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Un couple de documentaristes suisses au sommet de leur art

Le dernier film de Frédéric Gonseth et Catherine Azad va sortir sur les écrans le 18 décembre

Photo Frédéric Gonseth Production Photo Frédéric Gonseth Production
icone auteur icone calendrier 8 décembre 2013 icone PDF DP 

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Depuis 1966, avec un court-métrage sur Ramuz, le Vaudois Frédéric Gonseth initie une œuvre cinématographique aujourd’hui riche de plus de trente films. Une œuvre menée le plus souvent en collaboration avec sa compagne Catherine Azad, en particulier pour sa partie musicale.

De cette riche filmographie, nous ne mentionnerons que quelques titres. Plusieurs d’entre eux sont consacrés à l’Europe de l’Est (Catherine Azad est d’origine russe): ainsi L’Ukraine à petits pas (1992) ou le récent Botiza (2011), superbe évocation d’un village roumain où modernité et tradition se confrontent. Le couple de cinéastes s’est aussi intéressé aux artistes, avec par exemple Walter raconte Mafli (2009).

Dans un registre plus grave, citons le bouleversant Mission en enfer (2003), consacré à la trop fameuse mission conduite par le colonel philo-nazi Eugen Bircher sur le front de l’Est, mais dont les participants étaient souvent des personnes généreuses, sans doute un peu naïves et de ce fait abusées. Frédéric Gonseth y fait preuve de l’une de ses grandes qualités: l’objectivité historique et le refus de tout juger en noir et blanc. Une qualité que l’on n’attendrait pas nécessairement de celui qui fut le rédacteur en chef de La Brèche, l’organe de la Ligue marxiste révolutionnaire…

Il s’est fait remarquer aussi par Citadelle humanitaire (2008), qui relate l’action sur le terrain d’une personnalité du CICR très, voire trop, indépendante d’esprit. Il s’est investi dans deux vastes projets: Archimob ou Archives de la Mobilisation, qui a recueilli les témoignages de 555 témoins de la deuxième guerre mondiale en Suisse, et Humem, autre collection d’histoire orale consacrée aux acteurs des organisations humanitaires.

En dehors de son travail personnel de production et de tournage, Gonseth est actif dans les milieux du film, notamment comme cofondateur de la Fondation vaudoise pour le cinéma. Depuis quelques années, il passe alternativement de l’objectif de la caméra au pinceau et a présenté dans une veine figurative dépouillée plusieurs expositions de peintures, qui témoignent d’un véritable talent. Lequel était déjà perceptible dans les superbes cadrages de ses films.

Leur dernier documentaire constitue un retour à la fois au monde du chant, à celui de l’Ukraine et à celui des animaux, trois univers qui sont chers à Frédéric Gonseth et Catherine Azad. Baguette magique raconte la rencontre improbable entre deux hommes animés d’une passion. D’un côté, Jean-François Pignon, un jeune et déjà célèbre spécialiste du spectacle équestre, qui a établi des liens entre l’homme et le cheval en totale liberté, sans corde ni licol, a fortiori basés sur l’empathie et la persuasion, et non sur la contrainte brutale. De l’autre, le déjà octogénaire Gregory Levtchenko, chef du chœur ukrainien Kalena, considéré comme le meilleur du pays. La vie de Levtchenko est déjà en soi un résumé de l’histoire soviétique: naissance en 1933 pendant la grande famine créée par Staline, travail au kolkhoze, formation militaire de pilote de combat, études de musique à Leningrad, condamnation à huit ans de travaux forcés dans une usine à viande pour avoir dirigé un chœur aux paroles «subversives». Car la passion qui habite cet homme hors du commun, c’est le chœur Kalena formé de jeunes étudiants de l’Université pédagogique, qu’il mène… à la baguette.

L’idée de les amener à se rencontrer et à présenter un spectacle commun, équestre et choral, revient à Catherine Azad. Le film raconte ces contacts, souvent émouvants et les difficultés à faire aboutir un projet ambitieux et coûteux. Lorsque survient un nouveau coup de «baguette magique»: la prise en charge des frais de l’opération par la maison de luxe parisienne Hermès. C’est au Grand Palais à Paris, en avril 2011, dans le cadre du Saut Hermès, compétition hippique de prestige, que sera finalement présenté ce somptueux spectacle.

Outre la beauté des voix ukrainiennes, avec celles des femmes un peu nasillardes qui font leur particularité, le chatoiement des costumes, les paysages du Sud de la France où les chevaux galopent en liberté, ce film est attachant parce qu’il s’en dégage une profonde empathie: entre Jean-François Pignon et ses juments, entre ce maître cavalier et le chef de chœur Gregory Levtchenko, entre ce dernier et ses choristes, enfin entre le couple Gonseth-Azad et leurs partenaires.

Baguette magique, documentaire de 70 minutes, sortira en salles le mercredi 18 décembre.

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Discussion

  • 1
    Coquoz Raphaël says:

    Les analyses politiques de Domaine Public sont stimulantes. Elles s’enracinent bien sûr dans des pulsions morales, dans un sens du bien et du mal indémontrables. C’est le socle de notre sens de l’humain, de sa valeur. Alors merci de nourrir aussi les lecteurs de Domaine Public avec de telles contributions culturelles, qui alimentent la terre de notre humanité profonde, notre humus de sensibilité, indispensables pour que les analyses politiques rationnelles s’enracinent sur des a priori moraux sains et vivifiants. C’est aussi l’utilité de la mise en avant de la vie de personnes telles que Nelson Mandela. Ce sont des lumières morales utiles dans le dédale des choix quotidiens [« Tiens, qu’aurait fait Mandela dans cette situation … »], et des rappels d’humilité [« Lui aussi était bien embêté au moment de choisir les politiques économiques et sociales de son pays »].

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