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Nuqui, département de Choco, Colombie

Une carte postale de notre correspondante particulière en Amérique latine

Photo Hembo Pagi Photo Hembo Pagi (licence CC)
icone auteur icone calendrier 2 février 2013 icone PDF DP 

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Nuqui est un village de quelque 4’000 habitants sur la côte pacifique de la Colombie; un petit coin d’Afrique hérité du trafic d’esclaves. Des plages immenses et désertes, tous les fruits tropicaux imaginables, du poisson en quantité, non seulement pour le palais, mais aussi pour les yeux. En effet les baleines viennent s’accoupler et mettre bas dans l’une des baies étroites de la côte. Un rêve pour les touristes, un peu moins pour les habitants.

Nuqui n’est accessible que par avion et par mer, soit 24 heures en cargo du port de Buenaventura ou huit heures en barque à moteur avec la garantie d’avoir mal au coccyx pendant plusieurs jours. L’arrière-pays est composé de collines et de montagnes couvertes de forêt impénétrable, ce qui en a fait un pôle de la guérilla pendant longtemps.

Les Nuquiseños se plaignent amèrement d’être délaissés par le gouvernement central. A juste titre puisque 80% des subventions agricoles vont aux planteurs de café et de palmiers à huile. Mais, plus grave encore, l’approvisionnement en électricité et en eau est très aléatoire.

Début janvier, un groupe de villageois a décidé d’une action d’éclat pour attirer l’attention des médias et du gouvernement. Ils occupèrent donc l’aéroport en lâchant des vaches un jour où l’avion assure la liaison trihebdomadaire. Le responsable de la compagnie aérienne s’est précipité sur la piste pour chasser le bétail. Les activistes ont alors occupé eux-mêmes la piste, empêchant l’avion d’atterrir et les touristes de quitter les lieux pendant deux jours.

A la fin de la semaine, un comité de crise a siégé avec des représentants du gouvernement et sous bonne garde d’une frégate militaire qui mouillait au large. Les activistes ont été admis aux discussions. Le lundi suivant, le porte-parole du maire, avec son porte-voix et beaucoup de sérieux, annonçait à la population que la compagnie d’électricité (privée) s’engageait à fournir douze heures d’électricité par jour, de midi à minuit, pendant trois mois.

Quant à l’eau, elle ne manque pas dans cette région, mais les infrastructures sont rudimentaires. Il semble qu’un barrage plus grand est en cours de construction. Pour le moment, en saison sèche, les femmes doivent aller faire la lessive et chercher l’eau au puits, accessible seulement à marée haute.

L’électricité préoccupe plus les activistes que l’eau. En effet, elle est indispensable au marchand de glace qui approvisionne les pêcheurs, aux quelques magasins et bistrots qui disposent d’un congélateur, aux amateurs de télévision – ici, tout le monde – aux bars qui diffusent de la musique à plein tube le vendredi et le samedi soir jusque tard dans la nuit. La demi-douzaine d’intellectuels de la capitale qui viennent chercher ici le calme parlent de panneaux solaires. Mais tant que l’électricité sera autant subventionnée, les villageois n’ont pas intérêt à acheter des panneaux.

Ce matin aux dernières nouvelles – qui m’arrivent grâce à des ouvriers repeignant le toit de la guesthouse où je me trouve –, les activistes ont décidé d’occuper la mairie dès que l’occasion s’en présenterait. Affaire à suivre.

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