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La monnaie de notre pièce

Ce n’est pas le marché mais la politique du Conseil fédéral qui détermine le cours du franc suisse

Le franc suisse est trop cher pour qui l’achète en euros. L’industrie d’exportation, le tourisme se disent pénalisés par un surcoût. Mais le phénomène semble hors de portée d’une intervention volontaire et efficace. La Banque nationale (BNS), qui s’y est risquée, a essuyé des pertes lourdes de 25 milliards.

En revanche, de tous nos secteurs économiques, les banques ne sont pas gênées par la hausse du franc. Au contraire. Les placements en francs sont, et traditionnellement ont été, une occasion de plus-value, qui compense le faible rendement des titres suisses.

Pas connu du fisc de son pays

Or, l’image de la Suisse-refuge, du franc forteresse a été ébranlée par les offensives américaines et européennes contre le secret bancaire. D’où les efforts de la place financière pour mettre «hors de portée» les capitaux gérés par les banques suisses. La dernière proposition en date étant le projet Rubik. C’est une variante plus poussée (moins passoire) de l’impôt anticipé. D’une part, les capitaux déjà déposés, mais non déclarés, seraient, à des conditions financières négociables, amnistiés; d’autre part, les intérêts des capitaux de nouvel apport seraient soumis à un prélèvement à la source tel que le contribuable n’aurait en gain aucun avantage à les faire gérer en Suisse, si ce n’est la garantie de l’anonymat.

L’Allemagne et la Grande-Bretagne se seraient déclarées ouvertes à une négociation-exploration sur ce modèle. Aucune réaction n’a été enregistrée en Suisse, malgré l’anormalité de la procédure. Patrick Odier, président de l’Association suisse des banquiers (ASB), illustre certes de son portrait photographique la communication du projet Rubik, mais où a-t-on pu lire que le Conseil fédéral avait approuvé un tel mandat de négociation? A supposer que ce choix ait été fait, quelle indignité de considérer comme un enjeu national la préservation de l’anonymat d’un contribuable étranger! S’il ne lèse pas matériellement son pays, pourquoi, pour quelle précaution veut-il demeurer inconnu?

Devises

Secret bancaire et valeur du franc sont évidemment deux problèmes différents. L’un relève du droit international et national, l’autre de problèmes conjoncturels. A juste titre les économistes nous rappellent les vicissitudes du franc. Dans les années 70, par exemple, après le coup de frein brutal de la BNS, les cantons suisses empruntaient à des taux qu’on qualifierait aujourd’hui de portugais.

Mais, en réalité, le franc forteresse et le franc devise forte sont liés par la même conception orgueilleuse de notre rôle comme puissance financière, ou du moins comme gérant d’une part de la fortune mondiale. Or, ce statut est de fait en révision. La BNS n’a pas les moyens d’influencer durablement le marché des changes. Elle ne peut agir que par petites touches. Les grandes banques se découvrent faillibles, comme l’UBS l’a démontré spectaculairement.

Nous avons à nous repositionner sur des objectifs plus modestes, jouant nos bonnes cartes à la loyale. Imaginons (on peut rêver…) que le Conseil fédéral annonce une plus grande ouverture du secret bancaire: le cours de la monnaie baisserait plus vite que sous l’effet d’une injection de francs suisses par la BNS.

Le franc forteresse des banques suisses a un prix que paie l’ensemble de l’économie du pays.

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Discussion

  • 1
    Achille Tendon says:

    Votre fixation sur le secret bancaire n’a d’égale que votre méconnaissance de la clientèle bancaire en général. Celle-ci ne confie pas uniquement son argent aux banques en Suisse dans un but d’occultation de ses biens mobiliers.
    Elle le fait parce que la Suisse représente un îlot de sécurité et de stabilité, tant au plan de sa monnaie que de sa politique. Un simple calcul de rendement sur un investissement en $US depuis 40 ans le confirmera ! Elle le fait aussi pour le respect de la sphère privée d’abord !
    L’étiquette que vous voulez absolument coller à notre pays de refuge complice de l’argent soi-disant non déclaré ne tient pas sur la distance.
    L’OCDE, lancé par ses petits copains américains et européens, s’est aussi lancée dans ce genre d’arguments et visant à introduire des nouvelles législations contraignantes:  un appel de détresse en faveur de tous ces pays incapables de gérer leurs budgets et qui recherchaient à tout prix de quoi remplir leurs tiroirs-caisse avec l’argent soi-disant évadé fiscalement !
    A chaque fois qu’une crise se profile à l’horizon, historiquement l’investisseur bien conseillé cherche des valeurs refuges et à preuve du contraire et depuis 1971, le franc suisse est bien une valeur refuge.
    ET LE COURS DU FRANC SUISSE EST FIXE PAR LE MARCHE DANS SON ENSEMBLE !!!
    Et n’oublions pas, que, malgré tout, la vigueur de notre monnaie a permis d’amortir directement le coup de la hausse des matières premières, notamment celles qui nous servent à la manufacture des biens à l’exportation et a ainsi sauvegardé une grande partie de notre productivité.
    Enfin, à ce jour, AUCUNE banque centrale, ni aucun gouvernement, n’a jamais été capable d’enrayer durablement un quelconque mouvement sur sa propre monnaie!!

  • Un déposant étranger peut tenir à l’anonymat pour éviter, par exemple:
    le chantage
    l’extorsion
    le kidnapping
    la prise d’otage
    le terrorisme, par exemple celui des forces armées révolutionnaires de Colombie, du sentier lumineux, ou naguère, plus près de chez nous (mais ça peut revenir) la fraction armée rouge, les brigades rouges, etc.
    la mafia
    les campagnes haineuses
    l’espionnage économique
    les pressions politiques si son gouvernement l’a dans le collimateur
    la nationalisation
    le fisc confiscatoire
    tout simplement la curiosité malsaine du public ou de certaines personnes
    et il y a encore beaucoup d’autres cas de figure et une infinité de cas individuels dignes de considération, même s’ils passent l’entendement d’un salarié socialiste.
    Quant au franc, on ne pourra pas en aucun cas l’empêcher de monter puisque de toute façon on ne pourra pas empêcher l’Euro de s’effondrer pour finalement disparaître comme l’Union Latine. Il faut donc intelligemment profiter des avantages du franc fort (qui fait baisser le prix des matières premières, des approvisionnements, de l’essence, etc., etc. augment le pouvoir d’achat des Suisses à l’étranger et l’attractivité de nos banques).
    En revanche il est criminel de verser 18 milliards de la fortune du peuple dans le tonneau des danaïdes du FMI. C’est de la forfaiture et devrait être passible d’une haute cour de justice. Il faudrait en outre lancer une initiative pour que tout prêt de plus de 100 millions à des organismes internationaux douteux comme le FMI et autres soit sujet au référendum obligatoire.

  • 3
    Beljean Jean-Jacques says:

    Le secret bancaire n’est pas le sujet du jour, mais bien la hauteur du franc suisse. A mon avis, le fait de ne pas avoir laissé Swissair puis UBS faire faillite a donné un faux signal aux investisseurs et aux spéculateurs : vous pouvez faire de l’argent avec la Suisse : s’il y a le moindre problème, l’Etat helvétique viendra au secours des banques. Donc, investissez sur le franc, vous ferez des profits sans peine et en toute sécurité. Le franc haut n’est pas le signe de la santé de l’économie, mais de la spéculation encouragée par les autorités suisses. Le contribuable suisse paie doublement les erreurs de nos politiques, de gauche comme de droite : en acquittant la facture des dégâts collatéraux des agissements des banques (pertes fiscales) et en péjorant exagérément la situation du franc suisse, donc ce qui fait une grosse ombre à l’économie industrielle.

    Comme libéral, j’avoue que je ne comprends pas ce soutien à une partie de notre économie et pas à l’autre. Dans aucun des cas d’ailleurs. Quand une entreprise se plante, elle disparaît. Oui, bien dois-je me résoudre a penser que la politique économique suisse n’est que gesticulation téléguidée par les grandes banques et que nous vivons dans une économie totalement administrée au profit de certains ?

Les commentaires sont fermés.