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Un message désespéré à la génération actuelle de la droite

Un livre d’Isabelle Chevalley, leader d’Ecologie libérale

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icone auteur icone calendrier 28 juin 2010 icone PDF DP 

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Les élections fédérales 2011 feront probablement parler des « écologistes libéraux » qui ont obtenu de bons résultats lors d’élections cantonales. En Suisse romande, et plus particulièrement dans le canton de Vaud, c’est Isabelle Chevalley qui incarne ce mouvement. Elle vient de publier un livre intitulé Message aux générations futures.

Longtemps, le questionnement écologique a presque exclusivement été porté par la gauche socialiste et les Verts. Isabelle Chevalley s’est donc consacrée à la mission de porter cette préoccupation dans les rangs de la droite. On pourrait se réjouir de voir l’écologie prise en compte de part et d’autre de compromis à venir. Mais justement, Isabelle Chevalley se demande pourquoi les politiciens de droite, qui constituent la majorité politique de notre pays, ne « veulent pas entendre les arguments des scientifiques »?

L’avant-propos de l’ouvrage se veut un message adressé à nos descendants et tente de leur expliquer « pourquoi, alors que nous savions, nous n’avons rien fait ». Mais la suite du livre se tourne de fait résolument vers nos contemporains. L’auteure développe son argumentation en choisissant trois problèmes dont elle estime qu’ils mettent en péril la survie de l’être humain: les changements climatiques, l’énergie nucléaire et les organismes génétiquement modifiés (OGM). Les premiers chapitres ont donc pour objectif de montrer que « nous savons », et n’apportent justement pas de révélation particulièrement nouvelle.

La suite, et l’essentiel, de l’ouvrage porte sur la passivité des politiciens, de l’économie et des citoyens et s’articule plus particulièrement autour du poids des lobbys. Ce sont eux qui se chargent de nourrir l’opinion des politiques de droite. Isabelle Chevalley dénonce résolument la démission d’une majorité trop influencée par des lobbys inféodés aux intérêts économiques. Une prise de position inhabituelle à droite de l’échiquier politique. L’auteure souligne toutefois l’existence d’entreprises pionnières qui savent d’ores et déjà aller de l’avant en matière écologique, mais regrette aussi que les citoyens ne consentent généralement à de petits efforts que du moment que cela ne remet pas en question leur mode de vie.

Isabelle Chevalley admet qu’elle n’est pas une écologiste de la première heure: « Je me suis souvenue qu’il y a un peu plus de dix ans, je n’étais pas antinucléaire ». De fait, son livre contient les avertissements qu’on peut lire depuis quinze à vingt ans dans les médias spécialisés. On ressent surtout un profond dépit dans son texte, l’impression que décidément, il est très difficile de faire intégrer par les partis de droite les impératifs d’une gestion écologique au-delà d’un peu de « greenwashing ». Pourtant le programme d’Isabelle Chevalley n’a rien de très révolutionnaire: il parle de récupération, de recyclage, de chasse au gaspillage, de normes écologiques, d’appareils ou de véhicules plus performants dans la droite ligne des théories du « développement durable ». Des propositions qui pourraient être reprises dans une logique libérale.

C’est d’ailleurs là que réside une certaine déception à la lecture de ce petit livre; on attendrait de celle qui invoque une « écologie libérale » des pistes montrant qu’une conception libérale de l’économie permettrait d’intégrer des solutions écologiques, voire que le libéralisme constituerait un bon levier. Or sa démonstration confirme le contraire: quarante ans après les premiers avertissements, l’économie libérale n’a toujours pas pris en compte la préservation de l’environnement et c’est le pouvoir des partis politiques et des lobbys de droite qui constitue l’obstacle principal. Isabelle Chevalley s’est pour l’essentiel épuisée en vain et c’est bien la gauche qui devra continuer à porter l’essentiel des préoccupations écologiques.


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Discussion

  • Parlons en du libéralisme. Le nucléaire est une filière stratégique financée en grande partie par des fonds publics. Les partis bourgeois ne veulent pas entendre parler de subventions lourdes pour les énergies renouvelables. Qu’ils commencent donc à retirer celles allouées au nucléaire ou à taxer cette énergie comme récemment décidé en Allemagne.

  • 2
    curieux says:

    Isabelle Chevalley est sympathique, mais j’ai toujours pensé que le mouvement « écologie libérale/grünliberalen », comme « écologie bleue » en France, (dans la mouvance de Jean-Pierre Raffarin), n’était rien de plus qu’un contrefeu allumé par des associations philosophiques qui, depuis 1848, n’ont jamais cessé de pondérer discrétement les forces gouvernementales en Suisse. Ici il s’agit d’empêcher l’extrême gauche de l’ex LMR et des POCH d’accaparer définitivement un thème que le radicalisme des affaires avait bêtement négligé.
    L’opération réussira peut-être à empêcher l’irruption d’éléments trotskistes indésirables au coeur du pouvoir, et Isabelle Chevalley fait un bon travail. Mais, d’une part c’est un peu du bricolage politique qui émiettera encore un peu plus le centre droit, alors que la mondialisation cause un bouleversement et des reclassements beaucoup plus rudes et plus massifs. Et d’autre part, évidemment pour Isabelle Chevalley, qui n’a peut-être pas pleinement conscience de son rôle de porte parole, ça doit être assez inconfortable. D’ou sans doute son « message désespéré. »

  • 3
    Jean-Jacques Beljean says:

    Il faut malheureusement constater que le libéralisme n’existe plus en Suisse, ni probablement ailleurs. Si cela avait été le cas, Swissair et UBS auraient fait faillite. Comme aux Etats-Unis et en Chine, et bien ailleurs aussi, l’on assiste plutôt à des formes d’étatisme où des individus et des groupes restreints se livrent à une prédation à la fois des entreprises et de l’Etat. Les partis politiques de droite ont failli à la tâche en relayant non l’économie mais la finance et en méprisant la politique elle-même. Ce n’est pas la tentative désespérée de Mme Chevalley qui va y changer quoi que ce soit tant elle témoigne de naïveté. Heureusement qu’il y a encore un peu de sens civique dans des institutions telle la BNS ou encore chez certains grands (anciens) commis de l’Etat comme Peter Siegenthaler. La situation fait peur tant le copinage paraît normal chez certains comme notre nouveau chef de l’Armée.

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