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La coopération contre le capitalisme

Actualité et mutation de la pensée de l’économiste Charles Gide

Libre concurrence et poursuite incessante du profit ne garantissent pas la satisfaction des besoins, pas plus qu’elles n’assurent la préservation des ressources naturelles. Retour sur la pensée de Charles Gide, un économiste de la coopération qui, à l’heure d’une crise qui n’en finit pas de durer, pourrait nous aider à imaginer une économie durable.

Relire les classiques pour mieux comprendre le présent et y trouver des pistes d’avenir, tel est l’objectif d’une petite collection lancée par le mensuel Alternatives économiques. Nous avons déjà évoqué les volumes consacrés à Adam Smith et à Jean Jaurès (DP 1974). La dernière parution présente des textes de Charles Gide, oncle d’André, l’un des économistes les plus réputés de son époque (1880-1930), néanmoins critique à l’égard du capitalisme. Ce membre du Collège de France n’est pas un révolutionnaire mais le militant d’une réforme, l’économie sociale, qui doit promouvoir la démocratie et la justice.

«L’économie politique, cette superbe science des richesses, ne dit rien au peuple de ses peines ni des moyens de les guérir, tandis que l’économie sociale ne lui parle que de cela.» Gide ne veut pas supprimer le marché, mais il ne croit pas que le libre jeu de la concurrence puisse assurer le bonheur des hommes. Seule une «organisation voulue, réfléchie, rationnelle, conforme à une certaine idée de justice» y parviendra.

Cette organisation, c’est la coopérative. A commencer par celle des consommateurs, livrés au bon vouloir des producteurs et des distributeurs. Puis la forme coopérative s’étendra du commerce à la manufacture et à l’agriculture. De cette manière, les hommes se libéreront de la loi du profit, qui caractérise l’économie capitaliste, pour se vouer à la satisfaction des besoins. Les entrepreneurs, non contents d’obtenir une rémunération pour leur travail et des intérêts sur le capital engagé, s’approprient encore un surprofit – de l’usure estime Gide – grâce à des prix qu’ils fixent en contrôlant l’offre de biens. Alors que les coopératives pratiquent le juste prix puisque leurs membres sont tout à la fois producteurs, distributeurs et consommateurs. L’extension en réseau de la forme coopérative contribuera à une véritable transformation sociale.

On sait que le mouvement coopératif n’a pas connu l’extension dont rêvait Charles Gide. Les coopératives n’ont pas, faute d’investissements suffisants, réussi le tournant de la grande distribution. Et celles qui ont subsisté – en Suisse Coop et Migros – jouent le jeu capitaliste.

Mais avec la panne de croissance qui promet de durer et les défis environnementaux, l’idéal d’une économie au service de la cohésion sociale et du bien-vivre reste d’actualité. Il n’est que d’observer le développement de l’économie sociale et solidaire, active dans de nombreux domaines (réinsertion, services aux personnes, recyclage, épargne, commerce équitable, circuits courts, microcrédit…). Une économie qui refuse la fuite en avant et la logique du toujours plus, au profit de la qualité du travail, des produits et des relations sociales.

Les coopératives comme bien culturel, titrait un récent article de la Neue Zürcher Zeitung. Pour l’auteur, l’historien René Roca, la coopérative n’est pas simplement une forme juridique, mais un véritable déterminant social qui, sous le nom d’Allmend, a marqué la Suisse depuis des siècles. En effet, notre pays s’est construit à partir d’organisations locales de ce type et non par la domination d’un pouvoir central. A noter que le éveloppement des coopératives a connu des accélérations à l’occasion des crises récurrentes de l’économie capitaliste, atteignant aujourd’hui moins de 10’000 unités (soit 3’000 de moins que dans les années 1990).

Par ailleurs, Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie, a mis en évidence empiriquement les avantages de l’organisation coopérative pour la gestion des ressources rares et la solution des problèmes complexes. Des avantages que ne présente ni le contrôle étatique ni la propriété capitaliste. A l’évidence, bien que les espoirs conquérants de Charles Gide ne se soient pas réalisés, le mouvement coopératif reste l’une des voies à explorer pour sortir de l’impasse économique actuelle.

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