Mode lecture icon print Imprimer

Veau, vache, froment ou quoi?

Cultiver ou élever. Les paysans suisses font plutôt du blé ou du bovin, question de rentabilité et de marchés

Photo de alex.ch Photo de alex.ch (licence CC)
icone auteur icone calendrier 21 août 2010 icone PDF DP 

Thématiques

Les cours du blé flambent sur le marché mondial, mais le bas prix payé aux producteurs suisses les incitent à troquer la culture de céréales panifiables contre l’élevage de bétail. Une conversion radicale qu’il sont de plus en plus nombreux à tenter, à l’exemple de Felix Burri.

Ce paysan de Kloten fait actuellement construire, sur une parcelle de 550 ares, une étable pour 34 vaches et 100 veaux d’élevage ainsi que divers locaux d’exploitation. Le tout représente un investissement de 2,3 millions de francs, qui devrait lui permettre de faire vivre sa famille de quatre personnes.

Felix Burri le sait: son pari est osé, et le risque pris multiple. Avait-il pensé aux campagnes anti-viande qui se développent sous nos latitudes? A défaut, le rappel n’aura pas tardé, sous la forme d’un article également paru dans le Tages-Anzeiger du 14 août, tout juste six pages plus loin que le reportage consacré à sa conversion emblématique. Il s’agit en fait de la recension d’un livre sur le maltraitement des animaux de rente élevés en nombre – de quoi rendre végétarien tout lecteur sensible.

Mais le métier de paysan, traditionnellement difficile, comporte désormais d’autres exigences qu’un savoir faire étendu, un besoin de formation continue, le goût du risque entrepreneurial. Il y faut désormais une fine compétence en matière de comptabilité d’exploitation et un réel talent pour le repérage et la mise en œuvre de sources de revenus complémentaires: ventes directes aux consommateurs désireux de s’approvisionner en dehors des circuits commerciaux, tourisme rural et accueil à la ferme de personnes en mal d’intégration, etc.

Et, par-dessus tout le reste, il faut du courage pour rester sur la terre. Malgré des conditions économiques dégradées par les grands distributeurs, par la concurrence internationale, par la politique agricole. Les paysans observent que la moindre cause de hausse du pétrole, repérée quelque part dans le monde, entraînent, par un enchaînement immédiat, une hausse de l’essence à la pompe. Inversément, quand les cours du blé s’envolent sur les marchés mondiaux malgré l’existence avérée de stocks en suffisance, quand par exemple le boisseau de blé prend plus de 50% en deux mois à la bourse de Chicago, les prix des meilleurs blés suisses poursuivent leur glissade vers le bas, sans frein puisque les prix indicatifs ont disparu depuis 2008. Les prix payés pour les céréales panifiables cultivées en Suisse ont diminué de moitié en moins de vingt ans. Pour couronner le tout, la Confédération a choisi le 1er juillet 2010 pour abaisser une nouvelle fois le droit de douane sur la farine importée. Et comme les transformateurs-meuniers, qui se comportent en cartel efficace, ne cèdent pas un centime de leur marge, la pression extérieure s’exerce à plein sur les producteurs-cultivateurs.

Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner de la diminution des surfaces emblavées. L’offre indigène de céréales panifiables suffit encore à couvrir les besoins des meuneries. Pour combien de temps? Combien de paysans prendront-ils «l’option-viande», dont la rentabilité repose notamment sur l’importation de céréales fourragères à des prix relativement avantageux?

La lutte contre la Suisse comme ilôt de cherté, la garantie d’une alimentation saine produite et vendue à des conditions équitables ainsi que la conduite d’une politique agricole équilibrée semblent des objectifs difficilement conciliables – pour ne rien dire de la question des OGM. De quoi interpeller le PS et singulièrement sa candidate Simonetta Sommaruga, issue des milieux consommateurs et sénatrice d’un canton qui comprend un sixième des surfaces agricoles de toute la Suisse.

De son côté, une fois de plus l’UDC crie Halte à la destruction de l’agriculture suisse, victime de la concurrence européenne, de la bureaucratie de Bruxelles, des distributeurs avides et des consommateurs inconséquents. La moindre des choses pour un parti vert-champ qui arborait un épi de blé sur son drapeau, comme d’autres la rose au poing.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/15131
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/15131 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.