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Politique migratoire: Sommaruga pourrait en finir avec une escalade malsaine

Ce que peut et ne peut pas faire la nouvelle cheffe du DFJP

Photo deMolly Steenson
Photo de Molly Steenson (licence CC)

L’arrivée de Simonetta Sommaruga à la tête du département de justice et police devrait marquer la fin d’une époque.

Pendant plus d’une décennie, la politique migratoire n’a été qu’une succession de durcissements des pratiques et des lois. Le mécanisme est bien huilé. L’UDC gonfle son électorat par sa propagande nationaliste et lance des initiatives xénophobes. Pour tenter de contenir le succès de la droite dure, les partis du centre-droit proposent et votent des lois toujours plus sévères. Avec leur complicité, Christoph Blocher prend la direction des opérations contre les étrangers à l’intérieur même du Conseil fédéral, parfois même sans en référer au collège. Avec moins de ruse, mais avec détermination, Eveline Widmer-Schlumpf continue de serrer la vis. Elle nomme un garde-chiourme à la tête de l’Office des migrations (ODM). Cette escalade malsaine reste pourtant sans effet. La nouvelle loi sur l’asile ne tarit pas le flot des requérants et l’UDC continue de piquer des électeurs aux autres partis.

Simonetta Sommaruga n’est pas l’idéaliste au cœur tendre qui voudrait accueillir en Suisse toute la misère du monde. Dans le livre qu’elle a signé avec Rudolf Strahm (DP 1646), elle propose une politique migratoire qui n’est pas alignée sur celle de son parti, mais qui tranche d’avec l’orthodoxie fédérale majoritaire: intégration professionnelle et sociale des étrangers, naturalisations facilitées, contingentement de permis pour non communautaires en formation, souplesse dans la politique de renvoi.

Les personnalités qui ont dirigé le département ont fortement marqué la politique migratoire de leur empreinte. En prenant un autre cap, la socialiste ne sera pas assurée de la même majorité parlementaire que ses prédécesseurs. Mais, comme cheffe de département, elle garde une marge de manœuvre appréciable. Elle peut changer le chef de l’ODM et introduire du pragmatisme et de l’humanité dans l’application des lois.

Prenons deux exemples d’actualité. En appliquant avec aveuglement l’accord sur l’asile passé avec l’Union européenne, l’ODM décide de renvoyer en Italie un policier chinois témoin de prélèvement d’organes qui se sent menacé dans la Péninsule par les services secrets de son pays d’origine. L’accord permet de renvoyer un requérant dans le pays européen de premier accueil, mais ne l’impose pas. Plutôt que de gonfler avec délice les statistiques d’expulsion comme le permet Dublin, l’ODM pourrait oser quelques préoccupations humanitaires. Il pourrait aussi accepter, second exemple, que l’ingénieur équatorien formé et installé en Suisse avec sa famille puisse rester chez nous et occuper l’emploi que lui offre une entreprise vaudoise vainement à la recherche d’un autre candidat qualifié.

La nouvelle conseillère fédérale n’aura pas la tâche facile lorsqu’elle devra défendre le nouveau tour de vis à la loi sur l’asile déposé devant le Parlement par Eveline Widmer-Schlumpf. Sommaruga ne suivra pas l’exemple de Christoph Blocher, modifiant un projet à l’insu du Conseil fédéral: elle ne fera pas cette entorse désinvolte à la collégialité gouvernementale et à la procédure parlementaire. Mais elle peut négocier avec les parlementaires, cette fois dans le but d’atténuer les rigueurs du projet. L’acceptation par les deux Chambres de la motion genevoise en faveur de l’apprentissage des jeunes sans-papiers montre que le Parlement n’est pas – ou n’est plus – fermé à un assouplissement de la politique migratoire. Le projet Widmer-Schlumpf prévoit, entre autres, des délais si serrés qu’ils interdisent pratiquement tout recours aux requérants déboutés. Or c’est un droit fondamental garanti à chaque être humain par l’article 29 de la Constitution fédérale et par l’article 13 de la Convention européenne des droits de l’homme. Cette disposition liberticide pourrait bien passer à la corbeille… si la représentante du Conseil fédéral ne s’acharne pas trop à la soutenir!

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Discussion

  • C’est ça qui serait bon pour nous autres de l’UDC. Alors que partout en Europe, les opinions se durcissent contre l’afflux des surplus de population des pays faillis du tiers monde, un coup de pouce socialiste en sens inverse, ne peut que nous amener au-dessus de la barre des 30%.

    Widmer-Schlumpf avec sa rigidité face à l’acteur principal de « La Forteresse » par exemple, nous faisait incontestablement de l’ombre… Avec Simonetta, c’est la préférence étrangère qui signe son grand retour! Pas très bon pour le PS, en revanche…

  • Voire…
    La politique de l’UDC en matière de sécurité, ce sont surtout des hauts cris. De manière générale, ce parti ne propose que des façons d’intervenir après les délits et les crimes, en punissant plus durement ou en expulsant systématiquement. Mais si la sévérité des peines était dissuasive, cela se saurait… (au Texas, par exemple).
    Alors, il reste une intéressante marge de manoeuvre à Mme Sommaruga pour montrer qu’il est aussi possible de prendre la question avec plus d’intelligence et d’anticipation en mettant en oeuvre des stratégies plus préventives, sans exclure qu’elles soient de l’ordre de la fermeté. Cela pourrait montrer un visage à la fois réaliste, efficace, mesuré et cohérent.
    Tout le contraire de la sempiternelle hurlante du parti aux affiches excessives… qui finira un jour par lasser.

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