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Sortie du nucléaire: le pari risqué des Verts

Une pression bienvenue sur les autorités fédérales ou une diversion dont profiteront les pronucléaires?

Photo Franz Schuier Photo Franz Schuier (licence CC)

Les Verts réagissent rapidement. Le 11 mars 2011, c’est la catastrophe de Fukushima. Le 26 avril, ils déposent pour examen à la Chancellerie fédérale une initiative Pour la sortie programmée du nucléaire.

Simple et clair, le texte interdit l’exploitation du nucléaire pour produire de l’électricité et impose la mise hors-service des centrales existantes 45 ans après leur mise en service. Pour la plus ancienne, ce serait un an après l’acceptation de l’initiative. Pour les autres, les fermetures interviendraient en 2016, 2017, 2024 et 2029.

Une semaine après le début de la récolte des signatures, le Conseil fédéral  annonce, lui aussi, sa volonté de sortir du nucléaire, mais avec un programme moins contraignant (DP 1913). La durée de vie d’une centrale sera de 50 ans, avec un sursis possible si la sécurité des installations est garantie. Ni ces dates de fermeture des centrales ni l’abandon du nucléaire ne seront inscrits dans la Constitution, ce qui laisse la porte ouverte, en plus de l’étalement des échéances, à une éventuelle nouvelle technologie nucléaire «propre».

Ce programme gouvernemental, appuyé par le Parlement, est qualifié d’historique. Il n’arrête pas les Verts. Leur initiative aboutit dans le délai prescrit avec 107’500 signatures valables. Le texte se démarque faiblement de la nouvelle politique fédérale, par cinq ans de moins dans la date de péremption des centrales. Mais avant tout, il impose ce que le gouvernement promet. Et sans la contrainte, les efforts pour se passer du nucléaire s’évanouissent.

Acceptée par le peuple, l’initiative garantirait donc la sortie programmée du nucléaire. Mais la campagne sera rude. Les adversaires brandiront la menace de pénurie d’électricité, de hausse des prix, de l’obligation d’acheter à l’étranger du courant nucléaire ou de l’électricité au charbon responsable du réchauffement climatique. Ils brandiront l’espoir de l’«atome vert» au thorium. Refusée, l’initiative donnerait des ailes aux partisans du nucléaire pour faire exploser l’actuel prudent soutien du Parlement à la décision historique du gouvernement.

L’examen des précédents scrutins populaires sur le nucléaire ne plaide pas en faveur d’un succès de l’initiative des Verts.

Rappel chronologique des faits.

En 1987, un an après la catastrophe de Tchernobyl, deux initiatives hostiles au nucléaire sont déposées. L’une, munie de 135’000 signatures, demande un moratoire de dix ans sur la construction de centrales. L’autre, appuyée par 105’000 signatures, veut un abandon progressif de l’énergie atomique.

En 1990, le peuple suisse accepte le moratoire par 54,5 % des voix et refuse l’abandon à 52,9%.

En 2003, deux textes à peu près analogues subissent un net échec en vote populaire, le moratoire à 58,4%, l’abandon à 68,3%.

Première constatation: un texte modéré passe plus facilement qu’une exigence plus ferme. Deuxième évidence: l’émotion après une catastrophe nucléaire diminue rapidement. Dix jours après Fukushima, un sondage d’opinion indique que 87% des Suisses sont favorables à un abandon progressif du nucléaire (DP 1905). Une année plus tard, un sondage organisé par l’Université de Zurich constate qu’une majorité de la population a certes une attitude critique par rapport au nucléaire, mais que seulement 12% des sondés estiment que les centrales suisses ne sont pas sûres. Les questions posées ne sont certes pas les mêmes. En une année cependant, l’érosion antinucléaire est sensible.

Comme le veut le rythme fédéral, le vote populaire sur la nouvelle initiative n’interviendra pas avant 2015, et sans doute plus tard en raison des manœuvres de retardement de parlementaires pronucléaires avoués ou discrets. Nous pourrons donc nous attendre à un scrutin d’après Fukushima rappelant celui post-Tchernobyl de 1990: un rejet de l’initiative avec, comme dommage collatéral, un affaiblissement de la piste plus modérée du Conseil fédéral.

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