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Question jurassienne: pas de solution sans sortir du cadre cantonal

Le scrutin du 24 novembre relance le débat sur les cantons

Photo M. Antonini
Photo M. Antonini (licence CC)

La question jurassienne pèse plus lourd que la seule difficulté à tracer une frontière entre deux cantons. Elle est un symptôme qui signale un mal-être plus général du pays. Eliminer un symptôme le fait resurgir ailleurs ou plus tard.

Le canton, comme institution politique, est un échelon aujourd’hui dépassé. Il ne représente plus la dimension adéquate pour définir les transports, la sécurité, la formation, la santé. Dans tous ces secteurs, il faut inventer des mesures improbables. De plus, la pluralité de ces Etats minuscules empêche de nécessaires économies d’échelle à l’heure où la prospérité cède peu à peu la place à une sobriété plus ou moins contrainte.

Pourtant les cantons ne sont pas tabous, ils sont un fossile politique. Nos pères de 1848, dans leur sagesse, après de vives empoignades, les ont conservés, surtout pour éviter que les cantons catholiques reprennent les armes et relancent un Sonderbund, dont on venait de sortir. Cela a tenu un siècle et demi. C’est remarquable!

Mais le moment est venu de remettre la question sur le tapis. Imaginons qu’à l’occasion de l’accord entre Berne et le Jura pour ouvrir un débat et éventuellement réunir une Constituante, l’occasion soit saisie d’aborder cette très difficile question. Un peu la même qu’en 1848 d’ailleurs: quelles entités politiques permettraient aujourd’hui suffisamment de proximité locale pour que les citoyennes et les citoyens s’engagent et se sentent participer, et seraient suffisamment larges pour régler à satisfaction les différentes dimensions de la modernité, pour mieux répartir les droits politiques entre centres et périphéries, pour rendre justice aux villes et leur permettre de jouer leur rôle? Comment régler la fiscalité, les élections des différentes instances et les compétences de ces dernières?

Vaste question et vaste programme, qui verraient la Suisse se réveiller de son sommeil et pendant quelques années se chercher une nouvelle forme. C’est certes difficile, mais tout aussi nécessaire. Dans ce nouveau cadre, la question jurassienne trouverait une solution enfin satisfaisante, de même que la tension entre Haut et Bas neuchâtelois, la collaboration Vaud-Genève, l’Oberland bernois se trouverait plus à l’aise et les fissures qui s’élargissent dans l’alliance confédérale pourraient se refermer.

Au lieu de cela, l’accord entre Berne et Jura a construit une mécanique qui produira à la sortie ce qu’on a mis dedans au départ. Pour faire court, les habitants du Jura bernois vont probablement refuser d’entrer en matière, entraînés par leurs liens pluriséculaires avec Berne, son état d’esprit et sa culture. Les parties s’affrontent sur des calculs, des statistiques et des listes d’avantages incertains, au lieu de prendre les racines en compte et de reconnaître le deuil nécessaire de celles-ci si on veut promouvoir une unité de l’ensemble de la région. A la suite de ce probable refus, la ville de Moutier, et peut-être d’autres communes, demanderont leur rattachement au canton du Jura. Les deux parties se déclareront satisfaites. Les autonomistes auront atteint leur objectif minimal des années 70 et, du côté de Berne, de Bienne et du Jura bernois, on pensera avoir obtenu une paix définitive.

Car tel est finalement le deal: Moutier contre la paix. Les praticiens de la politique régionale qui parlent d’une lex Moutier l’ont bien compris. Posez la question aux Romands de Bienne et aux Alémaniques du côté de Berne, la réponse est nette et surprenante: «Si c’est pour avoir la paix, que Moutier s’en aille.» En fait, ce déplacement de frontière ne règle pas la question. Le tracé actuel n’est pas satisfaisant, un déplacement de quelques kilomètres plus au sud ne l’est pas davantage. Il s’agit d’effacer progressivement une frontière qui n’a plus sa raison d’être.

Henri Queuille disait: «Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout.» En sera-t-il ainsi de la question jurassienne?
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Marc Jeannerat est un ancien secrétaire de l’Université populaire jurassienne, il vit à Moutier.

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Discussion

  • Cet article reprend quelques vieux clichés qui ont la vie dure. La taille adéquate: c’est quoi la taille adéquate? la Suisse, l’Europe, le Monde??? Puis les économies d’échelle; ensuite les cantons « fossiles politiques », les « dimensions de la modernité », et la meilleure, « faire le deuil des racines ». C’est ainsi qu’on a fait l’URSS, et c’est ainsi qu’on pourrait faire de la Suisse une dictature de technocrates. Non merci.

  • 2
    Beljean Jean-Jacques

    Les chamailleries jurassiennes me laissent froid, et pourtant je suis un Jurassien bernois attaché à sa ville d’origine, La Neuveville. Elles me laissent de marbre car c’est un problème inactuel, réchauffé par quelques politiciens en mal de notoriété et qui s’amusent à jouer avec des allumettes.
    Allez, faisons preuve de courage. Constituons un nouveau et grand canton comprenant le Nord-Vaudois, Neuchâtel, Fribourg, Berne, Soleure et le Jura. Un grand canton bilingue, aux intérêt économiques diversifiés. Un canton qui aurait la taille d’une petite région européenne, donc échappant aux critique de M. Galilée (voir ci-dessus). Ce serait un vrai canton. Bilingue, donc portant haut la diversité du pays. Avec des Instituts de formation supérieure non phacocytés par le Triangle d’Or ou l’Arc lémanique. Un canton qui pourrait collaborer avec le reste de la Suisse à un niveau d’égalité.
    Comme ancien président d’une Eglise réformée, j’avais proposé une telle solution au niveau des Eglises réformées. C’était lors d’un repas, vous savez, quand on exprime quelques mots. J’avais été très applaudi. Après le café, mon homologue bernois s’était approché pour me remercier, ajoutant : « On a passé un bon moment, tu nous a bien fait rire ! » Je mesure l’ampleur de la tâche et le changement important de mentalités qu’il reste à mettre en route. Mais je suis persuadé que de telles solutions revitaliseraient le tissus démocratique réel et non seulement formel dont nous disposons quand une entité doit simplement appliquer ce qui  vient de plus haut.

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