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Nouvelle Constitution: un remède d’exception

«La Suisse ou la peur?», un livre de François Cherix et Roger Nordmann

La Suisse est prospère, mais elle est en panne. Elle s’enferme dans un nationalisme xénophobe dicté par l’UDC. Ses institutions ne sont plus capables de piloter notre pays qui a peur des autres, peur des réformes et peur de lui-même.

Pour sortir de l’impasse, il faut convoquer une Assemblée constituante qui redéfinira un nouveau contrat social. C’est ce que proposent François Cherix et Roger Nordmann dans un opuscule en version bilingue, La Suisse ou la peur? / Die Angstgenossenschaft? publié aux Editions Favre. Les auteurs, deux anciens collaborateurs de Domaine Public, invitent leurs lecteurs à entrer dans le débat. Nous le faisons volontiers.

Il faut partager l’essentiel du sévère diagnostic de Cherix et Nordmann. Le parti de Christoph Blocher a répandu son poison sur la Suisse. Avec ses méthodes haineuses et efficaces, il est effectivement parvenu à ériger l’étranger en bouc émissaire et à imposer le repli sur soi. S’affichant nationaliste, il a divisé la nation en creusant le Roestigraben. La Suisse romande a rejeté la quasi totalité de ses initiatives ou ses référendums. En exigeant une présence«blocherienne» au Conseil fédéral, l’UDC a brisé l’efficacité et la collégialité gouvernementale. Grâce à ses moyens financiers hors du commun, il a usé et abusé du droit d’initiative au mépris des droits fondamentaux. Les institutions suisses, dessinées aux XIXe, sont inadaptées au XXIe siècle. Le découpage territorial et la répartition des compétences, de la Confédération à la commune, méritent des réformes pour s’adapter à une réalité économique et sociale qui s’exerce à une toute autre échelle qu’au début de la révolution industrielle.

Une Assemblée constituante doit donc, selon les auteurs, provoquer la catharsis capable de répondre à tous ces dysfonctionnements. Le pari est ambitieux. La révision totale de la Constitution fédérale, adoptée par le peuple en 1997, a apporté un toilettage bienvenu. Mais elle n’a introduit aucune réforme fondamentale. Plusieurs cantons ont procédé au même exercice avec les mêmes résultats. Prenons le cas vaudois. La Constitution de 2003 a introduit deux vraies nouveautés: le droit de vote des étrangers au niveau communal; un président du gouvernement nommé par ses pairs pour toute une législature. En revanche, elle a raté l’indispensable redécoupage territorial.

Malgré ces très modestes bilans, les constituants vaudois Cherix et Nordmann gardent leur confiance dans l’efficacité d’une Constituante nationale. Or l’histoire nous apprend que la révolution institutionnelle est un remède d’exception. Elle est toujours héritière de la guerre ou d’une crise d’importance analogue. La Suisse de 2011 n’est pas – en tous cas ne se sent pas – dans une telle situation. Dans ce climat, une Assemblée constituante risquerait d’accoucher d’une réformette, distribuant un sucre à chaque parti pour permettre de faire passer le paquet devant le peuple. Une tentative ratée de refondation bétonnerait lestatu quo.

Nos institutions sont imparfaites. Reconnaissons qu’elles permettent quelques belles réussites. Sans toucher à la Constitution, le gouvernement et le Parlement ont pris une décision de poids: la sortie du nucléaire. Le Roestigraben est une réalité et la mise en minorité des minorités linguistiques est frustrante. Mais la Suisse ne connaît pas les déchirements de la Belgique. La majorité alémanique consent à des gestes d’importance. Pensons simplement au financement de la SSR, plus que favorable aux francophones et aux italophones.

La Suisse a cependant besoin de solides changements. Ils sont possibles avec les institutions actuelles. L’UDC enraie-t-elle la machine? Et bien, en cessant d’être terrorisées par les succès du grand parti populiste, les autres forces politiques devraient avoir le courage de l’exclure du Conseil fédéral (DP 1913, 1925). Le gouvernement retrouverait sa cohérence. Il pourrait alors mener une politique étrangère plus conforme aux intérêts de la Suisse.

Le mésusage de la démocratie semi directe pourrait être doublement combattu: par une réglementation du financement des partis et des dépenses de chaque votation; par l’annulation des initiatives contraires aux droits fondamentaux, qui pourrait être décidée sans réforme constitutionnelle (DP 1895).

Redécouper profondément le territoire est politiquement inimaginable dans la Suisse qui s’identifie par son fédéralisme. Mais les retouches sont possibles. Les subventions fédérales peuvent générer de beaux succès, comme il y a quelques décennies avec la LIM, la Ioi sur les investissements en région de montagne (DP 1601) ou actuellement pour le développement des agglomérations (DP 1925). Malgré quelques échecs récents, la montée en force des villes (DP 1903)  contrebalance progressivement le poids excessif des petits cantons.

Cherix et Nordmann espèrent le salut par un grand débat institutionnel. DP le voit dans la marginalisation de l’UDC. A chacun son utopie créatrice.

DOMAINE PUBLIC

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Discussion

  • « Cherix et Nordmann espèrent le salut par un grand débat institutionnel. DP le voit dans la marginalisation de l’UDC. A chacun son utopie créatrice. »

    Bel aveu, et beau fair play, consistant à reconnaître qu’on est dans l’utopie.

    La tentative de « marginalisation » de l’UDC, on la voit à l’oeuvre sous nos yeux. Elle se manifeste par des actions comme par exemple le refus des apparentements entre le centre PLR-  PDC et l’UDC (sauf dans des cantons comme Vaud où cla contrarie trop les intérêts du grand vieux parti), ainsi que par la nomination des deux fils de familles de l’establishment pro européen : de Weck et Lorétan à la tête de la SSR (une situation comique qui nous ramène aux moeurs du régime patricien du XVIIIe siècle) ces deux donzels étant chargés de mener la propagande anti UDC, étouffer le débat sur les sujets qui fâchent favoriser le centre et prêcher la bonne parole européiste. Tout cela est manifeste et se déroule sous nos yeux. Il est évident que c’est l’ambition du camp progressiste « éclairé ».

    Mais cette volonté politique se heurte au fait que l’UDC possède déjà la masse critique qui la rend incontournable. Elle se heurte aussi aux forces mécaniques qu’induit la démocratie semi directe et qui imposent, bon gré mal gré, l’intégration de TOUTES les forces significatives dans le pouvoir. Le scénario de l’exclusion pure et simple de l’UDC risquant fort, s’il était mis en oeuvre, de se retourner contre ses auteurs comme un boomerang en accélérant la prise du pouvoir de l’UDC encore renforcée par une cure d’opposition.

    C’est bien pourquoi les initiés proches du pouvoir et pétris de réalisme politique, comme Felix Gutzwiller, ont fait leur choix et proclament au sujet de l’UDC : « Wir müssen sie einbinden ». Ce qui signifie que l’on consent à lui accorder ses deux sièges au CF.

    La voie de la réforme constitutionnelle est peut-être plus raffinée. Mais on souhaite bien du plaisir à messieurs Chérix et Nordmann. Un changement de constitution nécessite une crise majeure ébranlant le pays dans ses fondements: guerre civile de 1847, ou un mouvement de fond comaprable à un glissement de terrain. C’est bien pourquoi le projet Furgler de révision totale a avorté. Et si le toilettage d’Arnold Koller a abouti en 1998 c’est bien évidemment comme prix de consolation, parce qu’il  s’agissait d’un maintien du statu quo. En 1874 le radicalisme militariste et l’anticatholicisme du Kulturkampf étaient des forces marchantes comparables à l’UDC d’aujourd’hui. « Un droit une armée ! » C’est cela qui leur a permis de réviser la constitution. Or aujourd’hui il n’existe pas de force propulsive comparable, dynamique et capable de porter une révision constitutionnelle, la gauche et l’élément pro européen étant en perte de vitesse et dans la défensive. La tentative apparaîtra donc comme un sombre dessein antidémocratique d’attenter aux droits populaires (ce qu’elle serait d’ailleurs réellement) ce qui la condamnera à l’échec.

  • La marginalisation de l’UDC est une utopie parfaitement réalisable. Il suffirait que tous les partis se mettent d’accord sur a) le refus de collaborer avec l’extrême droite populiste et xénophobe – comme le font tous les partis démocratiques des pays civilisés – et b) la volonté de maintenir la concordance. Par amour pour la Suisse. En ce qui concerne le 1er point, voulons nous vraiment donner de la responsabilité à un parti dont la majorité des électeurs sont de véritables hooligans sans aucune culture et éducation avec les niveaux de formation et/ou intellectuel moyens parmi les plus bas de Suisse? Sur le 2ème point, il faut être conscient que l’UDC veut, in fine, briser le système de concordance et rêve d’une majorité de droite. Qu’elle participe au gouvernement ou non, l’UDC fait de l’opposition et de l’obstruction systématiques. Qu’elle le fasse dans l’opposition et basta. La Suisse actuelle a de grands défis à résoudre. Il lui faut des constructeurs courageux et pragmatiques, et non une compagnie de démolition.

    • Evidemment d’accord avec vous.
      Dans beaucoup de pays on appelle cela mettre un cordon sanitaire autour des partis d’extrême-droite comme l’UDC. Le terme est bien choisi, puisque l’extrême-droite, comme déjà dit ailleurs, c’est la peste brune …

      Même s’il a été souvent catalogué à droite, l’ancien président de la RF Jacques Chirac s’en est toujours strictement tenu à cette politique vis-à-vis du Front national, l’équivalent en France de l’UDC. J’ai pour cette raison une grande admiration pour Jacques Chirac, quand on devine les pressions qu’il a du subir de ses « amis » pour faire parfois des arrangements, ce qu’il a toujours refusé.

      J’attends des candidats socialistes déclarés à la succession de MCR comme Rossini ou Berset, et des prochains, comme Maillard, Studer et d’autres, qu’ils affirment clairement que la Suisse doit être gouvernée en écartant l’UDC le plus vite possible du Conseil fédéral.
      Les événements méprisables qui ont conduit l’arbitre de football à interrompre dimanche dernier le derby zurichois Grasshopper-Zurich sont une conséquence directe de ce poison, de cette haine que distille l’UDC, comme l’ont souligné plusieurs commentateurs, tant alémaniques que romands.
      Il faut ouvrir les yeux : L’UDC n’amène que du fumier à la Suisse, pas celui, bien entassé, dont les paysans sont à juste fiers, mais celui qu’elle répand partout où c’est possible, et qui n’a que la vertu de puer.

      La marginalisation de l’UDC n’est pas une utopie: quand donc les partis du centre-droit comprendront-ils enfin qu’ils n’ont fondamentalement rien en commun avec l’UDC, pour la raison essentielle que c’est un parti totalitaire, et qui n’a de démocratique que le nom.

    • « Tout ce qui est exagéré est insignifiant. » Talleyrand

    • @curieux :
      Les paroles des commentateurs précédents, que vous qualifiez d’exagérées ne le sont pas. Prenez simplement la brochure « l’UDC en 7 leçons » (éditions Vigousse) qui vient de sortir et qui recense systématiquement tous les écarts à la démocratie commis par l’UDC et qui fait un bilan ahurissant du phénomène que constitue ce parti. Tous y est… et cela justifie amplement l’affirmation qu’il s’agit d’un parti d’extrême-droite nocif pour la Suisse et son système politique. 
       
      Libre à vous de fermer les yeux et de vous pâmer d’admiration devient les diatribes simplistes du sieur Blocher et de ses camarades multimillionaires… mais la vérité finira un jour par éclater aux yeux de tous et il y aura des pleurs.
       
      De plus, le fait qu’un seul parti dispose de moyens financiers supérieurs à l’ensemble de tous les autres est le signe que notre système dit démocratique est bien malade.

    • Moor, je ne suis simplement pas d’accord avec vous. La question est essentiellement celle-ci: si l’on admet qu’il existe dans la société un certain nombre de gens enclins à une certaine outrance en politique, il est bon qu’ils soient canalisés dans des forces politiques, comme l’UDC, ou comme le PS, qui, elles, sont raisonnables et dans l’exercice de la politique gouvernementale maintiennent, certes, une ligne dure, mais dans le respect des institutions. J’estime que c’est le cas de l’UDC et du PS.
      Je fais la symétrie parce qu’il est évident que le PS recèle en son sein un paquet de très dangereux gauchistes qui dans les années 70 appartenaient à des groupes révolutionnaires, certains même violents. (Je rappellerais certaines manifestations du début des années 70, par exemple contre le Portugal au comptoir suisse, où le sang a coulé.) A mon avis il y a même plus d’éléments dangereux à gauche (dans le PS) qu’à droite (à l’UDC). Hans Fehr a été agressé par des nervis gauchistes alors qu’il se rendait à la paisible réunion de l’Albisgüttli. A la Reithalle de Berne, des anti-UDC (sans doute antimilitaristes) ont organisé des tirs au pistolet (de guerre) sur des mannequins représentant des politiciens UDC. Je regrette, mais ces individus devraient être jugés, condamnnés à la privation des droits civiques et inéligibilité pour incitation au meurtre et à la violence politique.
      Il est très curieux dans ces circonstances, que la gauche continue de se présenter comme morale et non violente et à projeter sur un parti de droite normal des soupçons de violence imaginaires.
       
      J’ai l’impression que M. Blocher applique la méthode qui avait été théorisée en son temps par Franz-Josef Strauss de la CSU bavaroise: « Es soll rechts von der CSU keine demokratisch legitimierte Bewegung geben ». Il ne doit y avoir aucun mouvement démocratiquement légitimé à la droite de la CSU. En d’autres termes: pas d’ennemis à droite. L’idée est de ne pas laisser d’espace pour une formation extrémiste de droite, qui pourrait alors devenir dangereuse pour la démocratie. Strauss reprochait vertement à la CDU son alliée, de suivre une ligne beaucoup trop molle et complaisante envers le SPD (exactement le même reproche adressé par l’UDC au PLR et au PDC) et c’est pourquoi il avait envisagé de lancer le « quatrième parti »: une CSU au niveau national. Il a du y renoncer par crainte des représailles de la CDU qui avait menacé, s’il le faisait, de présenter des candidats en Bavière, risquant ainsi de faire perdre à la CSU son statut de parti majoritaire dans ce Land. Le résultat du renoncement au quatrième parti a été l’apparition de Franz Schönhuber, le Le Pen allemand. On avait laissé un espace à l’extrême droite non démocratique.
       
      Je ferais remarquer qu’un François Mitterrand a appliqué un peu la même méthode, avec une ligne « pas d’ennemi à gauche » pour conquérir une majorité. On blâme toujours les gens de droite qui suivent une ligne : pas d’ennemi à droite mais on juge tout à fait bien que la gauche fricote avec des communistes et autres totalitaires en puissance. Ce qui est très curieux c’est la tolérance pour l’extrémisme de gauche, même violent, alors que beaucoup de gens, comme vous, ne pense que tout ce qui est à la droite du centre est du fascisme.
       
      Il faut une bonne fois réfuter ce mythe de la gauche qui serait ontologiquement bonne et morale.
       
      Je ne lirai pas le pamphlet de Vigousse. Je sais d’avance ce qu’il y a dedans. Probablement des âneries comme le topo risible de M. Chérix, sur les : « 33 violations du droit du Conseiller fédéral Blocher ».
       
      Sur la question des moyens financiers, je ne vois pas le problème. Naguère le parti radical était financé par le « radicalisme des affaires » c’est-à-dire le Vorort, etc. Il avait donc une supériorité écrasante. Puis le radicalisme des affaires s’est planté, notamment dans l’affaire Swissair, et une nouvelle génération d’entrepreneurs, comme Blocher, est apparue.  Le radicalisme a donc perdu son privilège, qui ne choquait personne à l’époque. Et de toute façon, au point de vue déséquilibre des moyens financiers j’aimerais savoir comment vous justifiez que la SSR, monopole public, soit confiée à un idéologue de gauche euroturbo (de bonne famille mais quand même) pour faire de la propagande anti UDC avec l’argent public, et pourquoi il n’existe pas un seul grand quotidien en Suisse qui représente une opinion politique proche de la mienne. Alors que le mainstream est très proche de vos opinions à vous. Il y a un biais idéologique massif des médias dans notre pays en faveur de la gauche, pro-européen et anti UDC. C’est CELA l’anomalie.

    • @Curieux :
      Vous faites des diatribes tellement longues qu’il n’est pas possible de répondre à tout sauf à se lancer dans des romans-fleuve…
      Je me contenterai donc d’un point. La presse serait donc selon vous uniformément dans la ligne à laquelle vous et l’UDC vous opposez. C’est trop simpliste ! Il y a des journaux de droite libérale (comme Le Temps), d’autres proches des radicaux (24 heures par ex.), d’autres à gauche (le Courrier). On est très loin d’une uniformité. IL n’y a pas de journaux pour représenter les idées de l’UDC… ? Peut-être, mais cela s’explique parce que les extrêmes ont toujours mal été représentées dans les milieux journalistiques qui se reconnaissent plutôt dans la droite libérale ou la gauche modérée. De tout temps, l’extrême-droite a été obligée de créer ses propres journaux…. ce n’est pas un phénomène nouveau.
      La TSR pencherait à gauche ? Oui, un peu… mais il ne faut pas exagérer non plus. Elle est aussi un fidèle reflet d’un conservatisme de la société libérale actuelle dans laquelle la gauche et les écologistes ne se reconnaissent pas bien. C’est une forme de gauche-caviar qui domine… alliée aux libéraux… Elle ne résume pas, loin s’en faut… la gauche.
      Si l’UDC n’a pas « sa presse », elle bénéficie par contre des faveurs de la presse de caniveau (20 minutes et son énorme diffusion, le Matin et sa présence le dimanche) qui parle d’elle plus souvent qu’à son tour et surtout thématise sur les questions montées en épingle par l’UDC. Avec de pareils alliés objectifs, l’UDC n’a plus besoin d’avoir sa presse…
      Tout cela pour dire que l’argument blochérien consistant à défendre son arrosage par millions par une presse « de gauche » n’est que poudre aux yeux, manipulation éhontée et mauvaise foi. Au moment des élections et votations, il n’en reste pas moins qu’un parti (dirigé par des milliardaires et multimillionnaire alémaniques) bénéficie de plus d’argent que tous ses rivaux réunis pour diffuser ses idées. La Suisse est une république bananière…

    • à @curieux, même si j’aimerais bien que d’autres commentateurs contribuent, puisque nos positions politiques très divergentes sont claires.

      D’abord vous avez le droit évidemment de dire et de penser« Tout ce qui est exagéré est insignifiant. » , mais l’attribuer à Talleyrand est dangereux, car d’une part la citation n’est pas exacte et ignore complètement son contexte, mais d’autre part s’il est un homme très célèbre, dont deux siècles après, les pensées, les actions, les contradictions et le double jeu donnent lieu à des interprétations très différentes, c’est bien Talleyrand.

      Ensuite vous avez raison de dire qu’il y a notamment au parti socialiste suisse des illuminés dangereux, que j’exècre aussi et qui sont tout aussi à marginaliser que l’extrême-droite. Seulement ils sont une petite minorité dans le parti. En revanche l’UDC, en une génération, a complètement changé : l’extrême-droite, notamment d’origine zurichoise, a pris le pouvoir du parti suisse, a imposé son venin à tout le parti et elle y maintenant très nettement majoritaire. Ne pas vouloir le reconnaître, c’est nier une évidence, et aucune discussion n’est possible.

      Alors sourions pour finir..  auriez-vous oublié cette citation de Talleyrand, dont s’inspire bien l’UDC blochérienne ? « Agiter le peuple avant de s’en servir, sage maxime »

    • moor, cette fois je vais faire un effort de concision.
      D’accord la presse suisse n’est gauchisante que modérement. Je préférerais qu’elle soit carrément de gauche, très à gauche. Ce serait moins dangereux. Quant à l’absence de presse de droite… évidemment, si vous pensez que Le Temps est un organe de droite,  quoique de droite libérale, alors c’est que nous voyons les choses de deux points de vue diamétralement opposés.
      Ma définition de la droite: opinion consistant à défendre fermement les valeurs traditionnelles, à ne pas croire au progrès et ne faire aucune concession aux idéologies révolutionnaires, qu’elles qu’elles soient, car en leur nom il a été commis trop de crimes au cours de l’histoire. Une droite qui n’est pas conservatrice ni attachée aux traditions et au patriotisme n’est pas la droite. Le libéralisme n’est pas de droite. Le fascisme est ambigu et il appartient plutôt à la gauche malgré les apparences, car s’il pactise avec le conservatisme il doit beaucoup à diverses idéologies révolutionnaires. (Je pourrais développer ce point mais ce serait trop long.)
      De mon vivant, je n’ai connu qu’un seul et unique quotidien en Suisse romande qui méritait d’être qualifié de droite: Le Nouvelliste, du temps du regretté André Luisier. La chose regrettable c’est que c’était un journal régional. Il n’existait donc aucun organe national représentant cette opinion. Depuis qu’André Luisier, cet homme de conviction, s’est ruiné pour sa danseuse: le FC Sion, et que Le Nouvelliste a été émasculé, il n’existe plus un seul journal de droite en Suissse romande.
      Je sais bien que pour vous la droite s’appelle extrême droite et le centre gauche s’appelle la droite. Donc nous ne pourrons jamais tomber d’accord. Mais c’est un plaisir de discuter avec vous.

    • @Curieux :
      En somme, tout le monde est à gauche, sauf l’UDC…

    • moor, vous l’avez assez bien dit. Au fond c’est ça.
      Il y a bien quelques rarissimes hommes et femmes de droite dans d’autres partis, mais toujours isolés et jamais représentés par la direction de leurs partis. L’establishment de tous les partis, sauf l’UDC en effet, craint comme la peste d’être taxé de conservatisme et tous se sont mis à plat ventre devant le progressisme européiste du mainstream. Tous, au fond, ont accepté la vision du monde post soixanthuitarde.
      C’est bien ce qui explique le succès de l’UDC. La masse du peuple est restée conservatrice. Constatant que la classe politique a tourné le dos au sentiment des valeurs traditionnelles et du patriotisme, les gens n’ont d’autre choix que de se tourner vers le seul parti conservateur.
      Ca a été mon cas, venant de la démocratie chrétienne. Ca a été le cas d’une multitude de gens venant de tous les partis et de tous les milieux.

    • Merci Bravissimo. Voir ce qui c’est passé ces derniers jours à Spreitenbach (la mal nommée Balkan-City avec 51 % d’étrangers sur 10’000 habitants) où le syndic PLR a démissionné parce que lui et sa famille ont été menacés par des téléphones et lettres anonymes suite à sa déclaration publique qu’il considérait les étrangers de sa commune aussi comme des « Spreitenbacher ». (Voir NZZ online) Ces anonymes sont les électeurs typiques de l’UDC. 

  • « Cherix et Nordmann espèrent le salut par un grand débat institutionnel. DP le voit dans la marginalisation de l’UDC. A chacun son utopie créatrice. »

    Le terme de marginalisation peut faire peur, mais il correspond bien à ce qui est nécessaire si on désire effectivement battre l’UDC. On peut dire les choses en les prenant dans l’autre sens: il faut favoriser une union des partis du centre contre l’UDC. Pascal Décaillet sermonnait l’autre jour Murat Alder devant Christoph Blocher, en lui disant en substance que l’ennemi du PLR, c’est le PS, pas l’UDC. C’est le point central de tout ce combat. Les Décaillet, Barraud, Miauton, Péclet et Romain de ce monde veulent unir l’UDC à la droite modérée contre le PS et les Verts. Tout en s’en défendant vivement, ils travaillent ainsi pour l’UDC. De la même manière, les Cédric Wermuth de gauche qui, tout en attaquant l’UDC, agonissent le PLR et réclament le dépassement du capitalisme, font aussi le lit de l’UDC. Parce que l’ennemi de l’UDC, ce sont tout à la fois le PLR, le PS, le PDC et les Verts. L’UDC travaille sans relâche au discrédit du Parlement et des institutions fédérales en général, auxquelles il entend se substituer comme une sorte de gouvernement alternatif et « réel », en opposition violente à la Berne corrompue et affairiste. Le PLR, qui est historiquement le maître d’oeuvre de ces institutions, devrait s’en inquiéter et cesser de désigner le PS comme responsable de tous les maux. Le PS, qui a façonné, lui aussi, une bonne part de ces institutions, ferait bien de dépasser le clivage historique et appeler la droite modérée au combat contre leur ennemi commun. L’UDC n’est pas l’ennemi des partis seulement. Il est l’ennemi de la Suisse telle que nous la connaissons, la Suisse stable, un peu lente certes, mais stable, démocratique, prospère, neutre. Alors qu’on la désigne sous le terme de marginalisation ou autrement, il est certain que la défaite de l’UDC passe par une union des autres partis du centre. En laissant l’UDC « dans la marge ».

    • David Laufer, pourquoi tant de haine? L’UDC est l’ennemi de la Suisse écrivez-vous. Désolé mais je constate le contraire. Même si l’on n’apprécie pas tel ou tel aspect, ou le ton de la politique UDC, personne ne peut contester que sans l’action déterminée de ce parti nos politiciens auraient déjà réussi à vendre la Suisse à l’UE. Il n’y aurait plus de Suisse.

      Il est donc rigoureusement impossible de dire que l’UDC est l’ennemie de la Suisse, puisque la Suisse sans l’UDC n’existerait plus.

      Vous parlez de « la Suisse stable, un peu lente certes, mais stable, démocratique, prospère, neutre » et vous pensez que cette Suisse là est menacée par l’UDC. Vous n’y êtes pas, cette Suisse là n’existerait plus depuis longtemps sans l’UDC. On aurait une province européenne qui aurait peut-être gardé certains traits de caractère décrits par vous, mais comme elle serait submergée, étranglée par les problèmes européens, monétaires notamment, sa capacité à résister au broyeur européen serait nulle. La stabilité, la lenteur ne seraient plus pour elle que les qualités des veaux qu’on mène à l’abattoir, ou des poulets qu’on plume. 

      Bien sur, en même temps qu’elle a maintenu la Suisse comme nation souveraine capable de s’auto déterminer et échappant à l’infernale dictature européenne, l’UDC a aussi infléchi la politique suisse dans un sens plus droitier, qui vous déplaît. Mais libre à vous de militer pour un mouvement qui défende sans concession la Suisse neutre, s’oppose fermement à l’annexion par le machin bruxellois, et à l’intérieur suive une ligne plus libérale et plus sympa.

      Vous passez complètemenrt sous silence le fait que, si l’UDC a en effet droitisé le ton politique en Suisse, c’est principalement de la faute des forces plus centristes et progressistes qui toutes ont abandonné la Suisse pour sauter sur leurs chaises comme des cabris en criant : « L’Europe, l’Europe, l’Europe ! » Si la démocratie chrétienne, le radicalisme et la sociale démocratie suisses avaient montré un minimum de dignité nationale en s’insurgeant devant les empiètements insupportables de cet empire illégitime sis à Bruxelles, hé bien, la Suisse serait restée indépendante et neutre, mais elle ne se serait pas droitisée.

      C’est la propre faute des modérés et des progressistes si la Suisse, qui par instinct a  refusé le joug, a du se tourner vers un parti droitier.

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