Page d'accueil - 1 Navigation - 2 Aller au contenu - 3 Derniers articles - 4 Recherche - 5 Contact - 6

Veau, vache, froment ou quoi?

Cultiver ou élever. Les paysans suisses font plutôt du blé ou du bovin, question de rentabilité et de marchés

Photo de alex.ch Photo de alex.ch (licence CC)

Les cours du blé flambent sur le marché mondial, mais le bas prix payé aux producteurs suisses les incitent à troquer la culture de céréales panifiables contre l’élevage de bétail. Une conversion radicale qu’il sont de plus en plus nombreux à tenter, à l’exemple de Felix Burri.

Ce paysan de Kloten fait actuellement construire, sur une parcelle de 550 ares, une étable pour 34 vaches et 100 veaux d’élevage ainsi que divers locaux d’exploitation. Le tout représente un investissement de 2,3 millions de francs, qui devrait lui permettre de faire vivre sa famille de quatre personnes.

Felix Burri le sait: son pari est osé, et le risque pris multiple. Avait-il pensé aux campagnes anti-viande qui se développent sous nos latitudes? A défaut, le rappel n’aura pas tardé, sous la forme d’un article également paru dans le Tages-Anzeiger du 14 août, tout juste six pages plus loin que le reportage consacré à sa conversion emblématique. Il s’agit en fait de la recension d’un livre sur le maltraitement des animaux de rente élevés en nombre – de quoi rendre végétarien tout lecteur sensible.

Mais le métier de paysan, traditionnellement difficile, comporte désormais d’autres exigences qu’un savoir faire étendu, un besoin de formation continue, le goût du risque entrepreneurial. Il y faut désormais une fine compétence en matière de comptabilité d’exploitation et un réel talent pour le repérage et la mise en Å“uvre de sources de revenus complémentaires: ventes directes aux consommateurs désireux de s’approvisionner en dehors des circuits commerciaux, tourisme rural et accueil à la ferme de personnes en mal d’intégration, etc.

Et, par-dessus tout le reste, il faut du courage pour rester sur la terre. Malgré des conditions économiques dégradées par les grands distributeurs, par la concurrence internationale, par la politique agricole. Les paysans observent que la moindre cause de hausse du pétrole, repérée quelque part dans le monde, entraînent, par un enchaînement immédiat, une hausse de l’essence à la pompe. Inversément, quand les cours du blé s’envolent sur les marchés mondiaux malgré l’existence avérée de stocks en suffisance, quand par exemple le boisseau de blé prend plus de 50% en deux mois à la bourse de Chicago, les prix des meilleurs blés suisses poursuivent leur glissade vers le bas, sans frein puisque les prix indicatifs ont disparu depuis 2008. Les prix payés pour les céréales panifiables cultivées en Suisse ont diminué de moitié en moins de vingt ans. Pour couronner le tout, la Confédération a choisi le 1er juillet 2010 pour abaisser une nouvelle fois le droit de douane sur la farine importée. Et comme les transformateurs-meuniers, qui se comportent en cartel efficace, ne cèdent pas un centime de leur marge, la pression extérieure s’exerce à plein sur les producteurs-cultivateurs.

Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner de la diminution des surfaces emblavées. L’offre indigène de céréales panifiables suffit encore à couvrir les besoins des meuneries. Pour combien de temps? Combien de paysans prendront-ils «l’option-viande», dont la rentabilité repose notamment sur l’importation de céréales fourragères à des prix relativement avantageux?

La lutte contre la Suisse comme ilôt de cherté, la garantie d’une alimentation saine produite et vendue à des conditions équitables ainsi que la conduite d’une politique agricole équilibrée semblent des objectifs difficilement conciliables – pour ne rien dire de la question des OGM. De quoi interpeller le PS et singulièrement sa candidate Simonetta Sommaruga, issue des milieux consommateurs et sénatrice d’un canton qui comprend un sixième des surfaces agricoles de toute la Suisse.

De son côté, une fois de plus l’UDC crie Halte à la destruction de l’agriculture suisse, victime de la concurrence européenne, de la bureaucratie de Bruxelles, des distributeurs avides et des consommateurs inconséquents. La moindre des choses pour un parti vert-champ qui arborait un épi de blé sur son drapeau, comme d’autres la rose au poing.

Recommander cet article
logo creative commmons license creative commons

La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/15131 - Merci

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.

Le Kiosque de DP

RSS email icon

Das «beste Gesundheitssystem» wird zum Lazarett

Das Schüren von Angst macht krank. Ärzte wissen das. Trotzdem malen ihre Fachgesellschaften schwarz und machen Gesunde zu Kranken (Infosperber)

icone lien Lire l'article

Lackmusprobe für Bundesrat Alain Berset

Die Pharmaindustrie lobbyiert für höhere Medikamentenpreise. Der starke Franken mache ihr zu schaffen – in Wahrheit profitiert sie (Infosperber)

icone lien Lire l'article

«Um euren Finanzplatz mache ich mir keine Sorgen»

Griechenland wird laut Star-Ökonom Nouriel Roubini nicht das einzige Land sein, das die Eurozone verlassen wird. Weshalb er für die Schweiz deshalb kaum Gefahr sieht, erklärt er im Interview mit Tagesanzeiger.ch/Newsnet

icone lien Lire l'article

«Die Asylverfahren sind kafkaesk»

Migrationsexperte Thomas Kessler sagt, von der Schweizer Asylpolitik profitierten heute die Falschen. Er fordert einen Umbau unter linker Führung (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

«Die Politiker sind süchtig nach Moral»

Der Germanist Peter von Matt sieht die Affäre Hildebrand auch als Folge einer boulevardisierten Politik. Und gerade davon habe die Bevölkerung genug, wie die letzten Wahlen zeigten (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

D’une grande crise à l’autre: quelles ruptures politiques?

Peut-on tirer les leçons de la crise de 1929 ? (Le Monde)

icone lien Lire l'article

Freie Hand für die Vermögensverwaltung der Bundesräte

Sous réserve de légères restrictions, les membres du Conseil fédéral sont libres de gérer leur fortune privée (NZZ Online)

icone lien Lire l'article

Le drôle de destin de la taxe Tobin, des altermondialistes aux libéraux

Drôle de destin que celui de cette taxe, imaginée par un économiste libéral aux Etats-Unis en 1972, popularisée par les altermondialistes d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne), et portée par les socialistes européens, avant de se voir aujourd’hui défendue par des gouvernements libéraux comme ceux de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel (Le Monde)

icone lien Lire l'article

2012-2015: les enjeux sociaux en Suisse

Ces quatre prochaines années, les débats seront vifs sur toutes les composantes du système social suisse : l’AVS, le deuxième pilier, la maladie, le chômage, l’invalidité et la pauvreté. Etat des lieux et des enjeux. Par Stéphane Rossini (Revue REISO)

icone lien Lire l'article