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Les années 68

Notes de lecture d’une époque qui à défaut d’avoir révolutionné la politique a profondément influencé les mœurs

Qu’ont représenté les années 68? Le plus important mouvement de grève que la France ait connu? Des manifestations monstres, surtout aux Etats-Unis, contre la guerre du Vietnam? Des mouvements de protestation, en particulier universitaires, en Allemagne et en Italie? Il faut se remettre dans le contexte.

L’Europe est divisée par le rideau de fer; en août les chars soviétiques mettent fin en Tchécoslovaquie au «socialisme à visage humain» d’Alexandre Dubcek. Franco et Salazar règnent dans la péninsule ibérique. Les colonels sont en Grèce. La guerre d’Algérie est encore dans les esprits. Le démographe français Alfred Sauvy a vu que les structures scolaires, universitaires, culturelles héritées de l’après-guerre n’étaient pas conçues et aptes à recevoir et accueillir les nouvelles générations nées dans les années quarante et cinquante. Et puis (surtout?) le monde occidental connaît un développement économique sans précédent – les «trente glorieuses» comme les a nommées Jean Fourastié.

Et en Suisse? Les éditions Antipodes nous proposent une étude historique de Damir Skenderovic et Christina Späti Les Années 68. Une rupture politique et culturelle qui met en perspective toute cette période. Le livre rappelle quelques-uns des événements internationaux de ces années. Mais l’essentiel du propos concerne la Suisse. Avec au premier plan les événements et les manifestations qui se sont produits à Zurich, Berne, Lausanne et Genève, mais aussi dans de nombreuses autres villes. Intéressant d’apprendre ou de se rappeler l’indignation de la presse bourgeoise et la violence de la répression policière à l’égard de cette jeunesse spontanéiste qui critique l’ordre établi et se met à proposer des modèles alternatifs et quelques fois provocants dans la vie politique, culturelle et associative. Sans oublier les querelles idéologiques infinies de l’extrême gauche.

En Suisse, en particulier, il faut étendre «68» sur plusieurs années. Les nouvelles musiques, les représentations théâtrales, les modes vestimentaires, les changements dans les comportements sexuels, des graphismes renouvelés, un foisonnement de revues critiques ou alternatives n’apparaissent que progressivement.

Mais ici comme ailleurs, le bilan d’ensemble de 68 est difficile à établir. Leurs acteurs et actrices sont restés ultra-minoritaires. Ils ne sont jamais parvenus à créer des mouvements un tant soit peu nationaux. La Suisse alémanique regarde du côté de Berlin, la Suisse romande vers Paris, le Tessin vers Milan ou Rome. Les mouvements ont des origines essentiellement cantonales avec des revendications régionales.

Nonobstant ces caractéristiques et ces spécificités locales, cette période a eu des effets certains sur les mœurs, les rapports parents-enfants, au sein des couples, entre citoyens et autorités. Les années 68 présente pour la première fois une vue d’ensemble qui montre le foisonnement d’initiatives de toutes natures nées au cours de cette période qui a laissé une empreinte durable.

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Discussion

  • 1
    line.bielmann says:

    Cette révolution commença dès 1960: les jeunes femmes de l’époque commençaient à se sentir pousser des ailes et revendiquaient leurs droits à fréquenter des endroits réservés aux hommes et surtout à faire preuve d’imagination. Pour qu’enfin les portes closes s’ouvrent à elles et ce dans le but de leur laisser la possiblité d’exprimer à haute voix et surtout professionnellement parlant leur  confiance en elles, bien mise à mal par le clergé et l’éducatiion. Elles étaient reconnues par des grands patrons qui eux leurs faisaient enfin confiance. Pour beaucoup ce fut leur principale victoire mais combien éclatante et surtout porteuse d’espoirs. Le terme de féministes beaucoup l’ont réfuté car simplement femmes mais fières de pouvoir épauler des hommes.

Les commentaires sont fermés.