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Anatomie de la mondialisation

Comment se constituent les chaînes de valeur du commerce international

Le thème des statistiques du commerce international est plutôt aride. Les propos qui suivent le sont aussi. Récemment, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont publié les premiers résultats d’un travail commun visant à présenter les statistiques des échanges internationaux de biens et de services basées sur la valeur ajoutée, et non plus sur les valeurs brutes.

En 2011 (les chiffres 2012 ne sont pas encore connus), les statistiques des douanes suisses font état de près de 200 milliards de francs d’exportations. Cette somme représente l’addition des factures adressées à des acheteurs étrangers. Ce seront donc bien ces montants que des entreprises suisses encaisseront. Mais il est évident que ces entreprises ont acquis auprès d’autres entreprises, suisses ou étrangères, certains composants ou éléments et divers services qui sont entrés dans la composition du produit final exporté.

Avec la mondialisation de l’économie, les échanges entre pays non seulement de produits finaux, mais aussi de multiples biens et services intermédiaires indispensables à l’obtention d’un produit final, quel qu’il soit, ont fortement augmenté. Par exemple, de multiples produits sont estampillés «Made in China». Cela signifie que le montage final a été réalisé dans ce pays. Mais ce montage final est obtenu par l’assemblage de nombreux composants qui peuvent avoir été produits dans divers pays situés à proximité de la Chine (Japon, Corée du Sud, Taïwan) ou qui en sont éloignés (Inde, Europe, Amériques).

L’objectif du nouveau modèle développé par l’OMC et l’OCDE est de décomposer ces échanges pour déterminer la valeur ajoutée apportée dans chaque pays, afin d’obtenir une image plus précise de la composition des «chaînes de valeur ajoutée» propres à chaque catégorie de biens et de services.

«Made in the world»

La nouvelle méthodologie de la valeur ajoutée présentée par ces deux organisations internationales a pu mettre en évidence quelques résultats intéressants. Par exemple, l’excédent commercial de la Chine avec les Etats-Unis se réduit de 30%, ce qui est considérable. Un tiers de la valeur des véhicules vendus par l’Allemagne provient de biens intermédiaires acquis dans d’autres pays. Les produits électroniques chinois comportent 40% de composants achetés à l’étranger. La part des services ne représente qu’un quart des échanges internationaux selon la méthode traditionnelle (valeur brute), mais la moitié sur le concept de la valeur ajoutée (et encore davantage aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, etc.).

Cette évolution permet de questionner la pertinence de la notion de «Made in …» pour lui substituer celle de «Made in the world».

S’agissant de la Suisse, les tableaux présentés permettent de savoir (pour autant que nous les ayons correctement interprétés!) que 40% de la valeur des exportations suisses proviennent de la plus-value directe apportée par les entreprises exportatrices suisses à laquelle s’ajoutent 30% de plus-value indirecte fournie par d’autres entreprises également suisses qui ont livré des biens ou prestations, et donc que la part restante, de 30%, provient de la plus-value apportée par des biens ou services provenant de l’étranger (importations).

Echanges imbriqués

Le nouveau schéma statistique a ainsi, indiscutablement, une portée pédagogique: celle de montrer que les échanges internationaux sont imbriqués les uns dans les autres. Non seulement, bien évidemment, les exportations des uns sont les importations des autres, mais surtout il n’y a plus d’exportations possibles sans importations. Restreindre les unes ne peut se faire qu’au détriment des autres.

La mise en évidence de l’imbrication des échanges de biens et services intermédiaires fait mieux comprendre la manière dont se constituent les chaînes de valeur qui déterminent la compétitivité des exportations des produits finaux. Ces résultats devraient permettre d’objectiver la nature et les enjeux de querelles commerciales découlant souvent d’une connaissance incomplète et faussée des échanges internationaux.

Pour autant, il ne faut pas rêver! Ce travail statistique est encore en cours d’élaboration (work in progress). Les chiffres fournis ne vont pas au-delà de 2009. Toutes les branches économiques ne font pas l’objet d’analyses détaillées. Et d’ici à ce que la compréhension et l’implication de ces indications statistiques remontent au niveau des décideurs, un temps certain va encore s’écouler…

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Discussion

  • 1
    line.bielmann says:

    Excellent article, il est bien de rappeler à certains quelques bases commerciales: sans importation aucune exportation et vice versa a moins de verrouiller notre pays pour ne manger plus que du béton. Ce qui prouve aussi le plantage de Montebourg avec ses fallacieux arguments pour encore mieux piéger les Français qu’il ose traiter de naifs. Paul Guth l’écrivain en serait ravi et en ferait son émule.

Les commentaires sont fermés.