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Cours du franc: la BNS fait son travail

L’instauration d’un cours plancher de l’euro par rapport au franc sera tout bénéfice pour l’économie et la BNS

La BNS s’est enfin décidée à sauver le franc que la spéculation faisait grimper à des niveaux mortels pour l’industrie et les services. A-t-elle trop attendu pour intervenir? Le délai observé aura en tout cas permis aux milieux politiques et économiques de mesurer la gravité de la situation et l’impossibilité d’y faire face autrement que par une action directe sur les taux de change, demandée depuis des mois par le parti socialiste.

Dans ce pays tétanisé par la démagogie de l’UDC, le retournement de Christophe Blocher, réclamant de la BNS ce qu’il avait jusque là violemment combattu, puis celui d’economiesuisse, où les libéraux-radicaux ne sont plus seuls maîtres, auront contribué au changement. La BNS achètera donc de l’euro chaque fois que quelqu’un sera prêt à en vendre à moins d’1.20 franc. A-t-elle les moyens de résister à des attaques massives? Certainement, car elle peut créer des francs suisses en quantités illimitées, contrairement aux pays déficitaires qui doivent, pour prévenir une baisse aggravée de leur monnaie, vendre leurs réserves en devises, par définition limitées.

Ces émissions massives de francs vont-elles provoquer une inflation? Le risque est mineur, pour une raison évidente: les francs qu’achètent les spéculateurs ne serviront pas à payer des achats en Suisse mais simplement à constituer une réserve, dans l’attente d’une hausse des cours. Par ailleurs, ces mêmes francs ne peuvent pas influer sur le marché suisse des capitaux, puisque le taux d’intérêt auquel se refinancent les banques se situe au niveau zéro.

On a beaucoup évoqué l’expérience similaire de 1978, quand la BNS a amarré le franc au mark allemand. En oubliant que l’inflation qui s’en est suivie n’avait rien à voir avec l’émission massive de francs pour financer l’achat de marks, d’ailleurs bien vite résorbée. En effet, cette inflation était importée, due à une forte surchauffe chez nos partenaires économiques. Tant que le cours du franc montait, la hausse des prix des biens importés de ces pays était compensée par la baisse des cours de leurs monnaies. Cette baisse des cours une fois stoppée, la hausse des prix des biens importés s’est répercutée dans notre pays.

La récente décision de la BNS est donc parfaitement fondée. Les risques d’une reprise de la spéculation sont d’autant moindres que la détermination de la BNS est plus convaincante et inspire davantage confiance. L’appui du Conseil fédéral, du Parlement, des partis politiques et des milieux économiques y contribuent largement. Reste que le taux de 1.20 franc par € est trop bas. On peut donc supposer que la BNS a décidé de procéder par étapes: montrer qu’elle est en mesure de fixer un taux minimum de l’euro et s’y tenir avant de passer, dans un second temps, au taux de 1.30 ou 1.40, plus proche de la parité économique et surtout impératif pour assurer la survie de branches de notre industrie d’exportation et de nos prestations de services offertes à l’étranger. La logique de cette seconde étape, inévitable, pourrait d’ailleurs suffire à amener les marchés à se rapprocher de ces taux sans même que la BNS ait besoin d’intervenir.

Enfin, cerise sur le gâteau, la hausse de l’euro – et celle du dollar – améliorera les comptes de la BNS. Que fera-t-elle des euros achetés? Rien espérons-le, tout comme elle ne fait rien des 200 milliards de francs suisses livrés ces dernières semaines. Certes, elle pourrait gagner beaucoup plus en les prêtant à la Banque centrale européenne, voire à la Grèce ou au Portugal, mais à quels risques? La BNS n’a pas pour vocation de financer les dépenses publiques, comme font semblant de le croire certains responsables des finances cantonales. Les revendre quand le franc aura baissé suffira déjà à l’enrichir.

Voir aussi sur ce sujet le commentaire d’André Gavillet et l’analyse de Jean-Pierre Ghelfi
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