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Un opuscule pour une longue histoire

«Deux siècles de luttes. Une brève histoire du mouvement socialiste et ouvrier en Suisse», Gauchebdo, 2013

En principe, l’historien n’aime pas la confusion des genres. Il conçoit son travail comme une découverte ou un éclairage du vécu collectif passé. Il ne voudrait pas être instrumentalisé. Il instruit et verse les pièces utiles au dossier. A d’autres le jugement, la mise en place.

Pierre Jeanneret, connu surtout pour son travail sur les figures marquantes du socialisme suisse et romand, Jérôme Béguin, journaliste à Gauchebdo, auteur d’un essai sur l’extrême droite genevoise, pourraient à juste titre récuser l’accusation d’historiens propagandistes. Justifiant cet opuscule (Deux siècles de luttes. Une brève histoire du mouvement socialiste et ouvrier en Suisse, Gauchebdo, 2013, 60 pages), Pierre Jeanneret le présente pourtant comme un hommage aux anciens et aux jeunes militants décidés «à reprendre le flambeau et à continuer le combat», ce qui n’enlève rien au sérieux du document.

C’est ainsi une «brève histoire pour deux siècles de luttes». Le compte rendu ci-dessous se limitera au commentaire de quelques points particuliers plutôt qu’à une vue d’ensemble.

Karl Marx

Comme le décrit Marx dans le Manifeste du parti communiste, l’ère industrielle déploie sa puissance de production dans les pays qui disposent d’une énergie bon marché, le charbon, et exploite une main-d’œuvre sans protection, qui par la durée des heures travaillées finance l’accumulation première du capital.

Deux intérêts à cette entrée en matière. La Suisse, même si elle n’est pas le centre de production des nouvelles grandes usines métallurgiques, connaît une extension impressionnant de petites fabriques, si visibles sur le terrain dans le canton de Glaris. Les travailleurs du Jura, les Montagnons que Rousseau a fait connaître, illustrent une organisation originale du travail à domicile puis en usine.

Enfin, la référence à Marx a mis en évidence le débat sur le développement démographique. Malgré la famine, on observe une augmentation de la population globale, d’où l’importance de l’émigration à l’étranger ou en Suisse même vers les centres industriels.

Suisse romande

Le fédéralisme suisse a rendu difficile une concentration politique en un seul parti. Les échanges de personnalités se font à deux niveaux. Les Neuchâtelois jouèrent un rôle important dans le Pays de Vaud (Charles Naine, Paul Graber); des Vaudois «prêtèrent» Léon Nicole aux Genevois. Enfin, les socialistes chrétiens renforcent ces échanges, mais la fidélité à certains leaders qui ont le goût du pouvoir brouille les apparences, notamment lorsque Nicole fut expulsé du parti socialiste après avoir défendu ostensiblement le pacte germano-soviétique.

Les idéologies rivales (saint-simonisme, social-démocratie, anarchisme, syndicalisme) obtiennent des succès dans deux cas. Le coopératisme qui lie à La Chaux-de-Fonds des secteurs importants de la consommation et de la production est la tentative la plus poussée de créer un autre ordre économique. On regrette que l’anarchisme qui a été vécu sur place dans le Jura bernois par James Guillaume ne soit pas l’occasion de quelques informations complémentaires.

Politique

Les événements, comme la grève de 1918, la proportionnelle, l’émancipation des femmes sont plus connus. Ils s’insèrent dans le déroulement historique.

Relevons que ce parcours rapide de notre histoire est illustré par des photographies qui datent du temps où les acteurs n’étaient pas encore patinés par le temps écoulé et les engagements choisis.

Des questions restent ouvertes

Pourquoi tant de divergences, de ruptures, de querelles, de chapelles? Le stalinisme pèse de ses exigences de fidélité absolue, mais cette explication n’est que partielle.

Pourquoi l’ambition première des socialismes de participer, sous des formes diverses de cogestion, à la plus-value dégagée par l’ensemble de l’organisation sociale n’a-t-elle pas eu de succès, ni syndical ni politique?

Quels sont les domaines qui restent ouverts à une action sociale et économique? Les coopératives sont-elles une nouvelle chance d’une économie non-capitaliste?

Le flambeau dont parle Pierre Jeanneret en conclusion de sa préface est fait, il est bon de le rappeler, du dépassement de son individualisme. Il est, en luminosité et chaleur, exemplaire. Mais le transmettre n’est pas simple comme le passage du témoin.

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