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Le grande solitude des porteurs du dossier européen

On aurait pu, à moindre frais, préparer l’opinion à l’évolution du concubinage avec l’Union européenne

Photo Chris
Photo Chris (licence CC)

2014 promet d’être une année décisive pour la politique européenne de la Suisse. Depuis la votation sur la reconduction et l’élargissement de l’accord sur la libre circulation des personnes, en février 2009, il n’y avait guère eu à débattre sérieusement et encore moins à décider sur la question, même si quelques brèves controverses avaient pu s’allumer.

En même temps qu’une poussée de fièvre sur la question de l’immigration, plusieurs dossiers critiques – fiscalité de l’épargne, fiscalité des entreprises, question institutionnelle surtout – arrivent aujourd’hui plus ou moins simultanément à un point de maturité entraînant des décisions qui engageront l’avenir. Et l’on ne peut que constater à la fois la grande solitude de ceux qui sont responsables de porter politiquement ces dossiers et la difficulté des milieux économiques à intervenir de façon pertinente et convaincante dans le débat.

Les uns et les autres ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Au soir du 4 mars 2001, après l’écrasement de l’initiative Oui à l’Europe – à vrai dire mal fichue mais qui n’avait pas d’autre objectif que de servir d’aiguillon – le Conseil fédéral, qui en recommandait le rejet, affichait une très sereine satisfaction. A qui lui demandait s’il n’avait justement pas gagné un peu trop largement, Pascal Couchepin répondait qu’il n’y voyait pas de problème. Le verdict populaire devait assommer le mouvement pro-européen, qui n’a depuis fait que survivre.

Dans la foulée, la seule formation politique pro-européenne, très minoritaire au demeurant, était réduite au silence. A la fin août 2001, le parti libéral suisse était en effet contraint à une douloureuse et peu glorieuse apostasie. Menacé d’être privé de subventions par les banquiers privés, qui jugeaient son engagement inopportun et contraire à leurs intérêts relativement à l’avenir du secret bancaire, le PLS s’alignait sur le politiquement correct en matière de politique européenne: l’adhésion rangée dans le tiroir des utopies et les accords bilatéraux considérés comme un acquis définitif, à peine susceptible d’un très léger fignolage, moins on se pose de questions mieux cela vaut.

Rejetés à la marge, les militants pro-européens survivants ont versé assez normalement dans l’intégrisme. Pour la plupart d’entre eux, il n’y avait point de salut hors de l’adhésion, ils ne concevaient pas, et ne conçoivent toujours pas, l’avenir des relations entre la Suisse et l’UE autrement que dans le mariage, en blanc, et au son de la marche nuptiale. Faute de moyens, de soutiens et de perspectives, au fil des années leur engagement politique s’est essentiellement limité à exhorter le Conseil fédéral à faire preuve de courage en rouvrant le dossier de l’adhésion.

Une éventuelle évolution du concubinage entre Berne et Bruxelles n’a donc jamais été considérée, à de très rares exceptions près, comme digne d’attention, d’examen, de réflexion et de prospective. C’est à peine exagéré d’affirmer qu’elle est demeurée en dehors du champ de conscience de la classe politique, des milieux économiques et plus encore de l’opinion. Jusqu’à l’été, on cherchait ainsi vainement, dans les propos alarmistes émanant de l’économie et des milieux proches, la moindre allusion aux relations avec l’UE. Les mises en garde contre les dangers menaçant l’économie portaient uniquement sur les tentatives de la gauche – initiative 1:12, salaire minimum – d’ébrécher le corpus libéral d’organisation du marché du travail.

Maintenant que les choses sérieuses se précisent, on se dit qu’il n’aurait peut-être pas été inutile de maintenir, à peu de frais, un modeste courant de pensée non systématiquement négatif et dépréciatif envers la construction européenne, toute décevante qu’elle puisse souvent apparaître, non exclusivement fondé sur l’hypothétique perspective d’une adhésion et ouvert sur une approche évolutive des relations entre la Suisse et l’Europe. On a en particulier laissé végéter sans ressources le Nomes (Nouveau mouvement européen suisse), qui avait l’avantage de ne pas représenter uniquement les milieux universitaires.

Ce genre de visions paraît étranger à notre culture politique. Au vu des millions engagés aujourd’hui par les organisations économiques, il apparaît pourtant que, pour les prix de quelques corbeilles de pommes, on aurait pu rendre sur la durée le bilatéralisme et ses enjeux plus visibles et plus compréhensibles. 

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