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Les cent jours de l’épargne-temps

Le temps libre est toujours une revendication d’actualité

La réduction de la durée du travail n’est plus la revendication porteuse et première. Pourquoi, demande Jean-Claude Rennwald (dans L’Evénement syndical, 23.2)? L’histoire du mouvement syndical est pourtant illustrée par les conquêtes du temps libre. Au dimanche, temps de repos imposé comme un commandement par les religions monothéistes, s’est ajoutée une deuxième journée, en quelque sorte laïque.

Les heures travaillées par semaine affichent les revendications: la semaine de 48 heures, qui fait partie (point 4) du mot d’ordre du Comité d’Olten lors de la grève de 1918; puis, emblématique, la semaine de 40 heures (5 x 8), qui n’est pas encore entrée en force dans toutes les professions.

35

Les socialistes français pensèrent pouvoir prolonger de manière irréversible le mouvement de réduction du temps de travail. Ce furent les 35 heures, qui sont toujours l’objet d’un affrontement avant tout politique. Les uns leur attribuent le mérite d’avoir permis de créer des milliers d’emplois, les autres les rendent responsables d’un plafonnement des salaires, cause de stagnation de la consommation intérieure. L’appréciation demanderait une analyse sans préjugé partisan. On notera par exemple que, pour les grandes sociétés, l’application des 35 heures fut l’occasion de négociations entre patronat et comités d’entreprise utiles aux deux parties.

Mais la loi des 35 heures ne créa pas hors des frontières françaises une émulation; au contraire on observa une méfiance patronale renforcée. Tel fut le cas en Suisse. Christiane Brunner, négociant au nom de la FTMH le renouvellement de la convention collective avec l’industrie des machines s’efforça d’obtenir qu’en échange d’une plus grande flexibilité soit franchie la limite des 40 heures. Le refus fut catégorique, inébranlable.

Vacances

L’élargissement du temps libre demeure une revendication justifiée. Car il faut prendre en compte non seulement l’amélioration de la productivité, mais la pénibilité accrue du travail, notamment engendrée par les techniques informatiques, la longueur des déplacements domicile – lieu de travail.

Lors de diverses négociations, le patronat s’est montré ouvert à l’élargissement des vacances. Dans les grandes conventions collectives est reconnu le droit à cinq semaines de vacances pour tous, porté à six semaines dès cinquante ans.

Les vacances ont l’avantage de la souplesse, n’étant pas obligatoires à date fixe comme les jours fériés. Leur coût est variable selon les types de production et de prestation. 100% quand le service doit être assuré 24 heures sur 24; coût réduit quand le travail peut être réparti entre les équipes restantes; coût minime quand le ralentissement est général et la demande faible, lorsque les vacances paient les vacances.

Epargne-temps

Imaginons que la sixième semaine soit généralisée! La possibilité d’épargner cette semaine pour obtenir un congé significatif dans un délai déterminé devrait être revendiquée pareillement. Après six ans, le congé serait de trois mois (6 + 6 = 12). Il serait laissé à la libre décision de l’ayant-droit; il pourrait aussi être encouragé par l’employeur (formation continue, séjour linguistique, etc.).

L’épargne-temps, que DP défend avec conviction, est l’objet de critiques diverses. Les entreprises sont obligées de provisionner le montant correspondant au salaire dû ou de verser cette somme à une institution indépendante reconnue par les syndicats. Cette précaution est indispensable si l’on ne veut pas entraver la liberté du salarié bénéficiaire; à défaut, il serait soumis à une fidélité forcée. Enfin, le choix de la prise de congé doit convenir aux deux parties. Au salarié en fonction de son projet, à la direction selon les contraintes de l’organisation.

Le dépassement du salariat

Il faut être lucide sur les difficultés de réalisation de tels projets. La droite ne veut pas, par la loi, augmenter le droit aux vacances. Voir l’échec récent au Conseil national de la motion de Buman. Les secteurs faiblement syndicalisés ont d’autres priorités et dans les entreprises les plus avancées, les salariés en majorité préféreraient jouir immédiatement de la semaine conquise.

Pourtant l’épargne-temps, couplée à une augmentation du droit aux vacances, est de nature à ouvrir les choix d’autonomie. Dans une société où il faut s’adapter à de nouvelles pratiques, à l’évolution des marchés, l’épargne-temps permet de ne pas subir, mais de diriger sa carrière professionnelle.

Syndicalement, c’est un nouveau champ de négociation. Individuellement, c’est une possibilité de choix, une liberté neuve. Entre la fin de la formation et la retraite, il y a places (au pluriel, car on doit concevoir trois congés dans une vie professionnelle) pour des projets personnels, désaliénés, libérant de la condition salariale.

Revendiquer un droit nouveau: le congé des cent jours.

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