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Entre symbolisme, expressionnisme, réalisme rural et Art nouveau

Redécouvrir le peintre Albert Schmidt au musée de Payerne jusqu’au 16 juin 2013

Les «petits» musées régionaux offrent souvent la possibilité de redécouvrir des artistes méconnus, voire oubliés. Sans doute certains d’entre eux n’ont-ils bénéficié que d’une reconnaissance locale ou n’ont-ils occupé qu’une place secondaire dans l’histoire de l’art. Leur œuvre n’en est pas moins intéressante.

C’est le cas d’Albert Schmidt (1883-1970). Remarquons que la présentation de ses travaux – 63 huiles, 23 gravures, des dessins et des projets d’affiches – s’inscrit à Payerne (jusqu’au 16 juin 2013) dans le cadre d’une série d’expositions consacrées aux peintres genevois: Maurice Barraud, Alexandre Blanchet, Alexandre Mairet, etc.

Issu d’une famille d’origine alsacienne, Albert Schmidt a vécu dans un milieu aisé. En 1906, il entre comme associé dans l’entreprise familiale qu’il dirigera jusqu’en 1961. Il mènera donc une vie parallèle d’entrepreneur et de peintre. Son père David est lui-même un collectionneur avisé: séduit par l’œuvre d’un jeune peintre alors inconnu, il lui achète sa première toile. Il s’agit de Ferdinand Hodler. Celui-ci aura une influence déterminante sur l’œuvre propre d’Albert Schmidt, qui ne sera cependant ni un copieur ni un suiveur, mais un continuateur du Maître.

L’influence hodlérienne est très sensible dans ses tableaux d’inspiration symboliste: poses des personnages féminins avec leur visage de profil, la tête inclinée sur le cou, mais aussi corps musculeux des laboureurs à la chemise blanche retroussée sur le bras. La grande toile Le village dit sa peine, liée sans doute à une scène d’enterrement, est emblématique de cette thématique et de cette manière hodlériennes.

Le traitement de l’arrière-plan, avec ses arbres fruitiers en fleurs, fait plutôt songer à Cuno Amiet, un autre artiste aux côtés duquel A. Schmidt a participé à des expositions collectives. Ce tableau est le seul à être exposé dans l’abbatiale clunisienne qui jouxte les beaux espaces boisés du musée proprement dit. Quant aux gestes ondoyants de ses figures féminines à caractère symbolique, ils attestent l’influence de l’Art nouveau, alors répandu dans toute l’Europe.

Mais Albert Schmidt s’est laissé tenter aussi par l’expressionnisme. C’est perceptible dans deux fortes toiles présentant des scènes de la guerre de 1914-1918: des infirmières se tiennent debout devant un cadavre au visage anguleux, bouche ouverte, yeux exorbités, dans un paysage dévasté par les obus, tout cela dans une unité de tons beige-blanc-bleu.

L’artiste genevois a toujours eu un rapport étroit avec la nature. En témoigne une série de beaux paysages aux teintes pâles et douces, qui rappellent un peu les peintres danois. Sa prédilection va aux montagnes, ceintes de nuages tournoyants. Parfois, il fait montre de plus d’audace: ainsi cette représentation très épurée d’un Arbre dans le vent d’automne, où les feuilles mortes s’envolant sont suggérées par de petites taches d’un rouge intense.

Albert Schmidt fut également un portraitiste de talent. Une austérité (calviniste?) caractérise ses portraits, surtout masculins, aux visages graves, presque tristes, nous fixant avec intensité. Sa tendresse va plutôt aux petits enfants, aux bébés. Dans Maternité (1918), on retrouve sa veine symboliste: les bras de la mère entourant ses deux garçons forment un ovale matriciel.

D’autres œuvres fleurent bon les années 1920-1930. Ainsi cette scène de bal mondain, ou cette baigneuse de 1937 qui semble tout droit sortie d’une affiche vantant les bains de Bellerive à Lausanne, inaugurés la même année! Les projets d’affiches (dont on ne sait pas très bien s’ils furent retenus ou non) constituent précisément une autre facette de cette œuvre multiforme. Ils ont été conçus pour des manifestations telles que la Fête internationale de gymnastique, le Salon international de l’automobile et les Fêtes du Rhône, où le fleuve est lié à l’abondance des fruits.

C’est dans la xylogravure que l’artiste prend le plus de libertés et accède à une véritable modernité. On en jugera par ces étonnants chalets sous une pluie drue et verticale, qui évoquent l’estampe japonaise. Ou encore par cette vision cavalière d’un train filant à toute vapeur, en 1933, dans un décor de multiples rails parallèles, en une belle composition géométrique très maîtrisée.

En bref, l’univers esthétique d’Albert Schmidt, très éclectique par ses thématiques et ses styles différents, témoigne des nombreuses influences qui ont pu s’exercer pendant plusieurs décennies sur un artiste sans doute mineur, mais dont l’œuvre, attachante, présente une série de belles réussites.

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