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Thomas Minder et le nouvel âge du capitalisme

Le contrôle des rémunérations abusives ne doit pas faire accepter l’indifférence à l’égard des salaires les plus bas

Le labyrinthe est un jeu. Dans cette multiplication de croisements et rebroussements, comment, sans repère, s’orienter?

L’initiative Minder «contre les rémunérations abusives» a permis aux parlementaires de jouer au labyrinthe de la démocratie, se perdant dans le contre-projet direct constitutionnel, bifurquant sur un contre-projet indirect, qui serait la révision du Code des obligations, constatant les divergences entre les deux Chambres et mettant au travail la Commission de conciliation.

Finalement, à bout d’arguments pouvant épuiser les joueurs, Minder a été prié de dire s’il maintenait son initiative. Il maintient. Une autre partie de labyrinthe a commencé. Mais la première manche aura duré cinq ans, transformant la démocratie directe en démocratie dilatoire.

Positionnement politique

Thomas Minder est sénateur, représentant le canton de Schaffhouse, indépendant mais proche de l’UDC. Patron, il dirige une entreprise de produits cosmétiques et dentifrices, Trybol, dont il a personnellement assuré le succès. Son idéologie est celle de l’entrepreneur. A droite, mais foncièrement opposé à la caste des dirigeants des entreprises cotées en bourse qui, selon des règles de self-service, touchent des salaires abusifs.

Minder a obtenu un succès populaire immédiat. Malgré ses moyens relativement modestes, il ose affronter les plus grands. Il se voit et il est vu comme un David, affrontant Economiesuisse.

Dès lors, il pourra compter sur l’engagement de la gauche, du PS, des Verts. Une frilosité regrettable est toutefois à relever, celle de l’Union syndicale suisse, dont le premier secrétaire, responsable des questions économiques, Daniel Lampart, a affiché des critiques publiques. Le renforcement du contrôle par les actionnaires de la rétribution de l’équipe dirigeante ne change rien fondamentalement, dit-il. Ce qui «part» aujourd’hui en salaires abusifs «partira» demain en dividendes.

La position de l’USS est équivoque. Quand «son» économiste s’est exprimé, quelle liberté est laissée aux organes de décision? Désavouer leur spécialiste? – mais son argumentaire a déjà circulé. L’approuver? – mais c’est une rupture du front de gauche. S’il en est encore temps, que l’USS prouve qu’elle ne se laisse pas imposer avant débat une position de fait accompli et qu’un prochain comité clarifie la situation!

Caste

Sur le fond, il faut se demander si des règles plus exigeantes pour la rémunération des équipes dirigeantes des grandes SA, si un contrôle de leur rétribution change la structure du capitalisme contemporain. Non, dans la mesure où les actionnaires (que leur pouvoir soit ou non renforcé) restent les seuls«propriétaires» de l’entreprise.

Et le rejet du caractère abusif des hauts salaires devrait avoir pour corollaire le refus du bas niveau des salaires minimaux. Il a été presque partout relevé que l’enrichissement des bénéficiaires de rémunérations abusives coïncidait avec l’aggravation de la pauvreté et de la précarité. Ce que révèle l’initiative Minder, la gauche doit s’en servir pour son propre combat.

A relever, signe caractéristique, le droit que se sont accordé les équipes dirigeantes de définir elles-mêmes les critères de leur propre rétribution. Les montants de ces salaires, notamment sous influence des salaires bancaires, n’ont plus de référence concrète. Ils s’établissent par recherche des privilèges ou par comparaison, par avidité.

Les équipes directoriales, le Conseil d’administration, le Conseil consultatif, la Commission d’évaluation représentent une caste qui s’octroie une part de la plus-value. Ce n’est pas un phénomène isolé, mais l’expression d’une évolution. Thomas Minder a été sensible à cette prise de pouvoir. Ce n’est plus le cas Ospel ou Vasella, mais une mutation capitaliste.

A attaquer comme telle. L’initiative en est la bonne occasion.

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    Cité par Votations du 4 mars 2013 | - 27 novembre 2013 à 16 h 10 min

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