Mode lecture icon print Imprimer

Au tour de l’Uruguay d’explorer une autre approche de la politique des drogues

La Suisse a joué un rôle pionnier pour faire prendre conscience des limites de la prohibition et de la criminalisation

Le gouvernement de l’Uruguay veut non seulement dépénaliser la consommation de cannabis, mais réguler l’ensemble de la chaîne depuis la production jusqu’à la vente, en faisant un monopole d’Etat. Montevideo tient ainsi compte des expériences faites aux Pays-Bas, le premier pays à avoir autorisé la consommation dans des coffee shops, sans pour autant réglementer leur approvisionnement, laissé de fait aux mains de trafiquants.

L’Uruguay, si la Chambre haute confirme le vote du premier débat parlementaire, ira aussi au-delà de ce que la Suisse avait failli décider en 2004. La révision de la loi sur les stupéfiants, qui prévoyait que sous certaines strictes conditions la production, la vente, la possession et la consommation de cannabis seraient tolérées, avait largement passé le cap du Conseil des Etats le 12 décembre 2001. Au Conseil national, trois voix avaient cependant manqué pour faire aboutir le projet.

Aujourd’hui, la politique helvétique des quatre piliers – prévention, traitement de la dépendance, réduction des risques et répression – est devenue un modèle internationalement reconnu. Les traitements de substitution à la méthadone puis à l’héroïne, la distribution systématique de seringues, l’ouverture de salles d’injection ont réduit la mortalité et les contaminations par les virus du sida et de l’hépatite C, et fait disparaître les scènes publiques de la drogue.

Ces succès restent cependant limités, car les dangers liés à d’autres substances que les opiacées se révèlent plus difficiles à contrer; cela est particulièrement le cas en ce qui concerne la dépendance à la cocaïne et la consommation de cocktails parfois détonants. De nouvelles substances apparaissent sur le marché, les sources d’approvisionnement se multiplient… L’expérience suisse n’a pas abouti à arracher cette activité aux organisations criminelles qui en tirent des bénéfices exorbitants.

Le modèle suisse n’en a pas moins ouvert la voie à une nouvelle approche, adoptée par un nombre croissant de pays, en mettant l’accent sur la santé publique et en montrant les limites de la prohibition. La fin d’une politique uniquement répressive, qui malgré son coût financier et social a échoué, voilà ce que réclame la Commission mondiale pour la politique des drogues à laquelle participe, au côté de plusieurs anciens chefs d’Etat et personnalités internationales, l’ancienne présidente de la Confédération Ruth Dreifuss.

La «guerre à la drogue» n’a réussi ni à en réduire la production ni à freiner la consommation, créant au contraire un «gigantesque marché noir criminel», affirment les membres de la Commission dans leur rapport de juin 2011. Ils recommandent la mise en place de marchés réglementés des stupéfiants, notamment pour le cannabis, de façon à éliminer le marché noir, assurer la sécurité des consommateurs et protéger leur santé.

Dans ses rapports de 2012, la Commission met encore davantage l’accent sur les problèmes de santé publique et en appelle à des mesures permettant de réduire les risques – sidahépatite C – mais aussi la violence liée au trafic de drogues. L’approche en termes de santé publique, au cœur de la politique des quatre piliers, a convaincu le peuple suisse qui, en 2008, a largement approuvé la révision de la loi sur les stupéfiants. Elle est aujourd’hui au centre des réflexions de la Commission mondiale pour la politique des drogues.

Puisse la Commission mondiale rencontrer un écho positif chez ceux qui, au-delà de toute évidence scientifique, continuent à miser sur la prohibition et la criminalisation des consommateurs. Cet appel s’adresse d’abord aux Etats-Unis et à la Russie. Mais il devrait aussi être entendu chez nous où l’on se lamente de l’inefficacité des autorités face aux petits trafiquants de cannabis: pourquoi ne pas mobiliser les pharmaciens, comme le projette l’Uruguay, plutôt que des policiers et une justice impuissante?

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/24097
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/24097 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.