Mode lecture icon print Imprimer

Autarcie ou coopération énergétique?

Pour une stratégie internationale en matière de politique de l’énergie

L’abandon du nucléaire exigera tout à la fois le développement d’autres sources d’énergie et des mesures d’économie. Le poids à donner à chacune de ces deux exigences dominera le débat politique.

Actuellement, l’idée prévaut que notre pays doit viser la plus grande autonomie énergétique. Elle ressort aussi bien de la stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral (DP 1986) que de la vision des organisations écologistes. Or cet objectif ne garantit ni l’efficience économique ni la protection de l’environnement.

Pour pallier la fermeture progressive des centrales nucléaires à l’horizon 2020-2050, le Conseil fédéral mise sur le développement de l’énergie hydraulique et des nouvelles énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien, biomasse). Et, pour assurer la stabilité du réseau et parvenir à un autoapprovisionnement élevé, il y ajoute des centrales à gaz.

Une autarcie illusoire

En moyenne annuelle, la Suisse semble atteindre l’autarcie électrique. Elle produit autant qu’elle consomme. Mais il s’agit d’une pseudo-autarcie. En réalité nous importons pour compenser une production indigène insuffisante en hiver, mais également pour répondre aux variations journalières de la demande. Nous importons également du courant de bande (nucléaire, centrale à charbon) bon marché pour le transformer en énergie de pointe (pompage-turbinage) que nous exportons à bon prix lorsque la demande est forte.

Le secteur énergétique helvétique ne se distingue donc en rien des autres secteurs économiques, très dépendants de l’étranger. Pourquoi vouloir dorénavant forcer la production électrique sur notre territoire, alors que la Suisse se trouve au cœur du réseau européen de distribution ?

Dans un récent ouvrage, Hanspeter Guggenbühl, un journaliste spécialiste des questions énergétiques, présente une analyse critique du tournant énergétique. Un ouvrage écrit dans un langage clair, à lire par tous ceux qu’intéresse le dossier de l’énergie, et qui montre les forces et les faiblesses de la stratégie 2050, bientôt en débat aux Chambres fédérales.

L’auteur, s’il dénonce l’illusion autarcique, met en garde contre les dangers d’un marché de l’électricité sans frontières, tel qu’il est préconisé par les milieux économiques. Ce marché, dit-il, est faussé; d’une part par les subventions directes des Etats  – l’Agence internationale de l’énergie évalue ces subventions à 650 milliards de dollars par année – et d’autre part par le fait qu’une part importante de l’électricité – 80% en Europe – est produite à partir de matières premières non renouvelables. L’impact de cette production sur l’environnement n’est pas répercuté sur les prix.

C’est pourquoi les autorités politiques se doivent de réglementer ce marché, ce que d’ailleurs exige la Constitution fédérale. En matière de production électrique, nous devons tendre vers une combinaison optimum d’énergie indigène et d’importations, d’unités centrales et décentralisées. Grâce à des taxes d’incitation reflétant la vérité des coûts, cet optimum se rapprochera plus de l’autonomie énergétique que d’un marché international ouvert.

L’énergie sans frontières

Foraus, le forum de politique étrangère, publie une étude qui fait un pas de plus. Les auteurs observent que la production de substitution à l’énergie nucléaire se résume au photovoltaïque et aux centrales à gaz. Dans un pays moyennement ensoleillé comme le nôtre, le premier exigera d’importantes surfaces de capteurs. Alors que les secondes contredisent nos efforts de réduction des gaz à effet de serre.

Il est temps de faire sauter le corset national de la politique énergétique et de ne plus considérer les pays européens comme des clients passifs qui nous achètent et à qui nous vendons de l’électricité. Dans une perspective européenne, ces pays deviennent les acteurs d’une politique énergétique commune. Cette perspective élargie permet de choisir les conditions optimales de localisation de la production.

De par sa situation centrale, la Suisse est la plaque tournante de l’électricité, mais aussi avec l’Autriche et la Norvège, grâce aux barrages alpins, une batterie qui permet de stocker les surplus de production et de stabiliser le réseau. L’éolien est plus efficace sur les bords de mer, voire au large, et mieux accepté dans des régions inhabitées; et le solaire plus régulier et plus productif dans les pays du Sud.

La Suisse devrait prendre langue avec l’Allemagne, la Belgique, le Danemark et la Norvège notamment, des pionniers des énergies renouvelables et qui poursuivent les mêmes objectifs qu’elle, pour amorcer une stratégie commune d’optimisation de la production et de la distribution d’électricité. Et cela sans attendre la signature d’un accord sur l’électricité avec l’Union européenne, plombé par la question institutionnelle.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/24209
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/24209 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.