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Secrets globalisés

Pourquoi la sécurité pèse-t-elle plus lourd que la liberté?

Ce n’est pas la moindre des surprises d’observer la très large indifférence des opinions publiques quant aux révélations d’Edward Snowden sur l’ampleur des écoutes des ondes électromagnétiques entreprises par la National Security Agency (NSA) américaine.

Ces écoutes englobent peu ou prou tous les pays et toutes les populations que ce soit par la voie directe des «grandes oreilles» ou par l’accès aux informations dont disposent les géants de l’Internet (Facebook, Google, Microsoft, Apple, etc.) et les opérateurs de télécommunications (Verizon, ATT, Sprint, etc.). Même le courrier postal dans et avec les Etats-Unis est photographié (160 milliards d’envois en 2012). Les pratiques des services de renseignements des grandes démocraties occidentales (Royaume-Uni, Canada, Australie, France, Allemagne, etc.) ne doivent pas être très différentes. Ce qui permet d’émettre l’hypothèse que les services secrets ont été parmi les premiers à se globaliser!

Pourtant, seuls quelques militants des droits humains, intellectuels, journalistes et politiques manifestent leur désapprobation plus ou moins véhémente.

Dans l’arbitrage entre sécurité et liberté, le premier terme semble nettement l’emporter sur le second: pourquoi s’offusquer d’écoutes qui empiètent sur notre vie privée si elles servent à assurer notre sécurité?

L’a priori favorable du secret

L’argument pourrait être entendu s’il était fondé sur une analyse équilibrée des différents éléments en jeu. Ce n’est vraisemblablement pas le cas. Le côté secret de l’affaire bénéficie dans l’esprit des gens d’un a priori favorable qui ne favorise pas une juste pesée du pour et du contre.

Des professeurs de psychologie et de neuroscience ont expliqué dans le New York Times que les dés étaient pipés. Lorsque des groupes différents de personnes sont confrontés à des textes qui sont présentés dans un cas comme secrets mais très récemment déclassifiés, et dans un autre cas de textes ayant toujours été publics, leur appréciation n’est pas du tout la même. Le texte indiqué comme secret est considéré comme plus précis et mieux documenté, et donc permettant de prendre des décisions adéquates et sages.

Ne strictement rien savoir

Pourtant, en réalité, les gens ne savent strictement rien de ce que les autorités font des écoutes auxquelles elles procèdent. Ce qu’elles qualifient de secret mérite-t-il vraiment ce qualificatif? La qualité des informations couvertes par le secret est-elle meilleure que celles qui sont publiques? On ne peut pas exclure que tel soit effectivement le cas, sans que cela soit pour autant généralisable. Les «secrets» du gouvernement Bush sur les armes de destruction massive dont aurait disposé l’Irak de Saddam Hussein montrent les manipulations auxquelles les autorités peuvent procéder.

C’est bien là l’un des grands risques liés aux écoutes de la NSA et de ses équivalents. Les gouvernements peuvent faire valoir que les écoutes permettent d’améliorer la sécurité et de prévenir des actes criminels de sorte que le public aura tendance à les accepter. Mais comme les programmes d’écoute sont secrets, que les enregistrements réalisés sont également secrets, et que la plupart des actes criminels qui auraient pu être évités ne sont pas davantage divulgués, les gens sont en fait conduits à considérer que les écoutes sont utiles et valables, sans rien savoir sur la qualité et la pertinence des informations recueillies et sur ce que les autorités en font. Ou pourraient en faire.

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