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Eros et Thanatos: Houellebecq met en scène la Suisse du futur

Assistance au suicide et prostitution se côtoient dans son roman comme dans l’actualité

L’une des scènes du dernier roman de Michel Houellebecq, La carte et le territoire, se déroule à Zurich. Le père du personnage principal du livre, Jed, a fait appel à Dignitas pour l’assister dans son suicide. Jed se rend dans les locaux très fréquentés de l’association phare d’assistance au suicide qui côtoient une maison close plutôt calme, ce qui fait dire au héros que «la valeur marchande de la souffrance et de la mort [est] devenue supérieure à celle du plaisir et du sexe».

Lorsque Jed apprend que les cendres de son père ont servi de nourriture aux «carpes brésiliennes du Zurichsee» – qui ont proliféré au détriment des ombles chevaliers locaux -, la directrice de Dignitas, qui n’est pas ménagée par le romancier et son personnage, défend son activité: «Nous agissons en parfaite conformité avec la loi suisse»! Tout cela se passe peu avant la faillite du Crédit Suisse…

Houellebecq aime l’anticipation légère. L’action de ses romans se déroule souvent dans un futur éloigné de 10 à 20 ans après leur parution. L’écrivain controversé ne pouvait en l’occurrence pas mieux tomber.

Le Conseil fédéral annonce une règlementation de l’assistance au suicide. Les organisations d’assistance au suicide comme Dignitas ou Exit pourront poursuivre leurs activités mais dans le respect de «stricts devoirs de diligence». Le formulaire en suisse-allemand rempli par le candidat au suicide imaginé par Houellebecq verra donc sans doute bientôt le jour.

Quant à la Ville de Zurich, elle envisage la création de «sexbox» pour encadrer une prostitution de rue devenue trop envahissante. Ces places de parc clairement délimitées et pourvues d’un dispositif de sécurité seront destinées à accueillir dans les moins mauvaises conditions les relations tarifées entre les professionnelles et leurs clients.

Les deux politiques sont animées par la même intention: encadrer plutôt qu’interdire. On veut bien d’une société libérale où chacun peut choisir sa mort et accéder aisément à des services sexuels, mais pas au grand jour. Et surtout, il faut que tout cela soit bien organisé! Formulaire en trois pages pour s’assurer que les candidats au suicide ont décidé d’en finir et taille réglementaire de 4m sur 3m de la «sexbox».

Cacher les cadavres et les seins que nous ne saurions voir sera-t-il suffisant pour éviter que la Suisse devienne la destination idéale des touristes de la mort et du sexe? Et pour éviter la faillite du Crédit Suisse? Réponse dans 10 ou 20 ans!

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