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Ueli Maurer: incompatibilité présidentielle

Pas d’automaticité pour la présidence de la Confédération

Photo Lukas Koster
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A sa session d’hiver, l’Assemblée fédérale élira, conformément à la Constitution, le président de la Confédération. Pour 2013, ce sera Ueli Maurer. Pourquoi lui? Parce que c’est son tour.

Mais qu’est-ce que ce tournus qui s’impose comme un droit non écrit, supérieur au choix politique?

C’est une pratique qui est inspirée du fonctionnement des Parlements. Ils ont la responsabilité d’organiser débats et décisions selon une procédure admise comme une règle du jeu, impartiale. Et pour prouver que cet accord est reconnu comme antérieur à tout choix politique, l’usage s’est généralisé d’ajuster la présidence des Conseils et la participation au bureau ou aux commissions proportionnellement à la force électorale des partis. C’est une reconnaissance réciproque.

En Suisse, ce bon usage parlementaire a été confondu avec la formule magique, ce partage du pouvoir qui prétend reconnaître aux grands partis leur part de pouvoir gouvernemental. Ainsi l’Assemblée fédérale découpera le gâteau du président éphémère 2013. Il n’y aura pas de surprise. Tout le monde a vu que la fève avait été placée dans la tranche d’Ueli Maurer. Il sera donc élu sans surprise.

A tort. Le tournus est une dénégation du politique. Ce n’est pas le président du législatif qui sera élu. C’est le président de la Confédération. Et Ueli Maurer ne saurait y être à sa place.

Quelques députés, verts et socialistes, ont courageusement affirmé que ce refus devait être signifié. Aussitôt, on leur a fait comprendre qu’ils dérangeaient, que l’opinion publique ne comprendrait pas cette exclusion, qu’elle n’y verrait que politicaillerie et criaillerie.

Il faut persister. Le refus de la présidence à Ueli Maurer est fondé sur deux incompatibilités.

La première tient à la politique extérieure.

Ueli Maurer, comme l’UDC, est viscéralement opposé à un partenariat plus étroit avec l’Union européenne. C’est sa conviction et son combat. Nul ne lui reprochera d’être fidèle à lui-même. Mais on ne peut admettre qu’il les formule publiquement, à sa manière qui se veut lourdement provocante.

L’interview donnée à l’hebdomadaire allemand Die Zeit en donne l’illustration, décrivant l’Europe comme une alliance en perte de crédibilité, dangereuse comme tout animal blessé, une Europe envieuse qui cherche à l’extérieur une compensation à ses déboires intérieurs

Un conseiller fédéral en fonction ne peut tenir de tels propos. La réaction du collège fut bien molle. Or l’enjeu dépasse les règles de la collégialité ordinaire. Un Etat ne peut avoir deux politiques extérieures. C’est un principe dont l’évidence n’a pas à être démontrée. A défaut, c’est une invite à la manipulation par des intérêts étrangers. Ce qui est vrai pour un membre du collège s’impose à plus forte raison au président qui incarne l’unité de la Confédération. S’il voulait faire un geste politique fort, Ueli Maurer renoncerait au tournus présidentiel. On peut douter que cette logique le motive. Alors, qu’elle lui soit imposée!

La deuxième raison est d’incompatibilité de politique intérieure.

Pour la fête nationale, tout ménage suisse a reçu la nouvelle initiative de l’UDC qui serait justifiée par la trop lente application législative du texte constitutionnel accepté par le peuple en 2010 sur le renvoi des étrangers criminels (DP 1963). Cette initiative de mise en œuvre est l’occasion pour  des raisons électorales cyniques d’associer, en caractères gras, étrangers et criminels. 

L’initiative, dans son pointillisme juridique, permet d’énumérer tous les crimes susceptibles d’être commis par des étrangers devant être expulsés automatiquement: le meurtre, la mise en danger de la vie d’autrui, l’escroquerie et même, car il faut songer à tout, la fabrication de fausse monnaie. La liste est longue comme le code pénal.

Vouloir, par une initiative, régler l’application d’une autre initiative est absurde comme tenter de serrer une vis sans fin. Mais associer étranger et crime avec une telle insistance est un amalgame intolérable.

Un président incarne l’unité nationale dont les étrangers sont une partie irremplaçable. L’UDC ne parle que d’expulsion, de renvoi, d’épuration.

Qu’on bloque le tourniquet. Qu’on fasse un choix politique!

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Discussion

  • Je crois qu’il est bien que Ueli Maurer deviennent selon la tradition le prochain président pour 2013. Il donnera l’exacte image d’une Suisse profonde anti-républicaine qui ne veut ni étrangers pauvres, ni Europe, ni aide au développement, ni reconnaissance du droit international, ni pouvoir judiciaire qui puisse corriger les décisions d’un peuple souverain sacralisé. Cette Suisse égoïste et xénophobe doit devenir sujet de discussion. Pourquoi diable, Monsieur Gavillet, masquer une réalité. J’espère qu’il dira des bêtises. Dans le contexte actuel, le dommage ne pourrait guère être plus grand que celui causé par nos affaires de banques et surtout donnerait une explication à l’étranger des errements du CF paralysé par les partisans de Ueli Maurer. La Suisse urbaine, sociale, progressiste, pro-européenne, ouverte, dont je fais partie, n’est qu’une facette de notre pays. Et n’oublions pas: il succéderait à une autre représentante de cette Suisse fermée. Mme Widmer Schlumpf n’a pas changé son ADN politique. Elle est juste forcée de se faire un peu violence pour remercier ceux qui l’ont élue.

  • « La Suisse urbaine, sociale, progressiste, pro-européenne, ouverte, dont je fais partie, n’est qu’une facette de notre pays. » – N’est qu’une des facettes de notre pays et qui, avec ses 25-26%, ne peut que se résigner aux choix du « Souverain », contre cette Europe antidémocratique dont l’eurolâtrique Jacques Pilet nous disait récemment que la construction n’a jamais été un chemin de roses, qu’il y a des tensions, des méfiances, des « scènes de ménage » entre les partenaires, mais qu’ils « finissent par se mettre d’accord » pour faire face à la « nécessité qu’impose la pression des événements », sans se rendre compte peut-être que, dans ce processus, il y a 27 peuples qui sont privés de leur droit démocratique de dire « NON ».

  • 3
    Philippe Biéler

    Quelle délectation renouvelée de lire André ! Un immense merci !

  • Entre les positions d’André Gavillet et de Jaussi mon coeur a balancé.
    Finalement je penche pour celle de Jaussi.
    Maurer n’a certes pas la carrure pour faire partie de l’équipe dirigeante d’un pays, c’est certain, mais ça les parlementaires, qui l’ont élu au Conseil fédéral, le savaient déjà. Le touriste de l’Oberland zurichois représente une Suisse que j’abhorre, mais qui n’existe hélas pas que marginalement.
    Nous revenons au problème fondamental: la faiblesse du Conseil fédéral, voulue par le parlement, et par là par la population suisse, qui élit des parlementaires à la vision avant tout locale et étroite.
    La Suisse semble une île de prospérité, mais je crains que nous allions prochainement recevoir de sacrées baffes politiques et économiques, auxquelles notre gouvernement sera peu capable de faire face.
    La population suisse comprendra peut-être enfin qu’elle doit être gouvernée vigoureusement de Berne, et qu’il faut par conséquent se diriger vers l’abolition d’un système fédéral médiéval.

  • 5
    Jeanprêtre Francine

    L’intelligence et la fraîcheur des propos d’ André G. sont impressionnantes,comme toujours. Le commentaire de Jaussi laisse à réfléchir un instant mais il n’est jamais bon de « jouer avec le feu » . La Suisse qui s’isole de plus en plus dans son îlot de privilèges  va rencontrer toujours plus de vents contraires. Et elle aura besoin de personnalités au format plus étoffé que le candidat de l’ UDC pour marquer l’ouverture et non le repli. De plus,il s’agit aussi de représenter dignement nos institutions.

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