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La réouverture du Musée Jenisch, un événement dans la vie culturelle en Suisse

A voir notamment: «Chefs-d’œuvre de la Fondation Oskar Kokoschka», jusqu’au 12 septembre

Image Fondation Oskar Kokoschka
Photo Fondation Oskar Kokoschka

Le Musée Jenisch entretient une relation étroite avec la ville de Vevey, où il fut inauguré le 10 mars 1897. Mais son importance dépasse le cadre de cette localité, celui du canton, et même celui de la Romandie. On sait en effet qu’il abrite, entre autres, le Cabinet cantonal des estampes et le Centre national du dessin. Sa réouverture, après trois longues années de travaux, constitue donc un événement attendu.

A dire vrai, les transformations ne sautent pas aux yeux du visiteur. Le cabinet d’architectes Blakker & Blanc, à Lausanne, a conçu une rénovation et une réhabilitation douces, respectueuses du style néo-classique ou néo-antique très marqué de ce bâtiment historique. Le musée a été enrichi d’une librairie, d’une cafétéria et d’un cabinet de consultation. Il y a gagné en lumière et convivialité. C’est une réussite architecturale. Mais pénétrons dans ces espaces rénovés.

Le hall d’accueil a conservé son étonnant décor de péplum antique, digne d’un film tourné à Cinecittà. De part et d’autre, deux grandes fresques d’Ernest Biéler, datant de 1917-18, sont dédiées aux moissons et à des vendanges dionysiaques. Avec leurs surfaces dorées à la Klimt, les plis des vêtements tout en courbes de leurs personnages, elles témoignent de la prégnance du goût Art Nouveau dans le canton de Vaud.

L’étage inférieur est réservé aux expositions. Pour sa réouverture, le Musée a choisi de présenter quelque 160 pièces réunies par un collectionneur désirant conserver l’anonymat (La tentation du dessin, jusqu’au 14 octobre). Elles sont bien mises en valeur sur les cimaises d’un ton bleu. Cette collection s’articule principalement autour des artistes français, mais aussi italiens, allemands, hollandais et suisses des 17e et 18e siècles.

Le soussigné avouant ne guère partager les goûts de leur acquéreur, il ne saurait en parler tout à fait objectivement… Le visiteur appréciera donc ou non cet art baroque catholique aux poses souvent emphatiques et ce néo-classicisme mythologisant très théâtral. Nous avons personnellement trouvé notre bonheur dans des pièces plus intimes, comme La Tentation de saint Antoine (un superbe lavis de Tiepolo) ou des sujets plus laïques et «sociaux», comme Débardeur portant des produits du terroir en hotte de Jacques-Philippe-Joseph de Saint-Quentin, La Femme du braconnier et sa fille de Nicolas-Bernard Lépicié, ou encore dans la très intimiste eau-forte Camille Pissarro par lui-même.

L’étage est consacré aux collections permanentes de peintures, ou plutôt à un choix d’œuvres issues des mille pièces composant celles-ci (choix qui sera renouvelé par roulement). Que retenir dans une salle où tout est intéressant? Un Picasso très précoce et peu habituel, le florilège de peinture suisse (Bocion, Steinlen, Auberjonois parmi d’autres), l’ambiguïté de Balthus? Une sélection de gravures (dont celles de Rembrandt qui contribuent à la réputation du musée) est également présentée, elle aussi en alternance, puisqu’il y en a 35’000 dans les collections. On admirera en outre, dans un autre espace de ce premier étage, trois grandes toiles de Pierre Alechinsky, l’un des survivants du mouvement Cobra. Faut-il y voir un dialogue avec la grande exposition Asger Jorn, un artiste libre présentée cet été à la Fondation de l’Hermitage à Lausanne?

Si une visite du «nouveau» Musée Jenisch s’impose à l’amateur d’art dès cet été, c’est que les chefs-d’œuvre de la Fondation Oskar Kokoschka y sont exposés jusqu’à mi-septembre. Ils illustrent le lien fort que l’artiste, né austro-hongrois, avait tissé avec la Suisse dès 1910, avant d’y séjourner en 1927, puis de s’installer à Villeneuve dès 1951 et jusqu’à sa mort en 1980. Nous ne reviendrons pas ici sur les tribulations autour de son héritage, qui auraient pu voir ses œuvres quitter le Musée Jenisch… Paysages lémaniques ou représentations de villes (Prague, Aigues-Mortes) sont traités avec la violence dans le pinceau qui lui est propre, probablement issue de l’expérience traumatisante de Kokoschka pendant l’horreur de la Première Guerre mondiale. Cette manière expressionniste lui valut d’être considéré comme un «artiste dégénéré» sous les Nazis, ses œuvres étant qualifiées de «conneries» par Goebbels.

Il faut donc faire un tour par Vevey. Le programme estival du Musée Jenisch, on le voit, en vaut la peine.

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Discussion

  • Merci Monsieur Jeanneret ,combien sont heureux de lire votre présence dans ce Musée,la honte de se savoir descendants de dégnérés sera moins lourde à porter pour beaucoup de ceux et ils sont nombreux à être restés dans l’ombre des exilés devenus sédentaires par obligation une des tâches les plus difficiles à vivre et à admettre surtout
    On ne peut que souhaiter plein succés pour cette exposition

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