Mode lecture icon print Imprimer

Sous la continuité, le changement

Quelques observations suggérées par les élections communales dans le canton de Neuchâtel

icone auteur icone calendrier 30 mai 2012 icone PDF DP 

Thématiques

On soutient volontiers que l’un des atouts de la Suisse, en comparaison internationale, est la stabilité de ses institutions. Laquelle a une cause profonde, l’étonnante constance de l’électorat.

L’examen du résultat détaillé des élections communales neuchâteloises qui ont eu lieu le 13 mai (DP 1951) permet de faire ce constat tout à fait remarquable. En trente ans, les proportions d’électeurs et d’électrices qui votent à droite ou à gauche n’ont que très peu varié. Les partis bourgeois totalisaient 46% des suffrages en 1980 et 45% en 2012. Aux mêmes dates, les partis de gauche obtenaient 44% et 47% des suffrages. Le solde des suffrages – 10% en 1980 et 8% en 2012 – va aux listes d’entente communale et autres mouvements locaux souvent éphémères.

Si les deux blocs traditionnels font donc preuve d’une très grande stabilité, on observe néanmoins des changements significatifs à l’intérieur de chaque camp. A droite, le parti libéral-radical recule par rapport aux deux partis d’avant la fusion de onze points (de 46% à 35%), qui vont pour l’essentiel à l’UDC et très accessoirement au PDC et au PBD. L’apparition de ces trois partis, qui n’étaient pas présents en 1980, affaiblit le PLR mais ne contribue pas à renforcer la droite – qui faiblit même un peu.

Le changement est un peu de même nature à gauche. SolidaritéS n’est parvenu à s’implanter que dans le district de Neuchâtel, de sorte qu’il reste confidentiel au niveau cantonal (1% des suffrages). Le POP affiche une légère augmentation (7% des suffrages en 1980, 8% en 2012). En revanche, les Verts réalisent une progression constante (2% en 1980, 10% en 2012). Et les huit points gagnés correspondent exactement au recul du parti socialiste (36% en 1980, 28% en 2012).

Signes concrets de ces changements: après avoir obtenu un siège à l’exécutif de la Ville de Neuchâtel (composé par ailleurs de deux membres du PS et de deux PLR), les Verts en gagnent également un dans les deux villes du haut du canton, les deux fois au détriment d’un siège socialiste. Avec une symbolique assez forte pour ces deux villes qui sont «à gauche» depuis un siècle: le parti socialiste n’a plus de représentant à l’exécutif du Locle (où siègent deux membres du POP, deux du PLR et donc un Vert), et il n’en a plus qu’un à celui de La Chaux-de-Fonds, dont l’exécutif est désormais très arc-en-ciel avec un POP, un UDC, un PLR, et donc un PS et une Verte.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/20660
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/20660 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

  • Un petit ajout à ce commentaire très juste de Jean-Pierre Ghelfi.
    Même si l’équipe de Domaine Public est depuis sa création proche du parti socialiste, je ne regrette pas personnellement l’affaiblissement du parti socialiste dans mon canton de Neuchâtel, en particulier dans le Haut.
    Je trouve en effet sain que la gauche dans son ensemble devienne plurielle. De même si j’ai une vraie admiration pour dlaReu (Denis de la Reussille) au Locle et la gouvernance du POP dans cette ville méconnue, je trouve aussi sain que ce parti n’y soit plus majoritaire.
    Enfin, pour ceux qui ne sont pas de ce coin de pays, il faut leur dire qu’il est de notoriété publique qu’au cours des 60 dernières années plusieurs personnalités majeures et très connues du parti socialiste avaient adhéré à ce parti pour faire carrière, et l’auraient fait sous les couleurs d’un parti bourgeois d’alors, si les partis bourgeois avaient été majoritaires dans le Haut du canton de Neuchâtel.

  • Merci pour cet article, qui m’inspire toutefois deux remarques:
    La stabilité de l’électorat se retrouve dans d’autres pays. En France, toutes les élections présidentielles depuis 1974 ont été assez serrées entre un socialiste et un candidat de droite. L’exception de 2002 n’en est pas vraiment une, car si Jospin avait passé le premier tour, le résultat entre lui et Chirac aurait été serré comme d’habitude. Pourtant, la France se caractérise par des alternances mouvementées, qui sont un facteur d’instabilité. Le facteur de stabilité me semble donc plutôt être la démocratie directe qui oblige à tenir compte des avis des partis minoritaires et qui évite qu’un partie majoritaire de justesse puisse imposer sa volonté.
    D’autre part, la stabilité des partis politiques s’explique en grande partie par la capacité de ceux-ci à s’adapter aux changements de la société. Des partis historiquement opposés au droit de vote des femmes présentent aujourd’hui des candidates (si l’UDC de la Chaux-de-Fonds n’en a présenté aucune, je suis presque sûr qu’ils en ont cherchées). L’UDC suisse a, ou a eu, une section gay. Le PDC est favorable au remboursement de l’IVG par l’assurance maladie. Les socialistes de tous pays se sont, hélas, souvent adapté à la montée de l’idéologie ultra-capitaliste.
     

Les commentaires sont fermés.