.
    Il est le seul capable d’obtenir des concessions de Bruxelles parce qu’il est connu pour être antieuropéen et pour être un homme très dur en affaires.
    Tous les autres hommes politique suisses se feront bouffer car non seulement ils n’ont pas la stature mais ils sont pro européens, par conséquent ils ont perdu d’avance. D’entrée de jeu l’autre partie les sait vulnérable et les roule dans la farine à plaisir.
    C’est d’ailleurs exactement ce qui est arrivé depuis qu’on a commis l’erreur de sortir monsieur Blocher du Conseil fédéral.
    Le pouvoir étranger (qui nous envie et ruminait la perte de notre place financière depuis des générations) a compris qu’on était devenus faibles car les mous étaient aux commandes et celui qu’ils craignaient et respectaient avait été écarté. Résultat nos ennuis ont commencé immédiatement après l’éviction de Blocher. A croire que celle-ci avait été organisée précisément pour cela et pour ma part c’est ma conviction. Immédiatement les hostilités ont commencé avec l’OCDE. On s’est fait danser sur le ventre depuis ce moment là et on a presque tout perdu, d’autant plus que Mme Widmer a délibérément travaillé contre nos intérêts,  chacun a pu le constater lors des humiliations de la place financière.
    Je tiens à souligner que la prise de conscience de ce fait explique en partie le vote OUI de dimanche, en tous cas dans mon cas et je ne suis surement pas le seul.
    Hélas, si certains ont bien fait la proposition d’appeler le seul homme capable de mener à bien le bras de fer qui nous attend, il est à craindre que les médiocres refuseront jusqu’au bout de confier la responsabilité à plus grand qu’eux. 
    Par conséquent c’est vrai: on sera mal défendus, on va souffrir, et ça peut se traîner en longueur car quand on a des médiocres à la barre il n’y a pas de raisons que ça s’arrange.
    Tout ce qu’on peut espérer c’est que tout ça amène à un changement NET du rapport de forces aux prochaines élections. Car les Suissesses et les Suisses sont fiers. A partir de maintenant ils vont être collectivement traités plus bas que terre par des imbéciles comme Martin Schulz qui a osé dire que la majorité du peuple et des cantons suisses avaient été guidées par « leurs plus bas instincts » !!!!!  Bravo! Continuez comme ça mesdames et messieurs les eurocrates. Avec de tels propos dans un an, la Suisse entière aura tourné à un état d’esprit unanime comparable à celui actuel de la Lega dei Ticinesi.
    Et ça va continuer. Car ces petits parlementaires et bureaucrates professionnels ineptes inutiles et incapables des institutions de l’anti-Europe (car on ne peut décidément pas appeler ça l’Europe) vont tous y aller de leurs petites phrases méprisantes pour la Suisse pour mieux se faire pardonner leur propre nullité.
    Ca ira jusqu’au moment où nos compatriotes en auront assez et éliront des vrais défenseurs de leurs intérêts.  

  • Le peuple suisse a aboyé, comme toujours en espérant qu’il n’y ait pas de conséquences négatives pour lui. S’il devait en avoir, tout le monde accuserait le CF de tous les maux. Déjà la danse du ventre du PLR et du PDC a commencé et il faut maintenant freiner l’excellente S. Sommaruga qui de leur avis veut aller trop vite en besogne en voulant clarifier la situation sans retard afin d’éliminer les incertitudes. Economie Suisse fait une bien piètre figure avec un président surtout bronzé et sportif. Une initiative est un cri, ce n’est surtout pas fait pour être appliquer si elle est accompagnée par des inconvénients. Tout le monde sait que l’UE ne peut négocier la liberté de circulation des personnes.Tout le monde sait que par exemple aucun, vraiment aucun hôpital de Suisse alémanique peut fonctionner sans les Allemands. Tout le monde sait que nos hautes écoles ne peuvent tenir le cap sans professeurs et chercheurs étrangers. Tout le monde sait que qu’une préférence suisse pour les travailleurs n’amène à rien car il y a trop peu de suisses qualifiés. Tout le monde sait que l’économie suisse est surdimensionnée par rapport à la grandeur du pays mais personne ne veut en réduire le poids, par exemple par la fiscalité. Le cirque politique helvétique continue: le Tages-Anzeiger (qui porte une responsabilité dans le nombre de oui en Suisse alémanique), continuera ses piques anti-allemandes et continuera d’offrir des pages de commentaires qui sont devenues un vrai dépotoir de racisme, d’injures et de mensonges, unique en Suisse et rare en Europe. On continuera, en bon peuple d’analphabètes économiques et politiques, à mélanger l’asile, les musulmans, les travailleurs étrangers, le prix des loyers, le peu de place dans les trains, pour exprimer un mal-être indéfinissable. On ne prend plus les Suisses au sérieux dans l’Europe éclairée. Ce sont les rois des tempêtes dans un verre d’eau. Il faut juste leur tordre un peu le bras et ils plient. Les USA l’ont compris depuis longtemps. Et l’UDC pourra continuer son jeu.

  • Effectivement, les non ont sûrement été déterminés par le manque de logements à loyers modérés, par le manque d’emplois non qualifiés mais suffisamment payés quand même (tout le monde n’est pas licencié d’une université), et par d’autres causes diffuses telles que les assurances qui ne remboursent bientôt plus rien, etc.
    Il n’empêche que le bon peuple a suivi le mot d’ordre d’un milliardaire dont on n’entend guère de solutions aux problèmes, à part bouter les étrangers hors de Suisse. Combien de logements à bas prix offre le Grand Timonier zurichois? Combien d’apprentissages?

    • Vous vouliez dire les oui, je suppose.
      En ce qui concerne vos reproches au « grand timonier milliardaire », ils sont plutôt injustes. Je ne sais pas s’il a offert des logements à bas prix, mais des places d’apprentissage dans son usine d’Ems, là oui, certainement un grand nombre. Voilà vraiment quelqu’un qui mérite le nom de « Arbeitgeber ». Et on se demande pourquoi vous lui supposez un manque de bonté de cœur. Jean Ziegler, qui le connaît très bien, le tutoie et au fond l’admire, a une toute autre opinion. Il m’a raconté que Christophe Blocher s’est montré extrêmement généreux envers des projets caritatifs en Afrique pour lesquels, lui même l’avait sollicité.
      Christophe Blocher est haï par beaucoup comme l’incarnation à la fois d’une politique de droite dure et comme représentant d’un patronat exigeant. Mais ses employés lui sont certainement reconnaissants d’avoir eu du succès en affaires et de ce fait leur avoir assuré des emplois stables. S’agissant de son cœur, il n’y a pas lieu de lui supposer ni une grande bonté ni une quelconque méchanceté. Il semblerait qu’il soit plutôt généreux, la plupart du temps dans la discrétion protestante. (Sauf en ce qui concerne les 20 millions royalement octroyés à l’ancien couvent de Rheinau pour en faire un centre de formation musicale, ce qui est en soi réellement social soit dit en passant.)
      Votre antipathie pour le personnage (on pourrait en dire autant de ma sympathie pour lui) reflète avant tout un sentiment politico-idéologique. Un type humain comme Blocher ne peut qu’être la bête noire des gens de sensibilité socialiste. Pour les mêmes raisons il ne peut qu’être un modèle pour les gens à la tripe conservatrice et patriote.

  • Le Liechtenstein, membre de l’EEE, a négocié avec l’UE et l’EEE (dès le début) une clause contingentant à 30 %  le nombre d’étrangers résidents. C’est ce que rapportait hier l’émission Eco de la télévision suisse alémanique. Pays de 37’000 habitants mais avec une forte économie, les entreprises du Liechtenstein occupent quotidiennement plus de 30’000 personnes qui sont des frontaliers autrichiens, mais surtout des étrangers de diverses nationalités vivant en Suisse dans la vallée du Rhin, par. ex. à Buch SG et traversant le Rhin chaque jour pour leur travail. Ces gens paient leurs impôts en Suisse (plutôt bas en comparaison de l’alternative autrichienne proche), dans une région très fermée envers l’étranger. Une manne pour une région, mais qui a dit oui à l’initiative. Un autre paradoxe: la région de Kreuzlingen croît surtout à cause des Allemands de la région de Constance où les prix de l’immobilier et les impôts sont plus élevés qu’en Suisse. Cette région a voté oui, car elle se plaint de manque d’intégration des Allemands surtout, mais accepte qu’ environ 300 de leurs enfants, même double-nationaux allemands/suisses, traversent tous les jours la frontière pour se rendre à l’école publique de Constance où ils bénéficient d’une droit fondamental à l’éducation gratuite au Baden-Württenberg. Ces enfants ne seront jamais intégrés, même avec un passeport suisse. Je connais de ces cas dans ma famille. Dans la même région qui a dit oui à l’initiative, où les centres Migros et Coop ainsi que les autres commerces sont souvent vides, les marchés anémiques, tout le monde traverse la frontière en pleine ville pour aller acheter local (oui local) à Constance, par exemple sur des marchés de produits locaux grande qualité, y compris bio,  à la moitié du prix suisse. Tout le monde fait de même pour aller au restaurant où un menu dans un Gault Millau 15 points coûte entre 40 et  50  de moins qu’en Suisse. La majorité a voté oui contre l’immigration de masse. Un syndic de la région, socialiste depuis 25 ans, a quitté son parti notamment à cause des positions trop ouvertes du PSS envers les étrangers. Mais il distribue des permis de construire à tour de bras pour des immeubles dont les appartements seront loués ou achetés en majorité par des Allemands qui travaillent souvent en Allemagne (et qui enverront leurs enfant à l’école à Constance) mais qui profitent d’impôts plus bas et fâchent les Allemands vivant de l’autre côté qui les traitent de profiteurs et qui secouent la tête face à la position schizophrénique des autorités thurgoviennes et suisses. Cela m’amuse beaucoup et démontre comment les Suisses qui ont accepté l’initiative de l’UDC pédalent dans le vide devant leur impuissance face aux réalités. C’est psychologique.

    • 5.1
      Laurent Ducommun

      Super votre exemple de Constance !
      D’ailleurs j’aime beaucoup cette ville.
      Pour comprendre le conflit Suisse germanophone/Allemagne je propose à tous les lecteurs intéressés de se rendre une fois à Kreuzlingen, p. ex. par le train.
      De là vous vous dirigez vers l’Allemagne, donc Constance, puisque Kreuzlingen est une banlieue de Constance. A Kreuzlingen, donc toujours du côté suisse, vous entrez dans le premier café  rencontré, vous commandez ce que vous voulez (café, bière, tisane [Tee !],..) et vous regardez et écoutez discrètement les autres consommateurs: ce sont des employés qui ont des problèmes avec leur patron, des jeunes femmes qui se racontent leur dernières histoires de mecs, des grands-parents qui prennent une collation avec leurs petits-enfants, etc… comme dans tous les cafés d’Europe. Le seul problème c’est que vous ne comprendrez sans doute pas grand’chose, si vous ne comprenez pas le dialecte thurgovien.
      Vous sortez ensuite du café, suivez la rue qui mène à Constance, traversez la frontière (encore sans visa !) et entrez dans le premier café allemand.
      Là vous faites de même, et la clientèle est tout à fait semblable à celle d’il ya deux cent mètres en Suisse… sauf que miracle, vous retrouvez enfin l’allemand appris à l’école, et vous comprendrez tout ce que vos voisins disent.
      Les Suisses germanophones disent volontiers que les Allemands ont aussi chacun leur dialecte; c’est vrai, mais il est essentiellement parlé dans les campagnes retirées. En Suisse germanophone les gens maintenant parlent tous et partout les dialectes de leurs paysans.
      Quand ils se remettront à parler l’allemand hors de leurs campagnes, à ce moment seulement il y aura, d’après moi, un grand espoir d’ouverture des Suisses germanophones vers les autres.

  • Aujourd’hui, rencontre dans une entreprise de Suisse alémanique dévelopant un grand projet de plusieurs de centaines de millions d’Euros dans le nord de l’Europe, pour l’élaboration du rapport final d’évaluation. Le chef de projet italien, les ingénieurs allemands, un juriste italien, des ingénieurs-conseils scandinaves, un ami brillant ingénieur suisse alémanique. La langue de communication est l’anglais. A la cafétéria, l’atmosphère est un peu lourde. Nous parlons de l’initiative. Les étrangers vivant en Suisse sont quelque peu vexés, car la région de leur employeur a dit oui à l’nitiative. Quelqu’un s’approche: « si tous les étrangers étaient comme vous et ne venaient pas ici pour profiter de nos assurance sociales il n’y aurait pas de problèmes ». Nous avons laissé à notre collègue suisse alémanique de lui expliquer en dialecte son erreur de jugement. Le calme et aucune réaction. Vers 18 heures, les dames turques  en charge du nettoyage commencent leur tâche quotidienne. Nous les voyons depuis plus d’une année faire bien leur travail jusqu’à 20-21 heures. Elles travaillent probablement comme appoint au salaire de leur partenaire pour nourrir leur famille. Elles ne sont pas aux services sociaux, elles travaillent. Elles sont un peu pour nous l’âme de la société le soir, avec les clés d’accès aux bureaux les plus protégés qu’elles n’ouvriront pas pour des tiers. Femmes de confiance et non profiteuses de services sociaux. C’est cela la Suisse que j’aime.  

    • 6.1
      Laurent Ducommun

      J’aime bien aussi ce témoignage.
      A Berne, dans l’admin fed où je travaille, il y a deux différences avec vous à propos des dames de nettoyage. Elles sont d’origine portugaise et sont déjà là à 16h et partent vers 19h….Avant de partir elles papotent et rient autour d’une table de la cafétéria.
      Moi aussi c’est cette Suisse-là que j’aime.
      Juste un truc encore: j’ai parlé il y a 4 jours de la Suisse germanophone, terme peu usité il est vrai. Je l’ai changé depuis et je parle de la Suisse germanophobe. Si l’initiative a passé, c’est en effet surtout, à mon avis, à cause de ce sentiment de rejet de l’Allemagne par une bonne partie de la Suisse germanophobe.

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