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Et si les déplacements en voiture avaient atteint leur pic?

Le financement de la mobilité ne doit pas reposer sur une vision dépassée de la réalité

Dans le débat sur le financement des infrastructures de transports, Doris Leuthard et ses nombreux contradicteurs partent de la même hypothèse de travail: les déplacements dans leur ensemble vont inévitablement augmenter. En voiture individuelle comme en transports publics. La seule question à résoudre serait de savoir comment répartir la facture des nouvelles infrastructures entre les utilisateurs et l’ensemble des contribuables (DP 1899).

Or, contrairement aux idées reçues, nous avons peut être déjà atteint le «pic» des déplacements en voiture. Les kilomètres parcourus en voiture ont constamment augmenté pendant le XXe siècle, période de guerre exceptée. Mais, depuis le début du XXIe, la tendance est plutôt à la stabilisation. Ce constat – qui concerne non seulement le nombre de kilomètres parcourus par personne mais également les déplacements en voiture dans leur ensemble – vaut pour les pays que l’on décrivait comme les plus riches, des Etats-Unis à la Suède, de la Grande-Bretagne au Japon. Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique montrent que la tendance est identique en Suisse.

Quelle est l’explication d’un désintérêt pour la voiture qui dépasse les frontières nationales? Sur le blog de FreakonomicsDP 1845), l’économiste des transports Eric Morris avance plusieurs hypothèses.

L’explication qui vient naturellement à l’esprit tient au prix du pétrole: s’il joue sans doute un rôle (plus nous payons, moins nous nous déplaçons), ce critère ne suffit pas à lui seul à expliquer une tendance qui a commencé avant les plus récentes flambées du baril de brut et qui semble indépendante de ses variations.

Quels sont les points communs entre les pays où le trafic automobile est stable, voire recule? D’abord – et la Suisse n’échappe pas à la règle -, les infrastructures sont vieillissantes. Compte tenu de la surcharge du trafic, le bénéfice du déplacement est parfois si faible qu’il n’en vaut plus la peine. Qui imaginerait aujourd’hui de faire un trajet en voiture pour le plaisir entre Lausanne et Genève? Autre explication: la stabilité du nombre de voitures en circulation et celle du… pourcentage de femmes qui travaillent. Enfin, nous aurions atteint un «plafond» dans le temps que nous consacrons à nos déplacements par rapport à nos autres activités. Se déplacer n’est pas toujours vécu comme une obligation – cela peut être un temps pour soi bienvenu entre vie professionnelle et vie familiale –, mais au-delà d’une heure quotidienne et dans les embouteillages, cela le devient. Parmi les explications plausibles, on peut également citer le développement du travail à domicile grâce aux nouvelles technologies et le vieillissement de la population.

Comme le relevait le conseiller d’Etat vaudois François Marthaler dans son commentaire d’un précédent article sur le site de DP, il est probable que des mesures ciblées prises par les autorités en matière d’aménagement du territoire, comme celles qui sont prévues dans le projet d’agglomération Lausanne-Morges(PALM), puissent renforcer cette tendance.

Difficile de savoir par contre si des mesures pour encourager l’utilisation des transports publics, notamment par l’octroi de tarifs très avantageux, sont encore nécessaires. Beaucoup des automobilistes qui pouvaient renoncer à leur véhicule pour le train l’ont déjà fait. Et les transports publics favorisent également des déplacements qui auraient été effectués à pied ou auxquels l’usager aurait sinon renoncé: tel est typiquement le cas du M2 lausannois – ce qui n’ôte rien à son opportunité. La saturation de certaines lignes est toutefois telle que des investissements importants sont indispensables car là le pic est loin d’être atteint.

La proposition de Doris Leuthard de faire passer les usagers à la caisse est critiquée y compris par son président de parti. La Commission des finances du Conseil des Etats vient de réagir en se félicitant du débat politique. Mais avant d’ouvrir les vannes budgétaires et de décider qui doit passer à la caisse, il serait opportun de bien cibler les mesures à prendre.

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