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Notes sur la peur de l’inflation

La peur de l’inflation ne peut tenir lieu de pensée unique

L’hiver est passé; l’euro, pas trépassé. Les prophètes de malheur l’ont enterré trop vite. La sincérité de leur deuil prématuré était d’ailleurs suspecte. Les intérêts nationaux ou privés pointaient sous les principes de base.

Les experts exposaient savamment que celui qui emprunte doit s’engager à rembourser. Ainsi que le rappelaient les responsables politiques, un Etat ne peut être mis en faillite par ceux qui, comme lui, font partie de l’Union européenne.

En réalité, une question simple était posée. Comment faire preuve d’une rigueur sans précédent, opérer des coupes budgétaires sévères et simultanément relancer l’économie, stimuler la croissance? Rien de théorique dans cette formulation. Des millions d’individus vivent cette contradiction. Dépenser plus en gagnant moins.

♦ Les responsables politiques européens ont d’emblée choisi la rigueur pour faire face à l’insolvabilité de la Grèce. Les budgets nationaux doivent être impérativement équilibrés. Parallèlement les banques centrales et la Banque centrale européenne se sont vu assigner la mission de contrôler étroitement les crédits. Dans la mémoire vivante de l’Allemagne, l’inflation a laissé des marques douloureuses (hyperinflation de la République de Weimar en 1923). De plus, par préjugement, elle est appréhendée comme incontrôlable. L’inflation, c’est un cheval emballé.

♦ La politique de rigueur est autoritaire, imposée. Elle se décrète. Elle recourt volontiers au droit d’urgence. Elle se veut de salut public. L’inflation, au contraire, semble agir insidieusement. Elle échappe au contrôle étatique.

L’inflation offre, sans douleur pourrait-on croire, des avantages “gratuits”. Le remboursement de la dette est allégé par la dépréciation de la monnaie. L’investissement est stimulé. Ce qui est aujourd’hui une opération coûteuse et risquée sera demain une opération juteuse, une spéculation réussie. L’indexation des salaires, quand elle a lieu, donne l’impression d’une bouffée d’oxygène. Euphorie. Illusion de gagner plus.

♦ Quand tout bouge sont perdants ceux qui restent cloués sur place. Les revenus ou les rentes perdent leur pouvoir d’achat au rythme rapide, très rapide, des hausses de prix cumulées. Ceux qui ne sont plus actifs, qui n’ont plus le pouvoir de vendre plus cher leurs services ou leur travail sont les premiers appauvris. Et comment corriger cette iniquité?

♦ On peut certes imaginer une séparation rigoureuse du budget de fonctionnement et des budgets d’investissement. Une façon de jouer à deux mains. Un Prix Nobel de l’économie, Paul Krugman, dans une interview provocante (Le Monde, 31.01.2012), demande que l’on prenne le risque de l’inflation. «L’inflation n’est pas le problème, c’est la solution». Sa proposition consiste à préconiser une politique monétaire moins stricte. S’il en résultait une inflation de 4%, il serait possible de mieux tenir compte de la compétitivité différenciée de chaque pays.

Jusqu’où peut-on, à l’intérieur d’une même zone, distendre le pouvoir d’achat? Faut-il créer, en Europe même, les problèmes de l’Italie du Nord et du Sud?

♦ Il est faux de faire croire que les Etats riches au sein de l’euro, comme l’Allemagne, paient pour les Etats pauvres, endettés comme la Grèce. Car les moins efficaces tirent la monnaie commune vers le bas. Mais  cet euro affaibli est pour les pays exportateurs un dopant. L’Allemagne, celle qui exporte hors Europe, bénéficie de la “subvention” du change.

♦ L’inflation (politique de crédit généreuse, investissements, salaires en hausse) serait la solution à une condition fondamentale: la protection des revenus et des rentes des plus faibles. L’indexation devrait garantir le pouvoir d’achat et le niveau de vie des plus vulnérables. En revanche, l’indexation des revenus et salaires moyens et élevés devrait être limitée. La progression à froid non entièrement compensée renforcerait l’effet redistributeur de la fiscalité.

♦ En jouant sur les facteurs essentiels (salaires et revenus, assurances sociales, fiscalité directe et indirecte), un pilotage est possible. Il appartient au politique d’en prendre la responsabilité. Mais préalablement, les chefs de file des différents secteurs économiques – syndicats, patronat, banques, entreprises – devraient en débattre publiquement.

L’inflation peut faire bouger les lignes. A la politique sommaire des ciseaux et des coupes, elle oppose des variantes, elle pourrait même favoriser des options plus sociales.

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