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Une gifle pour les femmes? Non, une chance pour réfléchir autrement

La politique familiale ne peut pas se limiter à un modèle unique

Et si le refus de l’article constitutionnel sur la politique familiale était une chance? La chance de réfléchir autrement. De ne pas croire que LA solution consiste seulement à créer plus de places en crèches.

En effet, à six reprises dans l’argumentaire remis au corps électoral était évoquée la création de structures d’accueil extrafamiliales, crèches, cantines ou unités d’accueil pour écoliers. Rien d’autre. Décevant, non? Je ne dois pas être la seule à avoir voté oui avec réticence, juste pour ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Avoir pour seul objectif de développer les structures d’accueil a pour conséquence indirecte d’imposer un mode d’organisation de la famille qui met au centre les besoins de l’économie sur le modèle «tout le monde travaille tout le temps à 100%».

Une vraie politique familiale tient compte de la diversité des situations et des projets.

Elle considère que c’est aux familles de choisir leur mode d’organisation, sans favoriser un modèle unique. Elle offre des outils multiples. Un congé parental et non pas un simple congé-maternité de quatre mois. Une aide – peut-être sous forme de déduction fiscale – pour les couples qui diminuent momentanément leur temps de travail (au prix de la journée de crèche, l’Etat risque bien d’y gagner!). Des assurances sociales, AVS et LPP, conçues pour des parcours professionnels souples au cours de la vie, qui ne favorisent plus le seul modèle de travail à 100% de 15 à 65 ans. Des entreprises qui favorisent le travail à temps partiel des parents de jeunes enfants, car elles savent que la relève en dépend, et qui donnent aussi aux hommes les possibilités de faire des carrières en zigzag.

Alors, les choix peuvent se faire. Il y aura des familles dans lesquelles les deux parents travailleront à 80% et mettront leur enfant 3 jours par semaine en crèche. Celles où chacun des parents prendra alternativement un congé de quelques mois jusqu’à ce que l’enfant aille en crèche à 12 mois. Celles où l’un des parents assumera seul la garde de l’enfant pendant un temps donné. Celles où les parents continueront de travailler à 100%. Et la solution choisie pour le premier enfant ne sera pas forcément celle qui sera perçue comme la meilleure lors de l’arrivée du deuxième.

Actuellement, les places en crèches sont offertes en priorité aux femmes qui travaillent à 100% et mettent leur enfant en institution dès l’âge de 4 mois. Vous demandez une place à 50% pendant un an, une entrée en crèche à 6, 12 ou 18 mois: votre dossier passe sous la pile. Faute d’alternatives, les parents sont poussés à se conformer au modèle et les statistiques des demandes de garde à 100% dès 4 mois augmentent.

Impression d’un diktat de l’économie? Peur d’une solution uniformisée? On ne saura jamais quel rôle ont joué ces réticences dans le fait que l’article constitutionnel n’a reçu que 54% de soutien et non 68% comme l’initiative Minder. Car l’UDC a faussé le débat en le transformant en un dilemme «femmes à la maison pour s’occuper des enfants / élevage de larves en institution». Une approche stérile qui oublie le rôle et la responsabilité des pères d’aujourd’hui dans la garde des enfants, ainsi que l’apport remarquable des crèches dans le développement des enfants.

Le rejet de l’article constitutionnel nous donne décidément une chance de penser la politique familiale de façon autrement plus variée.

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Discussion

  • 1
    francoise buffat says:

    Ah chère Sabine, quel plaisir de lire une chronique si peu idéologique et surtout si conforme aux problèmes des familles d’aujourd’hui dans un magazine comme Domaines Public. Bravo à lui de t’avoir publiée, bravo à toi d’avoir osé.
    Si seulement Genève osait donner l’exemple de l’approche diversifiée que tu préconises. Car bien peu de mères ont envie de devoir travailler à 100% pour pouvoir mettre leur bébé en crèche dès l’âge de 4 mois. Cela rappelle tellement l’époque où les pédagogues genevois ne rêvaient que d’une chose: arracher le plus tôt possible les enfants aux familles pour faire règner entre eux l’égalité la plus parfaite possible. Même les grands parents auraient dû être disqualifiés pour s’occuper de leurs petits enfants.

  • 2
    André de Coulon says:

    Merci beaucoup pour cette analyse. J’ai voté *oui* avec un malaise que vous exprimez parfaitement. Ce serait dommage si dans les cantons qui ont approuvé l’article, on reprend maintenant ce modèle.

  • Une gifle pour les femmes et les enfants
    J’analyse différemment le très décevant NON à l’article constitutionnel sur la famille. Tout d’abord, soulignons que le peuple a approuvé à plus de 54% l’article, ce qui signifie que la majorité de la population estime nécessaire un renforcement de la politique familiale en Suisse. En réalité, c’est parce que la majorité des cantons est également nécessaire pour toute modification constitutionnelle que l’article a échoué. Et cet échec est dû aux cantons extrêmement conservateurs de Suisse centrale et orientale, qui ont applaudi l’UDC dans sa volonté de cantonner les femmes derrières les fourneaux et autres tables à langer. Il existe là une profonde différence culturelle avec la Romandie, le Tessin et les cantons alémaniques urbanisés qui ont plébiscité l’article sur la famille, pour pouvoir mieux concilier vies familiale et professionnelle. Contrairement à Sabine Estier, je ne vois pas dans ce NON une chance pour les femmes de se remettre en question, mais bien une occasion ratée et un camouflet qu’on leur inflige ainsi qu’à leurs enfants. La seule question que je me pose est : Quand leur donnera-t-on enfin le même droit qu’aux hommes de mener conjointement une carrière et d’élever leurs enfants?
     

  • 4
    Collet Francine says:

    Bravo pour votre contribution qui analyse en finesse tout le panel de solutions qui pourraient être mis en place pour répondre aux besoins différenciés des familles. Merci pour l’avoir rédigé de manière claire et concise. Merci d’avoir osé pensé qu’un NON peut rebondir en OUI.

Les commentaires sont fermés.