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L’écume des jours

La campagne électorale ne permet pas de se forger une opinion politique

icone auteur icone calendrier 26 août 2011 icone PDF DP 

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Les partis ont beau adopter de copieux programmes en vue des élections, c’est pourtant l’actualité immédiate qui dicte l’agenda politique. Et les dossiers importants pour l’avenir du pays restent dans l’ombre.

Lorsque se confirme la catastrophe de Fukushima, personne ne doute que le dossier nucléaire va marquer la campagne électorale. La régulation bancaire, qui a retenu l’attention de l’opinion durant des mois, passe à l’arrière-plan et l’UDC se trouve quelque peu empruntée avec sa campagne xénophobe. Puis vient la montée vertigineuse du franc suisse qui balaie les préoccupations énergétiques. Conseil fédéral et partis montent au front avec leur arsenal de propositions. Une autre événement majeur s’imposera-t-il encore d’ici le 23 octobre?

Les médias vivent de l’actualité brûlante, de la rotation rapide des informations. On ne saurait le leur reprocher. Mais les partis doivent-ils pour autant se conformer à ce rythme, réagir au quart de tour en sautant constamment d’un thème d’actualité à l’autre comme dans une course-poursuite? Le risque est grand que le corps électoral se détermine au hasard d’un événement et non sur la base de projets à traiter lors de la prochaine législature.

Seule l’UDC a trouvé la parade… en faisant de la présence étrangère la cause de tous les problèmes du pays. Elle a même poussé le charlatanisme jusqu’à ériger le frein à l’immigration en rempart contre le développement de l’énergie nucléaire. Or accepter, même marginalement, d’agir sur ce terrain ne permet pas de contrer cette fixation sur un bouc émissaire tous usages – le degré zéro de la politique.

Les électrices et les électeurs attendent des partis et des candidats des réponses aux problèmes qui les préoccupent sur la durée et non seulement des réactions à l’actualité. Or à cet égard la campagne électorale reste singulièrement discrète. Quelques exemples.

L’aménagement du territoire est une tâche publique primordiale pour l’avenir d’un pays densément peuplé. Focaliser l’attention sur l’immigration, c’est délibérément ignorer les lacunes de la politique actuelle. Surdimensionnement de la superficie des zones à bâtir et dispersion de l’habitat, avec les problèmes de trafic et les coûts d’équipement ainsi induits, laxisme des cantons dans l’application du droit et compétences trop importantes attribuées aux communes peu préoccupées de l’intérêt général. Qui préconise un rôle plus marqué de la Confédération dans la planification territoriale, un prélévement de la plus-value liée au dézonage, une réduction des zones à bâtir conforme aux besoins objectifs?

Le Parlement débat depuis des années de la réforme de l’assurance-maladie, sans parvenir à un résultat. Qui s’engage à introduire enfin les réseaux de soins et à discipliner une concurrence entre les caisses qui ne profite pas aux assurés?

Le financement des assurances sociales n’est paraît-il pas assuré à long terme. A part des réductions de prestations et des augmentations de cotisations, qui propose la réorganisation d’un système complexe, touffu et pourtant parfois lacunaire ? Qui défend un financement tout à la fois durable et qui n’alourdisse pas plus le coût du travail?

Le Conseil fédéral, suivi jusqu’à présent par la Chambre du peuple, a décidé de clore le chapitre nucléaire. Qui propose les moyens concrets de cette sortie et qui évalue les investissements nécessaires et les coûts pour le consommateur?

La Suisse, géographiquement, historiquement et économiquement, est européenne. Ses relations avec l’Europe ont emprunté une voie qui paraît aujourd’hui difficilement praticable. Qui propose un cheminement différent, un calendrier pour le réaliser?

On pourrait multiplier les exemples. La campagne électorale ne bruit d’aucun de ces dossiers au sujet desquels citoyennes et citoyens devraient pouvoir se faire une opinion avant de choisir leurs représentants. Elle surfe sur l’écume des jours et néglige la substance quotidienne de nos vies. Cette absence nuit au fonctionnement de la démocratie. Restent les instruments de la démocratie directe en guise de lot de consolation. Une sorte d’exercice de rattrapage pourtant bien insuffisant.

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Discussion

  • 1
    Lecoultre says:

    Bonnes constatations ! Seront-elles comprises et en tiendra-t-on compte ?
    On dirait de plus en plus que les Suisses sont fatigués de la démocratie.
     

Les commentaires sont fermés.