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BNS et taux de change: notes sur quelques implications politiques

Le contrôle du taux de change ne se limite pas à un problème technique

Photo artemuestra (licence CC)
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La décision est technique sans être dépourvue d’ambition. L’euro aura un cours plancher: il vaudra désormais au minimum 1.20 franc suisse.

Cette position sera tenue par la Banque nationale suisse (BNS) avec des moyens illimités. Illimités? Cet adjectif n’évoque pas les réserves de la Banque nationale mais la détermination de sa direction.

Note 1

Techniquement, l’efficacité de la mesure est liée à l’absence actuelle de rendement des placements en francs suisses. A défaut de rendement, les spéculateurs pouvaient compter en revanche sur la plus-value du franc. Même phénomène que pour l’or. En bloquant le franc, la BNS stoppe la spéculation sur la monnaie. Mais l’investissement dans l’immobilier demeure attirant. On constatera à ce sujet que la Suisse ne dispose pas d’un impôt sur les plus-values mobilière et immobilière. S’il existait, efficace, il aurait en partie calmé le jeu spéculatif. Cette thématique doit être rappelée avec force. La Suisse se distingue en éludant cet impôt. Une singularité inégalitaire.

Note 2

La spéculation sur la monnaie est, entre toutes, parasitaire. Car elle est, sur le travail, un prélèvement qui ne s’affiche pas. Une surcharge de 20%, c’est ce que les salariés n’obtiendront jamais dans leurs revendications les plus audacieuses, les plus folles, les plus dures. Le manipulateur de trésorerie, lui, l’obtient en toute discrétion. Simple question de chiffres.

A ce détournement devrait être opposé un front uni des partenaires sociaux. Or la réaction patronale a été mitigée. Le report immédiat du surcoût du franc fort sur les ouvriers et le nombre d’heures travaillées par eux n’a pas été désavoué après le défi provocant de Lonza. Certains patrons ont facilement à la bouche le mot «délocalisation».

C’est une occasion rare de discuter l’intérêt commun des partenaires sociaux. L’enjeu se situe bien au-delà des points débattus lors du renouvellement des conventions collectives.

Note 3

La décision technique a été prise par la BNS. Mais on ne peut ignorer le rôle du Conseil fédéral et du Parlement. Il a été décidé l’octroi d’un soutien aux secteurs touchés. Ainsi présenté, ce geste a les apparences d’un lot de consolation. Le Parlement choisira avec beaucoup d’éloquence le rouleau de papier-cadeau. Or, on attend des autorités politiques la condamnation ferme de la spéculation sur les monnaies. On attend aussi que soit mise au point une «taxe Tobin». Techniquement, elle ne pose aucun problème, pas plus que le prélèvement d’une commission destinée à rétribuer les banques pour avoir mené à bien telle ou telle opération.

Note générale

La mesure de précaution prise par la BNS est un geste technique réussi. Lui manque son interprétation et son prolongement politiques, à savoir la condamnation de la spéculation, le renforcement du partenariat social, la maîtrise de nos relations financières par des choix politiques. La Suisse, vu le contentieux important qui l’oppose à ses voisins, notamment la taxation des personnes morales, aurait un intérêt prioritaire à régler ce différend avant qu’elle ne le fasse sous la menace. A régler avant de prétendre accrocher le franc à l’euro!

Voir aussi sur ce sujet l’analyse de Jean-Pierre Ghelfi et l’explication de Lucien Erard
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Discussion

  • Vous condamnez l’absence d’impôt sur les gains mobiliers (et immobiliers). Or, l’impôt sur le gain immobilier existe bel et bien et dans nombre de cantons.

    L’impôt sur les gains mobiliers n’existe certes pas, mais un impôt sur la fortune est prélevé. Dans plusieurs pays, dont les Etats-Unis, il n’y a pas d’impôt sur la fortune mais un impôt sur les gains de fortune. Ce dernier rapporterait beaucoup moins que l’impôt sur la fortune, car si les gains en capital sont imposables, les pertes sont alors déductibles.

    Votre texte est donc inexact ou lacunaire, au choix…

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