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Pétrole algérien, comptes suisses et corruption

Une affaire aux multiples ramifications qui vaut d’être contée

L’information a fait la une de la presse algérienne cet été. Les sociétés nationales algériennes d’hydrocarbures, d’anciens ministres, des intermédiaires douteux ainsi que d’importantes sociétés internationales seraient impliqués dans une vaste affaire de corruption qui transiterait par la Suisse.

Selon les informations fournies par le quotidien arabophone El-Khabar, le Ministère public de la Confédération (MPC) aurait ouvert une procédure judiciaire contre quatre ressortissants algériens, à la suite d’une série de mouvements de fonds sur la place bancaire helvétique. Parmi ces derniers, Abdelkrim Benghanem, ancien PDG de Sonelgaz, la société nationale du gaz et de l’électricité. Les autorités helvétiques suspecteraient ces personnes de blanchiment d’argent dans le contexte d’une affaire de corruption impliquant Sonelgaz et le géant canadien de la construction SNC-Lavalin. En Algérie, dans le cadre de l’affaire «Sonelgaz 1», l’actuel PDG, son prédécesseur ainsi que quinze cadres ont déjà été placés sous contrôle judiciaire.

L’affaire Ben Aïssa

Cet épisode n’est que le dernier volet d’une longue enquête qui a vu les enquêteurs suisses investiguer sur des cas de corruption impliquant des sociétés publiques algériennes et d’importantes entreprises internationales.

En avril 2011, le MPC a ordonné l’arrestation de Riad Ben Aïssa, à la double nationalité canado-tunisienne, ancien vice-président et responsable des opérations en Afrique du Nord de SNC-Lavalin. Aïssa, toujours détenu en Suisse, est accusé de blanchiment, fraude et corruption d’agents publics dans le cadre de contrats passés en Afrique du Nord. La RTS avait informé de cette enquête encore en cours, une enquête qui implique également un avocat suisse, accusé d’être l’initiateur du montage financier qui, via des sociétés offshore appartenant à Ben Aïssa, aurait alimenté les comptes suisses de l’ancien cadre canado-tunisien.

Un véritable système

Dans la suite de l’enquête Ben Aïssa, la justice suisse a pu relever des versements douteux effectués par la société canadienne à des compagnies contrôlées par Farid Bedjaoui, bras droit de l’ancien ministre de l’énergie Chekib Kehlil. Ce dernier, qui vit actuellement aux Etats-Unis, est considéré comme le responsable d’un véritable système de corruption qui a gangréné le secteur de l’énergie de son pays.

Le 12 août dernier, la justice algérienne a lancé un mandat d’arrêt international contre l’ancien ministre et son fidèle Bedjaoui. Les chefs d’accusation sont multiples: corruption, blanchiment d’argent, conclusion de contrats contraires à la réglementation, abus de pouvoir et constitution de bande criminelle organisée.

L’italienne ENI impliquée

Les autorités helvétiques suspectaient déjà le rôle de Bedjaoui comme intermédiaire de différentes sociétés internationales pour leur faciliter l’obtention d’appels d’offres gérés par Sonatrach, le groupe pétrolier public algérien. Parmi ces sociétés figurent SNC-Lavalin et Saipem, une filiale du groupe pétrolier public italien ENI.

Le parquet de Milan a également ouvert une enquête qui a fait couler beaucoup d’encre dans la presse italienne. L’enquête a eu des ramifications en Suisse où ont eu lieu plusieurs perquisitions. Le 28 juillet dernier, les magistrats de Milan ont ordonné l’arrestation de Pietro Varone, l’ancien PDG de Saipem. Selon le Corriere della Sera, une société suisse basée à Panama aurait participé à la construction du mécanisme opaque qui conduit à l’ancien ministre Khelil. Les juges italiens ont également lancé un mandat d’arrêt international contre l’intermédiaire Farid Bedjaoui.

Une société luganaise

Un autre intermédiaire, cité par l’enquête, est Réda Hemche. Ce dernier aurait empoché 1,75 million de dollars dans le cadre de contrats accordés par Saipem. Hemche était le conseiller de Mohamed Meziane, ancien directeur général de Sonatrach aujourd’hui en prison.

En 2010, l’homme était déjà au centre d’une enquête lancée en Algérie pour des affaires de corruption. Selon la presse algérienne, Hemche aurait alors été transféré par Menziane en Suisse où il travaillait pour la Samco, une société de Lugano ayant pour but l’assistance administrative et financière au gazoduc qui relie l’Algérie à l’Italie.

Samco, qui a été dirigée également par Abdelhamid Zerguine, actuel PDG de Sonatrach, est propriété conjointe du groupe algérien et d’ENI via la Transmediterranean Pipeline Co. Ltd, société enregistrée dans le paradis fiscal de l’île de Jersey. Et qui est active dans la construction des pipelines algériens? SNC-Lavalin, bien évidemment.

La nouvelle enquête en Suisse aurait donc comme objectif d’identifier les comptes et mouvements de fonds de ressortissants algériens pouvant avoir un lien de près ou de loin avec toute cette affaire.

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