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La tradition suisse des bons offices exige une certaine retenue

Le fugace Sommet Reagan-Gorbatchev, une leçon à méditer avant les négociations entre l’Iran et les USA

On se souvient du Sommet Reagan-Gorbatchev à Genève du 19 au 21 novembre 1985. C’est l’un des symboles des bons offices de la Suisse et de la Genève internationale. Ce succès de la diplomatie helvétique a ouvert la voie qui devait conduire à la fin de la guerre froide.

Ce qu’on sait moins, c’est que les deux superpuissances ont poursuivi leurs négociations durant six ans, mais ne sont jamais revenues à Genève. Elles ont préféré se rencontrer à Reykjavík l’année suivante, puis à Washington et à Moscou et aussi à Malte et à Helsinki.

Cela, on le doit vraisemblablement à une confusion dans le rôle de la Suisse, pays hôte. Comme le rappelle très justement Micheline Calmy-Rey dans le journal du matin de la RSR, les bons offices que la Suisse offre traditionnellement peuvent s’assimiler à un service hôtelier. Certes on peut aussi, et notre ancienne conseillère fédérale en a fait usage avec intelligence, se mêler de la cuisine offerte aux participants, jouer le rôle de facilitateur, d’intermédiaire et non plus seulement celui de maître d’hôtel.

Lors du sommet Reagan-Gorbatchev, Kurt Furgler, président de la Confédération, qui les avait déjà accueillis très officiellement à l’aéroport, a exigé que les deux chefs d’Etat, à qui l’on offrait le gîte et le couvert et qui n’en demandaient pas davantage, rendent une visite officielle à la Suisse. Ils se sont donc déplacés, à tour de rôle, dans une résidence prêtée au Conseil fédéral par ses propriétaires,  pour une discussion d’une demi-heure avec notre président. Celui-ci a exigé aussi d’être sur scène et de dire quelques mots lors de la présentation à la presse, par les deux présidents, de leur déclaration commune.

On peut imaginer que le rôle actif qu’a voulu jouer la Suisse dans un dialogue qui ne la concernait pas, et auquel elle ne pouvait de toute manière rien apporter, ait pu surprendre nos hôtes. En tout cas, l’esprit de Genève dont nous sommes si fiers n’a pas suffi à les faire revenir l’année suivante.

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Discussion

  • 1
    Victor Giordano, Porrentruy says:

    Vous écrivez que la Suisse a offert à ses hôtes « le gîte et le couvert ». Cela ne veut strictement rien dire. Le gîte, c’est le lieu qui permet de passer la nuit et le couvert désigne aussi ce lieu, ce qui n’a rien à voir avec le couvert qui désignerait la salle à manger et les services et autres ustensiles utilisés durant le repas.
    Voir l’utilisation de cette expression dans une fable de LA FONTAINE.
    L’expression exacte est « le vivre et le couvert » (le premier terme désigne la nourriture, le second le toit de la maison d’accueil).
     
     

Les commentaires sont fermés.