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Voler avec un vieux coucou

L’isolationnisme de l’UDC dans le dossier militaire est d’autant plus nuisible que son représentant au Conseil fédéral tient le poste de commandement

Photo de T.M.O.F. Photo de T.M.O.F. (licence CC)
icone auteur icone calendrier 30 août 2010 icone PDF DP 

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L’avion est une espèce mécanique de longue vie, si l’entretien est méticuleux. Le voyageur, pas toujours rassuré, découvre avec surprise les états de service vénérables de carlingues toujours en activité.

Les avions militaires obéissent à la même loi. Ils durent une génération ou plus. Pourtant ils ne sont pas conçus pour mourir de vieillesse. Ils sont avions de chasse ou de combat. Ce n’est pas le confort qu’offre le dernier modèle, mais des chances supérieures de gagner le duel. Dès lors, le renouvellement de la flotte aérienne ou d’une partie de la flotte est présenté avec des arguments non seulement économiques, mais dramatiques aussi: on ne peut abandonner la maîtrise du ciel, comme un charpentier qui renoncerait à couvrir la maison d’une toiture.

Mais, dernière donnée fondamentale, l’avion de combat a un prix exorbitant: le maximum de valeur technologique est enfermé dans un volume minimal. Son financement entre en conflit avec d’autres postes du budget militaire. D’où l’opportunité de faire le pari de la paix, de sauter une génération, de décider que le choix se fera dans vingt ans.

Interdépendance

Le report de l’achat d’avions de combat n’est pas une simple opération de planning, celle de renoncer au dernier modèle. Car les avions exigent des pilotes formés, entraînés. Aujourd’hui déjà cette formation est complétée occasionnellement par des stages à l’étranger. L’interruption des achats pour une génération impliquerait le transfert de la formation avec la collaboration d’un ou de plusieurs pays proches et amis. Donc une négociation poussée et une prise en charge des coûts élevée. Croire qu’on peut purement biffer le poste achats est trop simple. On peut renoncer aux machines, pas aux pilotes.

La négociation avec les pays proches est à la fois urgente et évidente concernant l’aviation. Mais il est quantité de domaines où il serait avantageux militairement de savoir qui fait quoi. Or, ce modeste « désarmement » (le voisin est un ami et non un ennemi potentiel) se heurte à l’hostilité politique de l’UDC.

Neutralité

L’UDC revendique une armée complète, couvrant l’ensemble du pays et dotée de moyens adéquats. Mais l’évolution technologique (par exemple la balistique des fusées à longue portée) et les coûts révèlent que cette armée serait impossible à maîtriser budgétairement et inefficace en tant que modèle réduit. La collaboration réfléchie avec les pays proches est donc inéluctable. Or, elle est bloquée par un parti – placé sans réflexion politique au poste de commandement.

Le report de l’achat d’avions de combat démontre que l’indépendance passe par l’interdépendance. Il faudra du temps et de la persévérance pour la mettre sur pied et définir ses limites. Il n’est pas acceptable que cette orientation historique soit bloquée parce que la prétendue concordance tolère que l’homme qu’il ne faut pas soit à la place qu’il ne faut pas.

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Discussion

  • 1
    Lecoultre Richard says:

    Le camarade U. Maurer se rend compte qu’il est moins facile de gouverner ce pays que d’en dénigrer les politiques et les fonctionnaires. Faisons confiance à l’UDC pour tirer parti de ce marasme et gagner encore des voix aux prochaines élections fédérales.
     

  • J’entends bien les arguments en faveur de l’aviation militaire que sont la protection de l’espace aérien et la capacité sécuritaire indigène à gérer des grands événement (WEF, …). Si on accepte ces missions, combien d’avions sont nécessaires, de quelle génération?
    Je précise ; dans l’exposé ci-dessus, il est mentionné que nos avions doivent avoir la capacité de sortir vainqueurs d’un duel aérien. Hors, il me semble que la confrontation avec un chasseur dernier cri n’appartienne pas au scénario retenu, et je peine à croire que nos braves Tiger + F/A 18 (ils ont coûté assez cher pour ne pas être oubliés!) ne soient pas en mesure d’intercepter un avion de ligne, un avion de tourisme bourré d’explosifs, ou autre. Reste la question des missiles, où le point essentiel est de les repérer tôt, à savoir avant la frontière Suisse…
    Par contre, je comprends bien que la quantité d’avions que nous sommes capables de maintenir en l’air sur une « longue » période soit un critère important. De même, je comprendrais aisément la nécessité d’augmenter la capacité de surveillance du trafic aérien, par exemple avec un avion radar.
    J’ai plus de questions que de réponses dans le domaine militaire. Malheureusement, le flou qui domine la défense, et plus généralement la sécurité, ne m’aide pas particulièrement à avancer. Pourtant, il me semble que ces questions pourraient être dépolitisée en y apportant une réponse neutre et technique (ni des idéologues, ni des industriels donc!). De même, il faudrait une évaluation réelle des possibilités de collaboration internationale, ainsi que leur prix, et ce AVANT d’en débattre!

  • Bonsoir messieurs,
    Je crois qu’il faut relativiser sur son coût: le budget de la défense suisse doit approcher sauf erreur (dîtes moi si je me trompe) les 4 milliards de dollars.
    De nos jours, pour entre 40 et 80 millions de dollars vous avez un excellent avion de combat (de génération 4.5). Otez 2 milliards pour les ressources humaines, il vous reste 2 pour « le reste » qui pourrait représenter par l’absurde entre 25 et 50 avions pour la défense suisse. C’est jouable.
    A mon avis le problème, c’est que on ne peut pas imaginer construire une défense crédible si on n’y investit même pas 1% de son PIB et je crois que c’est le cas pour la Confédération Helvétique, est ce bien cela?
    C’est d’ailleurs le cas de beaucoup de pays européens. Certains s’en réjouissent en y voyant un signe de paix sur la zone Europe.
    Attention toutefois, d’autres puissances voisines font le plein d’armements ces dernières années et le réveil pourrait être douloureux. L’histoire nous l’a montré, souhaitons que cela ne se reproduise jamais…

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