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Hommage à Jeanne-Marie Perrenoud (1914-2013)

Parcours d’une militante, qui participa notamment à la fondation de DP

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Jeanne-Marie Perrenoud est née en 1914 à La Chaux-de-Fonds, dans une famille d’enseignants chrétiens-sociaux. Elle s’est éteinte le 11 septembre dernier à Neuchâtel, dans sa centième année. Son neveu Marc Perrenoud, lors d’une cérémonie à sa mémoire, rappelait qu’elle était devenue incroyante vers 19 ans, parce que, disait-elle, «les arguments religieux ne sont pas convaincants». Ses valeurs, c’étaient la justice, la démocratie, le respect des autres, les droits humains.

Jeune fille, elle s’identifie à Atalante, l’héroïne de la mythologie grecque, élevée dans la nature, indépendante et fière, qui court plus vite que les garçons. Dès l’âge de 12 ans, elle se passionne pour l’affaire Sacco et Vanzetti et lit le quotidien socialiste de La Chaux-de-Fonds, La Sentinelle. Elle passe l’année 1932-33 en Allemagne, à Breslau, où elle assiste à la montée du nazisme et à la prise de pouvoir par Hitler. Sa révolte et ses convictions en sortiront renforcées. Depuis les années 1930, Jeanne-Marie s’est intéressée à la culture juive, aux victimes des discriminations antisémites, à la Shoah. En 1936, elle met ses espoirs dans le Front populaire en France.

Pendant la guerre, elle travaille comme secrétaire dans des administrations fédérales, puis en 1945 elle assume des remplacements dans l’enseignement à Neuchâtel. Elle part travailler à Genève en 1950, où elle vivra pendant un demi-siècle. En 1953, elle complète sa formation par un certificat pédagogique. En 1962, elle participe à la réforme du système scolaire genevois, sous la direction d’André Chavanne. Elle choisit d’entrer dans le Cycle d’orientation. En 1988, elle décrit ainsi ce changement de climat professionnel: «Ce que l’on découvrait au Cycle d’orientation, c’était, après l’air confiné de l’école traditionnelle, comme un souffle du grand large: un esprit d’ouverture, un non-conformisme allègre, une audace novatrice, tout cela mis au service d’un profond désir de justice sociale, d’une volonté de tout mettre en œuvre pour faire de cette école un instrument de démocratisation des études – et non seulement des études, mais du savoir, de la connaissance du monde.»

Elle adhère au parti socialiste genevois en 1958 et contribue à lui imprimer une nouvelle ligne politique – la rupture de l’alliance électorale avec le parti radical – qui aboutira en 1961 à la conquête du deuxième siège socialiste au Conseil d’Etat. Elle sera pendant quelque temps membre du Comité directeur du PSG, mais c’étaient surtout les activités sur le plan international qui la motivaient. Elle participe en 1958 à la fondation du Comité suisse d’aide aux réfugiés espagnols, présidé par Rinaldo Borsa, dont elle sera secrétaire jusqu’à la chute du franquisme.

Le Comité aidait en priorité les militantes et militants de la CNT et du POUM réfugiés en France qui, contrairement aux socialistes du PSOE et aux communistes, n’avaient pas de structures de soutien et d’appuis extérieurs.

En 1963, elle fait partie du groupe des treize personnes fondatrices de Domaine Public. Elle y côtoie notamment Ruth Dreifuss, future conseillère fédérale. À partir de 1977, elle est active dans le Comité de solidarité socialiste avec les opposants des pays de l’Est (CSSOPE) où elle milite avec des gens nettement plus jeunes qu’elle. Elle admirait Andrei Sakharov, et la tristesse provoquée par sa mort en 1989 fut mêlée à la joie d’assister à la chute du Mur de Berlin.

Jeanne-Marie prend sa retraite en 1977 et en 2000 déménage à Neuchâtel. Elle a immédiatement adhéré à la section locale du parti socialiste, mais sa santé ne lui a pas permis d’y militer comme elle l’aurait souhaité.

Marc Perrenoud écrit: «Elle qui s’est toujours passionnée pour la politique internationale et pour l’engagement socialiste est décédée un 11 septembre. Comment ne pas penser au 11 septembre 2001, et au 11 septembre 1973, le coup d’État de Pinochet? Mourir le même jour que Salvador Allende, est-ce un signe du destin d’une militante socialiste?»

Jeanne-Marie, pour celles et ceux qui ont eu le privilège de la connaître, laisse le souvenir d’une camarade exemplaire, par sa rigueur intellectuelle, sa droiture morale, sa modestie et son dévouement totalement désintéressé à la cause socialiste.
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Article reproduit de Pages de gauche n° 127 (novembre 2013)

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