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Le président suisse

Une réforme colifichet du Conseil fédéral ne changera rien sans révision politique de fond

Photo Roger Walch
Photo de Roger Walch (licence CC)

Sans révision constitutionnelle, la fonction de président de la Confédération a notablement évolué. Qui porte ce titre a-t-il rang de chef d’Etat? en tout cas, sa place protocolaire est supérieure à celle d’un premier ministre. Il est reçu par les Grands et parfois joue dans leur cour. Il peut dire «j’y étais», même si le «y» n’est pas celui de Valmy. Il a une place sur la photo des participants. Bon pour l’album de famille.

Le président de la Confédération a, on l’oublie souvent, une légitimité forte. Il est élu par l’Assemblée fédérale. Son rôle n’est pas seulement de présider le Conseil fédéral. Etant le premier d’entre eux, il incarne le pays.

Négociations permanentes

Et c’est à travers les affaires étrangères et non par les affaires intérieures que s’est affirmé son rôle. La Suisse est en constante négociation avec l’Union européenne, avec le monde entier. On négocie sur les transports, sur l’énergie, sur la libre circulation des personnes et des capitaux, sur la recherche, sur les universités. Et il est nécessaire d’avoir une vue d’ensemble de ces tractations, ne serait-ce, dans certains cas, que pour faire un troc de concessions: si j’obtiens tel avantage, je suis prêt à accepter une contre-partie.

Cette vue globale est (devrait être) le rôle du président. L’exigence de coordination intérieure à laquelle le collège des conseillers fédéraux est réfractaire devient, quand il s’agit des affaires extérieures, une exigence impérative. Paradoxalement, c’est de l’étranger que le président de la Confédération tire, non pas sa légitimité, mais sa nécessité.

Mais que faire du département des affaires étrangères? Ne va-t-il pas entrer en conflit avec le staff présidentiel? Sera-t-il un doublon?

En réalité, les dirigeants de l’économie suisse n’ont jamais attaché une importance première au DFAE, attribué avec une régularité significative aux socialistes – le département de l’économie gardant la haute main sur les affaires commerciales.

Les objectifs de la politique étrangère étaient jusqu’ici simples: la Suisse est neutre, au service de la paix par ses bons offices. Mais cette bonne volonté dissimulait mal un comportement égoïste, intéressé, peu scrupuleux, si on en juge par l’usage fait du secret bancaire.

Repositionnement préalable

Si la Suisse maintient cette double image de banquier intéressé et bon samaritain, le DFAE continuera à être l’auteur-rédacteur des rapports sur la politique extérieure alors qu’il ne l’influence pas fondamentalement.

Si, au contraire, la Suisse se repositionne, si elle corrige ses comportements peu loyaux, si elle se montre réellement solidaire, alors la politique extérieure, ses choix et son orientation feront partie de la responsabilité gouvernementale, le DFAE étant avec ses relais diplomatiques au service de cette politique.

Le problème n’est donc pas celui de la durée de la présidence (deux ou quatre ans), mais celui de la politique choisie. La présidence renforcée doit pouvoir s’appuyer sur une majorité dans les deux chambres et disposer d’un appui dans la population qui lui permette d’affronter le contrôle référendaire.

La présidence plus longue ne peut être que celle du repositionnement. Sinon, avec diverses propositions (secrétaires d’Etat, ministres, cinq ou neuf conseillers fédéraux, …), on tient en haleine les badauds. Le tirage est annoncé la sphère tourne inlassablement pour que les boules s’entrechoquent, imprévisibles. Mais à quoi bon? elles ne sont pas numérotées. Et la sphère, pourtant, de tourner, encore et encore.

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Discussion

  • Comme  à l’accoutumée, André Gavillet choisit un titre qui met la puce à l’oreille; ici il fait bouger les institutions.  Son analyse relève ce à quoi le Conseil fédéral s’est heurté à travers les crises de ces dernières années, le déficit symbolique des deux départements concernés (DFAE et la présidence), sans qu’aucun des deux ne réussissent à imposer une politique suisse.

  • Un style magnifique, comme toujours avec M. Gavillet.

    Une question cependant: qu’y a-t-il de mal à ce qu’un état ait « un comportement égoïste, intéressé, peu scrupuleux »? Rien évidemment.

    D’ailleurs peut-on me citer un seul état dans le monde, pas trois, pas deux, un seul, qui n’ait pas un comportement méritant ces qualificatifs.

    CQFD, avec cette posture morale on aboutira fatalement à mettre notre pays en position d’infériorité par rapport à tous les autres états qui sont plus que jamais égoïstes, intéressés et totalement sans scrupules.

    En termes plus crus, si on commence comme ça, ON EST FOUTUS !

    Quant à la question d’un « Chef d’Etat » ayant les mêmes prérogatives que ceux des autres états, la question se pose de savoir si c’est utile et surtout souhaitable. La bonne vieille modestie de naguère avait du bon parce que ce qu’on constate depuis que nos conseillers fédéraux vont faire les beaux (belles) à l’étranger, que ce soit à la manière fate, pataude, faraude, comiquement ridicule, provinciale et balourde de Couchepin, (qui personnellement me faisait honte) ou avec le charme sexy, le beau sourire, l’élégance vestimentaire et le gros accent argovien de Doris Leuthard (auxquels je ne suis pas dut tout insensible), et depuis qu’ils (elles) sépanouissent en se bécotant parmi avec tous ces  filous et ces retors comme Sarkozy, Merkel, Barroso & Co, en se tapotant mutuellement sur l’épaule pour essayer de montrer qui est plus important, tant de vanité ne nous apportera rien de bon. Les petit(e)s Suisses se feront posséder à tous les coups.

    Nos gros(ses) nigaud(e)s épastroufié(e)s ne savent rien faire d’autre que de suivre leur primesaut, d’écouter les flatteries, et comme le corbeau de la fable de bazarder tous rouges de plaisir de se faire bien voir, tous nos intérêts, juste comme ça, comme Merz à Tripoli, sur un coup de tête, ou pour avoir un bisou  de ces pantins de Bruxelles. (Au moins du temps de Chirac c’était encore le baisemain, mais maintenant tous ces bisous, tellement grotesque!)

    Par dessus le marché c’est anticonstitutionnel car ces messieurs dames de Berne n’ont aucun pouvoir d’engager la Suisse, tout, chez nous, restant toujours « ad refendum » soumis à la votation du peuple et des cantons, notre dernière sauvegarde.

    Les Suisses, pardon « les Suissesses et les Suisses » comme dit la grande Micheline, sont-ils(elles) donc devenus fous?

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