Mode lecture icon print Imprimer

Exposition temporaire et exposition permanente à l’Alimentarium de Vevey

«Délices d’artistes. L’imaginaire dévoilé des natures mortes», Alimentarium, Vevey, jusqu’au 30 avril 2014

Photo DP Photo DP
icone auteur icone calendrier 6 septembre 2013 icone PDF DP 

Thématiques

Délices d’artistes, la dernière exposition présentée par l’Alimentarium de Vevey, avant sa fermeture pour réfection, a pour but, selon son commissaire, d’«explorer l’histoire de l’alimentation, décoder les symboles, éclairer les images». Ambitieux et louable objectif. Qu’en ressort-il?

La visite commence par quelques tableaux flamands et hollandais du 17e siècle. On sait que ces natures mortes montrant fleurs, fruits, légumes, volailles ou encore récipients et les boissons qu’ils contiennent, rendent avec une stupéfiante maîtrise la texture des aliments: la brillance du raisin, le velouté de la peau des pêches, le moiré des verres de vin, les reflets du cristal, l’éclat des cuivres… Elles ne se réduisent cependant pas aux prouesses techniques des artistes. Elles sont également porteuses d’un message idéologique et moral en exaltant, par exemple, l’abondance des mets proposés.

L’originalité des concepteurs de l’exposition est d’avoir mêlé et confronté ces toiles à des œuvres contemporaines. Ainsi, une Nature morte au cochon de 1962, où le nouveau média de la photographie a remplacé le pinceau. Dans une autre œuvre, le sucre blanc consommé à l’excès juxtaposé à un crâne signifie-t-il qu’il peut être porteur de mort? On retrouve là l’esprit des «vanités», avec leur symbolique. On appréciera aussi le clin d’œil à l’industrialisation de la «malbouffe» avec le gobelet de McDo qui s’oppose à la croustillance d’un pain traditionnel.

Cette première partie de l’exposition permet également de voir les tableaux de quelques artistes comme Renoir, Hermanjat et Picasso consacrés aux nourritures. On constate que, dans les années 1920 déjà, le peintre Marcel-Lenoir intègre une boîte de Vache qui rit dans son tableau…

La suite, avouons-le, nous convainc moins, mais peut-être est-ce là une question de génération. Elle se veut résolument interactive, voire ludique. Le visiteur est invité à «explorer» des images. Or, dans ce recours constant aux technologies informatiques, la forme l’emporte sur le fond, qui reste assez pauvre. On peut même s’interroger sur la finalité de cette exposition, quand un texte, révélé par laser, vante les qualités nutritives des bâtonnets de poisson surgelés. Vu les liens de Findus Suisse avec Nestlé, on est en droit de se poser quelques questions d’ordre déontologique.

Le parcours de cette exposition étant relativement bref, rien n’empêche de visiter l’ensemble de l’Alimentarium, pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas encore. Or ce dernier, conçu de manière très didactique (il attire d’ailleurs de nombreuses classes d’école), est très riche en informations de toute nature concernant la production, la commercialisation et la consommation des aliments.

Parmi les objets exposés – dont certains susciteront une réaction de nostalgie chez les aînés et d’incrédulité chez les jeunes – relevons l’éclairante confrontation de deux vitrines opposant les emballages traditionnels des nourritures (paniers, cruches, bidons à lait, etc.) et ceux, jetables, de notre temps. De quoi faire réfléchir sur la civilisation du gaspillage. C’est en tout cas le but que se proposait une guide devant un groupe d’adolescents visiblement intéressés, lors de notre visite.

Dans la salle dédiée, comme il se devait, à l’histoire de Nestlé, on ne manquera pas les courts-métrages publicitaires réalisés au début du 20e siècle à la gloire du Maggi ou du lait condensé: ce dernier juxtaposant des images exaltant les valeurs traditionnelles (armaillis en bredzon) et d’autres la modernité des machines dans la fabrique. Il faut relever aussi le programme particulièrement riche d’animations s’adressant aux enfants, y compris la confection de conserves et de divers autres mets. Malgré quelques aspects discutables dus à ses liens étroits avec un géant mondial de l’alimentation, ce musée original par sa thématique et sa conception remplit incontestablement un rôle éducatif utile.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/24199
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/24199 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.