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Histoire autobiographique de l’enseignement spécialisé vaudois

Le long cheminement vaudois de la reconnaissance du droit à l’instruction pour les enfants handicapés

Quelle surprise! Dans ce pays où l’enfant naît soldat et “va à l’école”, obligatoire selon la loi, nous n’imaginions pas que le droit à l’instruction puisse être refusé à des catégories d’enfants. C’était dans les années 60, quand nous rédigions les premiers numéros de Domaine Public. Nous découvrions que l’enseignement public est limité à ceux qui, étant dans la norme, sont aptes à en profiter. Donc le droit à l’instruction n’était pas reconnu comme un droit fondamental; il y a cinquante ans seulement, dans un pays où Pestalozzi a sa statue sur les places publiques. Certes des institutions, nombreuses, prenaient en charge les enfants non scolarisés, mais ces actions, souvent admirables de dévouement, étaient de l’ordre de la charité plus que de l’exécution d’une mission de l’Etat.

Christian Ogay, qui fit partie de la première équipe rédactionnelle de DP, a réalisé, dans le canton de Vaud, la mise en œuvre légale et institutionnelle de l’enseignement spécialisé. Il rend compte de cette tâche accomplie dans un livre de mémoire et de réflexion, Leurs droits, malgré tout, aux Editions de l’Aire.

La première personne

Christian Ogay parle longuement de lui-même; ce qu’il est explique ce qu’il fait. L’autobiographie éclaire l’action. Ce parti-pris est pleinement assumé par l’auteur, même typographiquement Les récits plus personnels sont numérotés, 98 sont ainsi recensés. Mais loin de nous égarer, ils ramènent, si l’on peut dire, au sujet!

C. Ogay parle longuement des maladies, graves, qui ont jalonné sa vie. Une d’elles l’a empêché de se présenter dans de bonnes conditions à l’examen d’entrée au Collège classique. Or, le canton de Vaud connaissait à cette époque la plus précoce sélection scolaire. On était admis au Collège classique à 9 ou 10 ans, par concours sur la base d’un examen. L’année suivante, à 11 ans, on pouvait concourir pour être admis au Collège scientifique. Enfin, dernier échelon, venait l’admission en primaire supérieure, préparant à des professions de l’administration, de l’économie, de l’enseignement, notamment à l’Ecole normale formant les instituteurs. C. Ogay suivra cette voie.

Ayant adhéré au parti socialiste, il est frappé  par le discours dominant, celui de l’ouverture de l’Université aux enfants des milieux modestes, de même qu’aux filles. Les “héritiers” doivent faire place à la “méritocratie”, l’ascenseur social doit être accéléré. Mais, même élargie, la voie universitaire ne touche que 10 à 20% de la population scolaire. Quelles améliorations apporter au “grand nombre”? Le choix est proposé d’encourager les pédagogies nouvelles, expérimentales, et aussi d’offrir un cadre mieux adapté aux enfants en difficulté. C. Ogay participe à ces deux actions, et plus particulièrement aux classes dites de développement, jusqu’alors négligées ou sous-équipées.

Enseignement spécialisé

Quand, sous la pression internationale et nationale, vint le moment de donner une base légale et de créer un Service de l’enseignement spécialisé, C. Ogay eut l’occasion d’exercer ses qualités d’organisateur. Deux choses frappent dans le déroulement de cette mise en place. D’une part la résistance de la droite libérale à reconnaître la responsabilité première de l’Etat en ce domaine. D’autre part le refus persistant du département de l’instruction publique d’accueillir cette unité spécialisée.

Avec retard va être mis en œuvre le principe qui veut que l’enfant soit d’abord intégré à une classe ordinaire malgré son handicap. Mais cette règle est exigeante dans son application. Il faut que les soutiens spécialisés puissent intervenir en appui sans subir de résistance sous prétexte qu’ils coûtent ou, pire encore, qu’ils dérangent. D’autre part, l’enseignant spécialisé doit savoir s’affirmer sans esprit de chapelle, apportant dans les classes une autre conception du résultat, de la compétition. Il enseigne, sans morale abstraite, la solidarité.

Avec Leurs droits, malgré tout, Christian Ogay apporte une double contribution. Celle de l’historien qui enregistre, décrit et décrypte des événements de mémoire fraîche, celle du réalisateur qui a tenu son rôle dans le débat et qui a réussi le passage de témoin.

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Discussion

  • Les critères de sélections sont toujours subjectifs en fonction des croyances d’un pays. En exemple, prenons le cas du père du socialisme moderne, si nous lisons ses ouvrages nous trouvons à l’intérieur un discours discriminatoire envers les femmes, une apologie de l’algèbre qui dit que les mathématiques ne peuvent être que des nombres, … En d’autres mots, bien des incohérences et malheur à celui qui contredisait l’une d’elle. La reconnaissance d’un personnage, ne signifie point qu’il fut grand, elle signifie juste qu’il sut plaire à ses contemporains. Les idées n’ont pas de sens en elle-même, elles ont un sens au travers de notre compréhension, et notre compréhension change tout le temps en fonction de nos croyances.

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