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Informatique : Microsoft connecte les minorités

icone auteur icone calendrier 25 février 2005 icone PDF DP 

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Microsoft veut combler la fracture numérique. La société américaine offre son savoir-faire aux minorités linguistiques et culturelles. Mais la diversité échappe parfois au bonheur promis et la démocratisation informatique se heurte au copyright défendu becs et ongles par l’inventeur de Windows. Deux partenariats conclus en Suisse montrent les limites de cette approche.

La normalisation binaire
Word, Excel, Outlook et Powerpoint vont parler romanche, plus précisément, la version de synthèse élaborée pour simplifier et unifier la diversité des idiomes régionaux. Le Local Language Program de Microsoft, déjà à l’œuvre aux quatre coins de la planète avec le soutien de l’Unesco, part à l’assaut de l’exception grisonne. L’informatique doit devenir polyglotte. Le géant américain vole au secours des langues locales. Leur catalogue en compte déjà quarante, et quarante autres vont l’intégrer rapidement. Le glocal tourne à plein régime, la responsabilité sociale en prime. Il n’y a pas de citoyenneté, ni de développement économique, en dehors du réseau et des flux globaux d’informations. Voilà pourquoi les pouvoirs publics, associés à Microsoft qui pourchasse marchés et clients, doivent encourager l’essor des nouveaux instruments de communication au nom du progrès technologique et de l’altérité culturelle.
En collaboration avec le canton et la Lia Rumantscha, Microsoft va ainsi apprendre le rumantsch grischun à ces logiciels vedettes. Ils pourront être téléchargés gratuitement. Et tant pis pour le carré de Romanches irréductibles qui dénoncent l’alphabet bâtard imposé par l’administration. Le conflit dure depuis 1982, date de publication des directives destinées à la création d’une langue normalisée, et ne s’apaise pas. La diffusion du rumantsch grischun, susceptible de sauver le romanche, butte contre les parlers originaux des vallées grisonnes.
Partisan de la différence au niveau national, le projet de Microsoft risque, au plan cantonal, de renforcer l’emprise du centre sur la périphérie à la barbe des rouages délicats du fédéralisme. Claudio Lardi, conseiller d’Etat responsable de l’instruction publique du canton, se réjouit de compter sur cet allié de taille afin de cimenter l’usage de la nouvelle «langue officielle écrite». Surtout auprès des jeunes. Même si ces derniers n’ont certainement pas attendu la version en romanche pour se mettre à l’informatique.
Cependant, la gratuité de l’interface implique en amont l’acquisition de programmes au profit quasi exclusif de Microsoft. La conquête d’un marché intéressant vaut bien l’engagement social d’une entreprise privée. En revanche, faut-il vraiment que le canton des Grisons se prête au business plan d’une multinationale opposée à l’essor des logiciels libres de droit ? Sans, en outre, ouvrir le marché à d’autres fournisseurs de services ?

La montagne numérisée
Le Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB) vise la compétitivité économique. Le partenariat, signé avec Microsoft en 2003, lance «l’utilisation massive des technologies informatiques» à la figure des Alpes et du Jura. Transfer Technologic Surselva a démarré l’an passé en collaboration avec l’association des communes de la vallée qui s’étire entre l’Oberalp et Coire. Le projet, le premier dans son genre, vante les bienfaits des ordinateurs et de la toile dans un milieu soumis à des bouleversements traumatisants. La survie passe par Internet et l’électronique, prophétisent le SAB et Microsoft. Un bus avec expositions et démonstrations ambulantes – équipé par HP suisse et financé aussi par l’Office fédéral de la communication (OFCOM) et la Lia Rumantscha (sept cent mille francs au total) – court une vingtaine de communes du Rhin antérieur. Jeunes et vieux, écoles et PME découvrent la rigueur binaire et les potentialités de la communication à haut débit. Si tout va bien, d’autres tournées similaires prendront la route à l’avenir.

Des utilisateurs captifs
Le general manager de Microsoft suisse, Alexandre Stüger, applaudit la technologie qui scelle le mariage entre tradition et modernité. Or, malgré un monopole de fait, l’univers de l’information contemporaine ne se réduit pas aux produits de la marque de Bill Gates. Pourtant, on les confond à dessein, symboliquement et concrètement. D’abord, Microsoft s’identifie à l’informatique au point d’en devenir le porte-drapeau malgré l’existance d’autres labels, libres (Linux) ou payants (Apple). Ensuite, la société verrouille le marché. Les clients captifs consomment droits et licences dans un environnement informatique qui leur échappe. Les urbains aujourd’hui, les montagnards bientôt, tombent dans le filet. La fracture numérique peut alors se combler, mais à l’avantage de Microsoft. md

www.sab.ch
www.gr.ch

www.microsoft.com/Resources/Government/LocalLanguage.aspx
(textes du programme en faveur des langues locales)

www.april.org/articles/divers/tribune-microsoft-unesco-liberation.html
(article critiquant le partenariat entre l’Unesco et Microsoft)

portal.unesco.org
(texte de l’accord entre l’Unesco et Microsoft)

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