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Commentaire minute d’une élection

Elections fédérales: sans bonnes questions, pas de bonnes réponses

icone auteur icone calendrier 23 octobre 2011 icone PDF DP 

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11h30 – Dans une demi-heure la Radio romande RSR annoncera la clôture du scrutin fédéral, le taux de participation et peut-être une première «tendance». Mettre à profit ce court délai pour dire effrontément que le résultat, quel qu’il soit, nous le contestons.

L’article 149 de la Constitution, qui règle l’élection du Conseil national, n’est plus applicable car il pose des exigences contradictoires: chaque canton forme une circonscription électorale, il a droit à un siège au moins, les députés sont élus selon le système proportionnel. Or la proportionnelle exige dans son esprit qu’un parti même minoritaire puisse être représenté. Quand la circonscription est trop exiguë, il est éliminé par un quorum de fait (DP 1928). Tel est le cas lors des élections nationales.

La proportionnelle en Suisse n’est pas le choix, occasionnel, d’un système électoral. Elle a été imposée par un vote populaire, après la première guerre mondiale et après la grève générale dont elle fut une des revendications. Elle a élargi, dans les limites de la prédominance radicale, la concordance.

En termes de pouvoir, la proportionnelle biaisée renforce les partis conservateurs (PLR et PDC) déjà favorisés par l’élection du Conseil des Etats. Elle déséquilibre le bicamérisme.

L’élection d’un conseiller fédéral dépend souvent d’une ou deux voix de députés lors du vote de l’Assemblée fédérale. Il est plaisant de les voir disputés, sans que soit jamais posée la question: quel aurait été le vote si la proportionnelle était vraiment appliquée? Rappelons que des systèmes, rôdés en Suisse, permettent de tenir compte de tous les suffrages avant répartition territoriale des sièges.

13h12

Dans les minutes où il faut bien occuper l’antenne, Blocher est cité pour la première fois. A Zurich, comme candidat au Conseil des Etats, il ne sera vraisemblablement pas élu. Or, il est le protagoniste de l’initiative demandant l’élection du Conseil fédéral par le peuple. Préfère-t-il être le second dans son village plutôt que le premier à Rome?

Sa candidature zurichoise faisait partie d’un plan d’ensemble de conquête du Conseil des Etats. Il faut constater qu’elle échoue nettement, quoique emmenée par des gros bras de l’UDC: Toni Brunner à Saint-Gall, Christoph Blocher à Zurich, Caspar Baader à Bâle-Campagne. Mais cela signifie aussi que le pouvoir des partis de droite dépend toujours plus de leur emprise sur les petits cantons.

13h35

L’échec du PLR est cinglant, symbolisé par la vraie-fausse non-réélection de son président Fulvio Pelli. Il sanctionne une ambiguïté grave: utiliser la force de frappe de l’UDC pour freiner les dépenses étatiques jugées dispendieuses, et l’affronter quand il dessert les intérêts économiques, notamment dans nos relations avec l’Union européenne.

15h

Déjà se dégagent les premières tendances: percée des Vert’libéraux au détriment du PLR, et maintien du nouveau parti PBD. En découle l’obligation pour la droite de se redéfinir pour peut-être élaborer les grandes lignes d’un programme gouvernemental sans la participation de l’UDC. Cela signifierait le refus d’entrer dans le jeu des menaces réciproques lors de l’élection du Conseil fédéral. La concordance n’est pas arithmétique; elle n’inclut pas l’UDC qui promeut une politique anti-européenne; elle implique un autre rapport avec le parti socialiste.

La droite suisse aura à s’occuper des réformes que l’Union européenne nous réclame. Il lui en coûtera politiquement, vu l’emprise de l’économie sur son encadrement. Mais la nouvelle concordance serait à ce prix.

A 15h, on en doutait déjà!

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Discussion

  • Cette élection est aussi décevante pour vous que pour un réactionnaire eurosceptique comme moi qui avait espéré un raz de marée UDC barrant définitivement la « voie » bilatérale vers l’enfer bruxellois. Ce résultat très déprimant pour moi offre-t-il un espoir aux sociaux démocrates progressistes et pro européens? Pas sur.

    Le commentaire le plus intéressant sur ces élections est, dans LE TEMPS, le papier de l’intello américano-suisse Daniel Binswanger. Il écrit ceci: « Je nourris une grande inquiétude … car on ne sait pas quel est le programme des Verts libéraux. Le reproche selon lequel ce parti serait une espèce de « black box » est tout à fait justifié. Je suis convaincu qu’il est très à droite encore plus à droite que les radicaux… Je suis convaincu qu’il y a un décalage significatif entre les orientations de ses électeurs, dont beaucoup sont de gauche, et ce qu’il va faire réellement. Il y a clairement une droitisation du centre. »

    Personnellement je n’ai aucune confiance dans ces Verts libéraux. Mais je suis convaincu qu’ils servent une droite patronale dure. Les classes ouvrières suisses ont beaucoup plus à espérer d’une UDC souverainiste visant à limiter la libre circulation-libre exploitation, que de ce parti.

    J’ai toujours perçu les Verts libéraux comme une émanation des francs maçons de droite liés au radicalisme des affaires, qui entendent corriger leur erreur d’avoir laissé le monopole de l’écologie à l’extrême gauche issue des POCH. De ce point de vue ils ont brillament atteint leur but. D’autre part, cette droite patronale n’a pas accepté l’évolution du radicalisme vers le centre, ce qui implique des concessions à la gauche. On reviendra donc là dessus, à mon avis. C’est ce que perrçoit aussi Binswanger, qui est affirmatif: « Je suis convaincu – écrit-il – que les Verts libéraux sont plus à droite que les radicaux. »

    Alors, à mon avis, on aura simplement une politique un cran plus à droite au plan social, avec l’UDC dans le rôle du parti radical des années 70 et les Verts libéraux représentants de la Bahnhofstrasse. Un personnage comme Parmelin par exemple, est l’archétype parfait du radicalisme vaudois comme il n’aurait jamais du cesser d’être, s’il avait voulu garder le pouvoir. On aura une UDC qui aura encore la minorité de blocage pour empêcher l’évolution vers le suprantionalisme, avec l’accord d’un patronat qui – les récents textes d’Economiesuisse le montrent – a fait le choix clair de refuser l’adhésion.

    Au plan social je vois l’Union Européenne comme la domination cynique et inhumaine des multinationales, qui ont purement et simplement acheté les forces syndicales et social-démocratiques. Il est incompréhensible pour moi que des gens soucieux du sort des petites gens, comme le PS suisse prétend l’être, soient pour cette machine à asservir et paupériser les travailleurs. Mon coeur penche pour une résistance suisse, acceptant les nécessités économiques mais en les aménageant pour sauvegarder la patrie. Même si l’UDC est essentiellement patronale elle reflète cet esprit car elle a la fibre patriotique. Le rêve d’un Blocher c’est une Suisse helvétique fière et digne, tenant la dragée haute aux gnomes de Bruxelles et dans laquelle, à l’intérieur, le patronat suisse traditionnel domine. Cela me paraît acceptable. Mais on n’aura pas ça. On aura une Suisse où le PBD et les Verts libéraux renforceront la dureté sociale du PLR et s’appuyeront sur l’UDC pour conserver une plus grande flexibilité dans le « Standort » (secret bancaire, droit social etc).

    On va voir comment ça se décante mais je pense que l’on se leurre si on pense que ces élections vont diminuer « l’emprise de l’économie sur l’encadrement politique de la Suisse ». Ce sera clairement l’inverse. Et c’est pourquoi aussi je suis certain que l’on ne verra pas la « nouvelle concordance » réformiste et pro européenne que vous souhaitez. On ne verra pas non plus la politique anti-européenne digne que je souhaite personnellement. On restera encore des années dans l’entre-deux actuel.

  • Attendons encore un peu avant de tirer des conclusions des résultats des élections fédérales. Attendons la composition finale du Conseil des Etats et les positions des partis du nouveau centre lors des élections au Conseil Fédéral. Il y aura des discussions internes à l’UDC quant à la poursuite de la ligne blochérienne d’extrême droite populiste. Le PLR se cherche un nouveau président et en le faisant, devra marquer sa ligne politique future. Le PDB devra démontrer qu’il est autre chose que le « fan club » de Widmer-Schlumpf. Les Verts-Libéraux, qui sont en principe prêts à’aller au lit avec n’importe qui (sauf l’UDC il est vrai) devront choisir leur ligne. Les PDB et Verts-Libéraux se laisseront moins draguer par le PDC en recherche de leadership du centre. Les Verts se cherchent aussi un nouveau président et devront décider s’ils doivent se rapprocher du centre ou rester à gauche. Quant au PS, il représente la seule force stable qui a gagné des sièges. Tant mieux. Il y a une majorité arithmétique et thématique sans l’UDC et le PLR. A vous de jouer, PDB, Verts-Libéraux et PDC.

  •  
    Votre analyse, Jaussi, je la partage, et avec votre dernière phrase, je crois aussi que l’élection sera très ouverte.
    Même si cela fait peut-être un peu trop jeu-concours  par rapport aux commentaires parfois très avisés publiés sur ce site de Domaine Public, je me lance dans un pronostic, avec commentaires.
    Au 1e janvier 2012 donc, le Conseil fédéral sera composé d’une PBD, de deux PS, deux PRD et de deux PDC.

    Eveline Widmer-Schlumpf sera réélue, en raison de son travail reconnu, même si évidemment ce n’est pas une gauchiste !, et surtout parce qu’elle est très populaire, même dans la base UDC. L’éjecter du parlement  rendrait celui-ci très impopulaire et ouvrirait un boulevard à l’initiative de l’élection au Conseil fédéral par le peuple, ce qui priverait justement le parlement d’un pouvoir important.

    Pour mettre deux UDC il faudrait donc évidemment  qu’un radical ou qu’un socialiste ne soit pas réélu ou élu.  Je ne vois pas les radicaux, alliés aux UDC, jouer à ce jeu dangereux en éliminant un socialiste, dans la position de faiblesse où ils sont arrivés. Je ne vois pas non plus l’intérêt politique des socialistes  à avoir deux UDC au gouvernement, plutôt que deux radicaux.

    Et maintenant l’UDC… Maintenir seul Maurer au Conseil fédéral ? Il y fait plus de tort à l’UDC qu’en dehors.  Et trouver un 2e papable ? Il y en a pas vraiment qui ont la carrure d’un conseiller fédéral. J’ai l’impression qu’il y aura de fortes discussions et surtout tensions à l’intérieur de l’UDC, mais finalement ils décideront, avant l’élection, de se retirer du Conseil fédéral et de jouer l’opposition à fond pendant la prochaine législature.

    Qui occupera le 7e siège ? Un PDC de Suisse centrale ou du Valais, probablement.
    Même si le PS y perdrait en premier lieu de n’avoir que 2 sièges contre 5 à un large centre, il permettrait enfin au pays d’être gouverné  de façon plus cohérente, ce qu’il a toujours souhaité. 
    Les jeux sont ouverts …
     

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